« J’ai prié tout au long du chemin »

En République centrafricaine, Prosper a porté le corps émacié de son fils des kilomètres durant pour l’emmener au dispensaire le plus proche. Leur périple ne faisait que commencer.

Par Harriet Dwyer, Donaig Le Du et Ashley Gilbertson
Un enfant dans un bassinet est pesé
UNICEF/UN0248770/Le Du

03 décembre 2018
BANGUI, République centrafricaine – Pierre a perdu sa mère il y a trois ans, peu de temps après sa naissance. L’enfant vit avec son père, Prosper, sa sœur et sa grand-mère dans un petit village situé à la périphérie de Bangui, la capitale de la République centrafricaine. Prosper n’a pas de travail – le conflit qui ravage le pays a fait voler en éclats la vie de cette famille qui lutte tous les jours pour trouver de quoi se nourrir. Pierre et sa famille survivent principalement grâce à une provision de maïs récupérée dans une ferme des environs, mais leurs réserves s’amenuisent et le petit garçon a commencé à perdre beaucoup de poids. En juillet 2018, Pierre tombait régulièrement malade – il refusait de manger et devenait de plus en plus maigre. N’ayant pas les moyens de se rendre à l’hôpital, Prosper a eu recours à la médecine traditionnelle pour soigner son fils, mais son état a continué de se dégrader.

 

Un enfant est assis sur les genoux de son père.
UNICEF/UN0248769/Le Du

Pierre a fini par ne plus peser que 9 kg et souffrait d’une forte diarrhée. Craignant de voir mourir son fils, Prosper a parcouru à pied les 12 km qui les séparaient du centre de santé le plus proche, en portant le corps émacié du petit dans ses bras. « J’ai prié tout au long du chemin. Je ne savais pas si Pierre allait arriver en vie à l’hôpital. Je me demandais si Dieu nous avait envoyé cet enfant dans le seul but de nous le reprendre. Je suis un homme, je ne voulais pas pleurer. Mais au fond de moi, j’étais très inquiet. »

 

Le bras d'un enfant dont la circonférence est mesurée.
UNICEF/UN0248767/Le Du

Lorsqu’ils ont pénétré dans le centre de santé soutenu par l’UNICEF, les médecins se sont précipités vers Pierre pour le stabiliser. « J’ai été surpris de voir autant de personnes s’affairer pour aider mon enfant », se souvient Prosper. « Quand on est entrés dans le centre, tout le monde a couru vers lui. » Le jour suivant, Pierre ne semblait toujours pas aller mieux. Gravement déshydraté à cause de la diarrhée, le petit était presque inconscient. Les médecins du centre de santé, craignant de ne pouvoir le sauver, ont décidé de le transférer dans le seul hôpital pédiatrique de toute la République centrafricaine afin qu’il y reçoive des soins plus intensifs.  Le 20 juillet, Pierre a été admis à l’hôpital pédiatrique de Bangui, qui constitue une véritable planche de salut pour les enfants atteints des formes les plus graves de malnutrition.

 

 

Un homme est allongé avec son enfant dans un dispensaire en République centrafricaine.
UNICEF/UN0248772/Le Du

Pierre et son père ont passé une semaine éprouvante dans le service de stabilisation de la malnutrition aiguë, où Pierre, trop faible pour manger, recevait deux traitements de lait enrichi toutes les heures. Dans ce service surchargé, chaque lit est occupé, souvent par deux enfants à la fois, et tous les petits patients sont faibles, fragiles et en attente de soins vitaux. Sept jours plus tard, Pierre avait recouvré suffisamment de forces pour passer à l’étape suivante du traitement. Le petit garçon et son père ont passé encore quatre jours à l’hôpital. Pierre reprenait un peu plus de forces chaque jour. Il a recommencé à sourire et dévorait les pâtes à base de beurre de cacahuète enrichies fournies par l’UNICEF, un aliment thérapeutique prêt à l’emploi absolument essentiel pour aider les enfants à se remettre de la malnutrition.

Une enfant mange une pate à base de beurre de cacahuète
UNICEF/UN0248779/Le Du

Après avoir reçu des soins intensifs à chaque heure du jour et de la nuit pendant dix jours, Pierre a enfin pu retourner chez lui auprès de sa sœur. Son père a reçu des consignes strictes : il devait présenter Pierre au centre de santé situé à proximité de son village afin qu’il bénéficie d’un suivi ambulatoire dans le cadre d’un programme de nutrition. Durant les semaines suivantes, Pierre s’est rendu au centre pour recevoir des contrôles réguliers ainsi que des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi pour l’aider à prendre du poids

Un enfant dans un bassinet est pesé
UNICEF/UN0248775/Le Du

Le 16 août 2018, Prosper s’est réveillé à 5 heures du matin. Il a de nouveau porté Pierre jusqu’au centre de santé situé à 12 km pour qu’il y fasse son premier bilan de santé. « Je suis soulagé. Pierre va beaucoup mieux maintenant et je peux aller travailler dans les champs ou couper du bois pour subvenir à ses besoins. » Après avoir bénéficié d’un suivi ambulatoire pendant un mois dans le cadre du programme de nutrition, Pierre déborde de vitalité. Il s’accroche encore à son père, mais il rit quand le personnel du centre de santé le met dans le seau pour le peser.

 

Un enfant et son pere
UNICEF/UN0248776/Le Du

Prosper, qui a vécu dans l’angoisse pendant un mois, commence à retrouver un peu de sérénité. Il peut enfin entrevoir un avenir pour son fils. « Je veux envoyer Pierre à l’école », nous confie-t-il. « Je veux trouver du travail pour qu’il puisse être scolarisé. Cela me rendrait heureux. Je suis fou de joie de voir qu’il n’est plus différent des autres enfants. »

« Pierre est arrivé juste à temps au centre de santé », témoigne Theophile Basimba, spécialiste de la nutrition de l’UNICEF à Bangui. « Nous avons pu stabiliser son état grâce à des traitements vitaux simples, économiques et éprouvés comme le lait thérapeutique. Il se remet très bien et nous aidons son père à lui fournir les soins continus dont il aura besoin. »

 

 

© UNICEF/UN0239555/Gilbertson VII Photo
UNICEF/UN0239555/Gilbertson VII Photo

« La situation des enfants qui vivent en République centrafricaine ne fait qu’empirer chaque jour. Beaucoup sont privés des services les plus essentiels en raison des combats et de l’insécurité. Leur famille ne peut rien cultiver, si bien qu’ils n’ont rien à manger. Le seul hôpital pédiatrique du pays est débordé. En fin de compte, les enfants atteints de malnutrition sévère comme Pierre qui arrivent à bénéficier de services de santé sont plutôt chanceux », se désole Theophile Basimba. « C’est une victoire douce-amère : je suis heureux de voir que Pierre a retrouvé le sourire, mais je ne peux m’empêcher de penser à tous ces enfants qui n’ont pas la possibilité de recevoir les soins dont ils ont besoin pour survivre à travers le pays. »