L’éducation en danger en Afrique de l’Ouest et centrale

Des attaques et des menaces de violences forcent des écoles de la région à fermer. Faites la connaissance d’enfants qui sont déterminés à continuer à s’instruire.

Par l'UNICEF
Un garcon, agenouillé au sol, lit un livre
UNICEF/UN0329266/Bindra

30 août 2019

Hussaini*, 14 ans, fait partie des plus chanceux. Il s’est enfui. En 2018, quand le terrorisme de groupes extrémistes du Sahel a gagné le Burkina Faso, son village a été attaqué alors qu’il était à l’école. Il a d’abord entendu des hurlements, puis des coups de feu. « Ils ont tiré sur nos enseignants et en ont tué un », raconte-t-il. « Ils ont incendié les salles de classe. » Hussaini est rentré chez lui en courant et, en quelques minutes, sa famille a quitté les lieux. Ils ont tout abandonné derrière eux, y compris l’école. Depuis ce jour, Hussaini n’a pas remis les pieds dans une salle de classe. « Avant, j’aimais beaucoup l’école, lire, compter et jouer pendant la récréation », se souvient-il. « Cela fait un an que je n’y suis plus retourné … »

Si les attaques contre des bases militaires sont relativement courantes en Afrique de l’Ouest et centrale, les écoles étaient jusque récemment rarement visées. Mais de la fin juin 2017 à juin 2019, le nombre d’établissements scolaires contraints de fermer en raison de l’insécurité croissante a été multiplié par trois. Plus de 9 200 écoles ont fermé au Burkina Faso, au Cameroun, au Mali, au Niger, au Nigéria, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo et au Tchad, ce qui a privé d’éducation 1,91 million d’enfants. Le risque que ces enfants soient recrutés par des groupes armés, victimes de violences liées au genre ou pris pour cible par des individus pratiquant la traite des êtres humains est alors bien plus élevé.

Mais même en période de crise, l’innovation est source de solutions. Grâce à une radio qu’il a reçue dans le cadre du programme d’enseignement par la radio dans les situations d’urgence, soutenu par l’UNICEF, Hussaini continue de s’instruire tous les jours. En plus de leçons radiophoniques d’alphabétisation et de calcul, Hussaini travaille avec un éducateur dûment formé, Abdoulaye*, 23 ans, qui lui rend visite régulièrement pour l’aider dans sa compréhension. « C’est une bonne chose. Toute la famille écoute les cours [radiodiffusés], maintenant », explique Hussaini. Toutefois, son ancienne école lui manque toujours. « Nous avions de bons instituteurs », se rappelle-t-il. « Je ne sais pas où ils sont aujourd’hui. »

Une rangée de vieux bureaux est disposée au travers de la route
UNICEF/UN0322365/Kokic

Une rangée de vieux bureaux est disposée au travers de la route, à la périphérie de Banki (Nigéria), le 1er mai 2019. Bien que la ville soit encore considérée comme l’un des endroits les plus dangereux de l’État de Borno et ait en grande partie été désertée, l’école primaire locale a rouvert ses portes. Remise en état avec l’appui de l’UNICEF, elle est maintenant entourée d’un haut mur d’enceinte, doté de points d’entrée et de sortie. Ses enseignants ont été formés pour fournir un appui psychosocial.

 

Maïmouna Barry, 45 ans, traverse ce qu’il reste du village d’Ogossagou-Peulh (Mali), le 2 avril 2019 avec sa fille Hawa, 10 ans.
UNICEF/UN0296564/Keïta

Maïmouna Barry, 45 ans, traverse ce qu’il reste du village d’Ogossagou-Peulh (Mali), le 2 avril 2019 avec sa fille Hawa, 10 ans. Moins de deux semaines plus tôt, Maïmouna a perdu la plus jeune de ses filles lors d’une attaque contre le village, qui a fait 150 morts, dont un tiers d’enfants. Avec l’aide de l’UNICEF, des centres d’apprentissage communautaires sont actuellement mis en place dans le centre de la région du Sahel, pour offrir aux enfants des espaces sécurisés où s’instruire, jouer et recevoir un appui psychosocial.

Une jeune fille se tient debout, chez elle.
UNICEF/UN0311778/Kokic

Il y a quatre ans, de violentes milices ont attaqué Banki (Nigéria), le village où vit Bintu Mohammed, âgée de 13 ans. « J’étais à l’école le matin et ensuite je suis rentrée chez moi et on a couru, tout le monde a couru », raconte-t-elle. « Ils ont incendié l’école. J’étais bouleversée, je pensais que je ne pourrais jamais réaliser mes rêves. » Quand elle est rentrée après avoir passé deux ans au Cameroun, Bintu est retournée dans une école qui avait été reconstruite. « Je suis tellement contente d’être rentrée. Je vais être instruite », explique Bintu, debout chez elle le 1er mai 2019.

