Le retour à la vie normale après Ebola

En République démocratique du Congo, la lutte contre le virus Ebola commence dans les salles de classe. Mais elle ne s’arrête pas là.

Par Typhaine Daems et Yves Willemot
 Un enfant à Beni, en République démocratique du Congo, apprend à éviter le virus.
UNICEF/UN0235943/Nybo

12 décembre 2018

BENI, République démocratique du Congo – Dans une grande partie du monde, les élèves attendent déjà les vacances de fin d’année avec impatience. Mais Jauspin Kambale Mulyatha, qui enseigne dans une école primaire située dans la ville de Beni, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), fait face à une situation bien différente. Au début de l’année scolaire, l’enseignant a été confronté à un problème inhabituel – et inquiétant : sa classe était pratiquement vide.

Une semaine après la rentrée, seul un quart des élèves de Jauspin était présent en cours à l’école primaire de Kasanga, où il enseigne. Une épidémie du virus Ebola s’était déclarée à Mangina, une localité située à une heure de route de l’établissement, et les parents avaient peur d’envoyer leurs enfants à l’école. De nombreuses écoles avaient d’ailleurs complètement fermé leurs portes.

« On avait appris qu’Ebola avait fait des morts dans la province de l’Équateur », explique Jauspin, faisant référence aux décès signalés en mai et en juillet 2018 dans l’ouest de la RDC. Bien que ces décès soient survenus à plus de 1 600 km de Beni, la peur s’est emparée de la communauté.

Cette situation fait partie des raisons qui ont encouragé l’UNICEF à organiser une importante campagne d’information auprès des directeurs d’école et des enseignants avant le début du semestre, dans le cadre des efforts déployés pour renforcer les interventions sur le terrain dans la province du Nord-Kivu ainsi que dans la province voisine de l’Ituri.

« En tant qu’enseignant, je dis toujours aux parents que l’école est un acteur important de la lutte contre Ebola. »

Jauspin fait partie des quelque 4 000 personnes qui ont assisté à la campagne menée par l’UNICEF. Cela lui a permis d’en apprendre davantage sur le virus, sur la manière dont il se transmet et sur les mesures à prendre lorsqu’une personne présente des symptômes. Les professionnels de l’éducation ont également appris à sensibiliser les élèves sans semer la panique.

Réapprendre les principes de base

S’appuyant sur les informations communiquées par l’UNICEF durant la campagne, Jauspin a utilisé des affiches et d’autres supports visuels afin d’expliquer à ses élèves l’importance de se laver les mains pour éviter la transmission du virus. « Les enfants ont écouté attentivement et ont adopté ce réflexe important dans leur vie quotidienne », se réjouit Jauspin, en ajoutant qu’il espère que ses élèves continueront d’appliquer cet enseignement à la maison et encourageront leurs parents à suivre leur exemple.

À la mi-novembre, l’UNICEF avait équipé près de 430 établissements scolaires d’installations pour le lavage des mains et fourni à près de 850 000 personnes un accès à l’eau potable dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu. Cependant, le travail réalisé auprès des écoles n’est qu’un aspect des efforts déployés par l’UNICEF pour mobiliser les communautés dans la lutte contre le virus Ebola.

Des agents de l’UNICEF chargés de la communication pour le développement expliquent aux enfants l’importance de prévenir la transmission du virus Ebola en République démocratique du Congo.
UNICEF/UN0229509/Naftalin
UDes agents de l’UNICEF chargés de la communication pour le développement expliquent aux enfants l’importance de prévenir la transmission du virus Ebola en République démocratique du Congo.

Au mois de novembre, on dénombrait plus de 300 cas confirmés d’Ebola à la suite de l’épidémie qui s’était récemment déclarée dans la province du Nord-Kivu et dans la province voisine de l’Ituri. Mais le virus ne fait pas peur à Daniel Merusyhwa, nutritionniste au Centre de traitement Ebola de Beni.

« Je sais quoi faire pour me protéger », affirme-t-il.

La récupération : une question de force mentale et physique

Daniel fait partie des nutritionnistes formés par l’UNICEF pour venir en aide aux malades. En plus de soigner les personnes infectées par le virus, les centres de traitement travaillent avec des enfants touchés par Ebola afin de réduire les répercussions psychologiques du virus au sein de leur communauté. En effet, il est tout aussi important pour ces centres de traiter les malades que d’aider les survivants à se remettre de la maladie et, à terme, à réintégrer leur communauté.

