Du Soudan du Sud à l’Éthiopie : Histoire d’une amitié sur fond de conflit

Une réfugiée sud-soudanaise et son amie éthiopienne unies par le conflit et les défis du quotidien.

Par Feven Getachew Asfaw
Éthiopie. Deux adolescents marchent cote a cote
UNICEF/UNI240071/Tesfaye

08 janvier 2020

GAMBELLA, Éthiopie – « Nous ne sommes pas de la même famille, mais je la considère comme ma sœur » : c’est en ces termes que Nyedieng Reath Bidong parle de sa meilleure amie, Chol Gach Deng. « Quand je vais à l’école, j’ai toujours hâte de la retrouver. »

Nyedieng et Chol ne sont pas dans la même classe et ne sont pas non plus originaires du même pays. Pourtant, le conflit qui sévit de l’autre côté de la frontière, au Soudan du Sud, les a réunies.

Lorsque la crise sud-soudanaise s’intensifie au début de 2014, des centaines de milliers d’habitants s’enfuient vers les pays voisins. La mère de Nyedieng, Nyayuop Kongyik, fait partie des personnes qui parviennent à trouver refuge dans la région de Gambella, dans l’ouest de l’Éthiopie, à l’issue d’un périple des plus éprouvants.

« J’ai vécu un moment très difficile, car mes enfants étaient tout petits. Ils ne savaient pas marcher et nous n’avions ni eau ni nourriture », se souvient Nyayuop.

Six ans plus tard, Nyedieng fera sa rentrée à l’école d’Itang, la ville située près du camp de Nguenyyiel. Dans cet établissement comptant plus de 3 000 élèves, les réfugiés sud-soudanais (573 exactement) côtoient les enfants de la communauté locale.

Éthiopie. Une élève debout en classe.
UNICEF/UNI235789/Ayene
Chol Gach Deng, debout dans sa classe de l’école primaire et secondaire Makot, dans la région de Gambella en Éthiopie.

Nyedieng, désormais âgée de 16 ans, et Chol, 19 ans, se disent inséparables après l’école : Chol aide souvent Nyedieng à faire ses devoirs, tandis que Nyedieng va parfois dormir chez Chol. Elles passent alors la soirée à lire ensemble et à se raconter des histoires.

Toutefois, ce n’est pas seulement l’école qui a soudé ces deux adolescentes : les tâches quotidiennes, comme le fait d’aller chercher l’eau ensemble, ont également rapproché leurs familles.

Éthiopie. Deux élèves tenant un ballon de volley-ball.
UNICEF/UNI235781/Tesfaye
Nyedieng Reath Bidong, à gauche, et Chol Gach Deng se sont rencontrées en 2016 à l’école primaire et secondaire Makot, dans la région de Gambella en Éthiopie.

L’accès à l’eau potable est une difficulté rencontrée aussi bien par les réfugiés que par la population locale, les familles devant parfois parcourir de longues distances à pied pour s’approvisionner. Chol explique qu’avant, il lui fallait une heure pour aller chercher de l’eau, ce qui lui faisait parfois manquer la classe le matin. Faire le trajet avec Nyedieng rend la chose un peu plus aisée.

« Cela me fait plaisir d’aller chercher l’eau. Si nous n’en avons pas, nous ne pouvons pas cuisiner ou laver nos vêtements », ajoute Chol.

Avec le soutien de ses partenaires, l’UNICEF a lancé à Itang un projet d’adduction d’eau qui prévoit l’installation de réservoirs, de pompes et d’autres équipements dans le but d’améliorer l’accès à l’eau potable.

Éthiopie. Trois résidents près d’un poste d’approvisionnement en eau.
UNICEF/UNI240622/Tesfaye
Trois résidents attendant près d’un poste d’approvisionnement en eau à Itang, dans la région de Gambella en Éthiopie.

En plus d’améliorer l’indispensable accès à l’eau potable pour les réfugiés et pour la population locale, ce projet a favorisé l’intégration des deux communautés en leur proposant la prestation de services essentiels dans des lieux communs. Cette étroite proximité physique a permis à leurs membres de se rencontrer et de nouer des relations durables, renforcées ensuite par l’organisation d’événements sociaux partagés.

Les enfants des deux communautés ont également de nombreuses occasions d’apprendre et de jouer ensemble, de se raconter leurs expériences et de partager leurs rêves.


Le projet d’adduction d’eau de l’UNICEF à Itang a bénéficié du financement des Gouvernements britannique, allemand et italien. Mené en partenariat avec le Bureau régional de gestion des eaux de Gambella et l’agence éthiopienne ARRA (Agency for Refugee and Returnee Affairs), il assure actuellement l’approvisionnement en eau de 218 000 personnes, toutes communautés confondues.