 

Delphine Bikajuri, la directrice de GEPS Youpwe, une école primaire publique bénéficiant du soutien de l’UNICEF, passe en revue des plans de cours à Douala
UNICEF/UN0329173/Bindra

Delphine Bikajuri, la directrice de GEPS Youpwe, une école primaire publique bénéficiant du soutien de l’UNICEF, passe en revue des plans de cours à Douala (Cameroun), le 21 mai 2019. Il y a deux ans, D. Bikajuri a dû organiser la libération de sa propre fille, qui avait été enlevée par des groupes armés dans un lycée du Nord-Ouest du Cameroun, l’une des deux régions anglophones du pays. Les soldats considéraient D. Bikajuri et son mari comme des traîtres parce qu’ils sont enseignants. « Comment les enfants pourraient-ils devenir les dirigeants de demain s’ils ne sont pas instruits ? », lance-t-elle. 

Des enfants participent à une simulation d’attaque et à un exercice de mise à l’abri d’urgence en cas d’assaut à l’école primaire Yalgho de Dori (Burkina Faso),
UNICEF/UN0329518/Bindra

Des enfants participent à une simulation d’attaque et à un exercice de mise à l’abri d’urgence en cas d’assaut à l’école primaire Yalgho de Dori (Burkina Faso), le 26 juin 2019. Des menaces adressées à des enseignants, des attaques menées contre des écoles et l’utilisation d’écoles à des fins militaires ont contraint 4 505 écoles du pays à fermer, ce qui a privé d’éducation plus de 626 693 enfants.

Un enfant lit au tableau noir des notes sur la préparation aux situations d’urgence
UNICEF/UN0329201/Bindra

Un enfant lit au tableau noir des notes sur la préparation aux situations d’urgence, le 26 mai 2019, dans une école de Baigaï, un village camerounais situé près de la frontière avec le Nigéria. Le programme vise avant tout à expliquer aux enfants et enseignants que faire en cas d’attaque armée. Malgré les risques réels, les adultes qui sont en première ligne de ce combat ne relâcheront pas leurs efforts tant que les enfants de leur communauté ne bénéficieront pas de l’éducation à laquelle ils ont droit comme tous les enfants.

 

Un enfant transporte un camarade sur ses épaules
UNICEF/UN0329206/Bindra

L’opposition idéologique à ce qui est perçu comme un enseignement de style occidental, notamment pour les filles, occupe une place centrale dans bon nombre des conflits qui ravagent la région. Les élèves, les enseignants et les administrateurs sont par conséquent délibérément pris pour cible. Des enfants participent à une simulation d’attaque armée lors d’un exercice d’entraînement aux situations d’urgence mené à Baigaï le 26 mai 2019.

 

Un enfant dessine sur un livre
UNICEF/UN0329268/Bindra

« Mon père nous a dit qu’on devait partir, alors c’est ce que nous avons fait, nous tous : mes parents, grands-parents, frères et soeurs. Nous nous sommes tous enfuis ensemble. » Hussaini n’a pas remis les pieds dans une salle de classe depuis ce jour où son village a été attaqué, explique-t-il à Dori (Burkina Faso), le 25 juin 2019, en dessinant lors d’une leçon diffusée dans le cadre du programme d’enseignement par la radio dans les situations d’urgence. Son éducateur radiophonique est devenu un ami en qui il a confiance. « Abdoulaye est comme mon grand frère », déclare Hussaini.

 

Un éducateur, agenouillé, discute avec un garcon. assis a cote de lui. Ils regardent un livre ensemble
UNICEF/UN0329265/Bindra

Abdoulaye (à gauche) aide Hussaini à suivre sa leçon, le 25 juin 2019. Il explique que les gens sont fortement touchés par la situation de crise. « Au début, seules les écoles étaient menacées », explique-t-il. « Aujourd’hui, ils vont jusqu’à nous tuer. » Mais cela ne l’a pas dissuadé de poursuivre ses efforts. « C’est très important pour ces enfants de s’instruire », dit-il. « Ce sont nos jeunes frères et soeurs. Nous devons les aider. »

Un garcon guide un troupe de vaches
UNICEF/UN0329209/Bindra

« Chez nous, j’aimais bien aller à l’école », raconte Bouba, rescapé d’une attaque perpétrée contre son village, tout en gardant des vaches à Baigaï, le 25 mai 2019. « J’étais bon en maths et j’aimais même faire mes devoirs. » Pendant son temps libre, Bouba suit « l’école radiophonique », diffusée, avec le soutien de l’UNICEF, à l’ombre d’un grand arbre dans la cour de l’école publique. « Maintenant, quand je vois d’autres enfants rentrer de l’école dans la journée, je veux être parmi eux », ajoute-t-il.

*Prénom modifié pour protéger son identité

Avec des contributions de Tanya Bindra, Adrian Brune, Seyba Keïta et Marko Kokic.