Depuis le mois d’août, 140 patients testés positifs au virus ont survécu. L’alimentation a joué un rôle essentiel dans leur survie.

« Nous savons que les patients sont sur la voie de la guérison lorsqu’ils retrouvent l’appétit », explique Daniel. « Une bonne alimentation les aide alors à se remettre plus rapidement. »

« La maladie à virus Ebola est une maladie terrible, mais elle ne finit pas toujours mal. C’est ce qui me motive à continuer. »

En plus d’être essentielle pour les patients, l’alimentation peut jouer un rôle déterminant pour aider les enfants à rester en bonne santé. Daniel a ainsi veillé sur un bébé dont les parents étaient soignés au centre de traitement, en s’assurant qu’il était nourri correctement pendant leur séparation. Les deux parents se sont remis de la maladie et ont pu rentrer chez eux avec leur bébé en pleine santé, notamment grâce aux efforts de Daniel.

« La maladie à virus Ebola est une maladie terrible, mais elle ne finit pas toujours mal », affirme Daniel. « C’est ce qui me motive à continuer. »

La patience récompensée

Bien sûr, le fait de se remettre d’Ebola n’est pas qu’une question de guérison physique. Sylvie Waridi est psychologue. Elle travaille dans le même centre de traitement que Daniel et apporte un soutien psychologique aux enfants infectés par le virus. « Ils posent beaucoup de questions sur la maladie et nous demandent pourquoi ils sont ici », explique-t-elle. « Je leur parle, je les réconforte et j’écoute leurs inquiétudes. »

Gloria* et Emmanuel*, des jumeaux de 8 ans, ont récemment été admis au centre après avoir présenté des symptômes analogues à ceux du virus Ebola. « Ils avaient du mal à comprendre ce qu’il se passait. Heureusement, ils avaient la chance de pouvoir se soutenir mutuellement », témoigne Sylvie, qui fait partie des quelque 200 travailleurs psychosociaux qui avaient été formés par l’UNICEF et ses partenaires au mois de septembre 2018 afin de soutenir les personnes touchées par Ebola.

Des mains
UNICEF/UN0229877/Naftalin
Sylvie Waridi, une agente psychosociale qui travaille en partenariat avec l’UNICEF, tient la main de jumeaux qui sortent tout juste d’une unité de traitement Ebola en République démocratique du Congo.

La mère des jumeaux était certaine qu’elle allait perdre ses enfants, mais leur père ne renonçait pas à l’espoir de les voir survivre. « Tous les matins, il venait se poster devant la clôture du centre et il restait là jusqu’à la tombée de la nuit, dans l’espoir que ses enfants puissent le voir », témoigne Sylvie.

La patience de ce père a été récompensée de la meilleure manière possible : après avoir passé six jours en observation et avoir été soumis à deux tests négatifs, les enfants sont sortis de l’unité, sans Ebola. Mais la famille allait devoir faire face à d’autres difficultés.

Combattre la peur

Le retour à la maison n’est pas toujours facile pour les personnes qui sortent du centre de traitement Ebola. Elles suscitent souvent la peur au sein de leur communauté et sont victimes de stigmatisation. Consciente de ce problème, Sylvie a appliqué les enseignements de la formation que lui a fournie l’UNICEF afin de préparer les jumeaux à leur retour à la maison et aux réactions qu’ils pourraient rencontrer chez les membres de leur communauté.

Depuis le retour des jumeaux, elle se rend régulièrement dans leur quartier afin de s’assurer qu’ils sont bien traités et prend le temps d’expliquer la maladie à leurs voisins, ainsi que les raisons pour lesquelles les jumeaux ont été admis au centre et autorisés à retrouver leur famille en toute sécurité.

« Nous sommes fous de joie à chaque fois qu’un enfant sort du centre », indique Sylvie. Grâce à la formation fournie par l’UNICEF, nous espérons permettre aux enfants qui ont survécu au virus de ressentir une joie tout aussi intense tandis qu’ils s’efforcent de reprendre le cours normal de leur vie auprès de leur famille.

*Les prénoms des enfants ont été changés afin de protéger leur identité.