Crise au Sahel central

Note de plaidoyer | Janvier 2020

UNICEF/UN0296716/Keïta

Points forts

Les attaques visant les enfants et la violence au Sahel central ne cessent de s’intensifier et plus de 4,3 millions d’enfants ont désormais besoin d’une assistance humanitaire. La présente note de plaidoyer met en lumière les incidences de l’insécurité sur les enfants et leur famille. Elle appelle à mettre un terme aux attaques et aux menaces et à rendre disponibles les ressources humaines et financières nécessaires pour répondre aux besoins colossaux et évidents de la population.

Author

UNICEF

Date de publication

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Français,
Anglais

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Une urgence exacerbée

Le Sahel est depuis longtemps considéré comme l’une des régions les plus vulnérables d’Afrique. L’escalade de la violence armée au Burkina Faso, au Mali et au Niger a des effets dévastateurs sur la survie, l’éducation, la protection et le développement des enfants. 

Les attaques armées prenant pour cible des communautés, des établissements scolaires, des centres de santé et d’autres institutions et infrastructures publiques n’ont jamais été aussi nombreuses, perturbant les moyens de subsistance et l’accès aux services sociaux. La hausse de l’insécurité a également exacerbé les vulnérabilités chroniques déjà présentes dans la région, notamment les niveaux élevés de malnutrition et le manque d’accès à une eau salubre et à des installations d’assainissement.

Près de 5 millions d’enfants auront besoin d’une aide humanitaire au cours de l’année 2020 au Burkina Faso, au Mali et au Niger, contre 4,3 millions en 2019. Des efforts renouvelés, accrus et concertés doivent être déployés si nous voulons endiguer les violences actuelles et les empêcher de gagner les pays voisins.

La crise au Sahel central en bref

UNICEF
Que se passe-t-il ?

Les attaques perpétrées par des groupes armés se sont multipliées dans certaines régions du Burkina Faso, du Mali et du Niger au cours des deux dernières années. Au 29 novembre 2019, 1,2 million de personnes avaient été déplacées et parmi elles, plus de la moitié était des enfants.

En quoi cette situation affecte-t-elle les enfants ?

Les enfants et leur famille fuyant les conflits risquent davantage d’être victimes de la violence et de l’exploitation et d’être recrutés par des groupes armés non étatiques. Ils sont également plus susceptibles de recourir à des mécanismes d’adaptation négatifs, comme le mariage des enfants. Parallèlement, les violences envers les enfants pris dans les tirs croisés ont considérablement augmenté, si bien que des centaines d’enfants ont été tués, mutilés ou séparés de force de leur famille.

L’éducation prise pour cible

L’éducation constituait déjà un défi majeur pour les pays touchés par le conflit. Cependant, le problème a empiré avec la banalisation des attaques et des menaces visant les écoles, les enseignants et les élèves à travers la région. Entre avril 2017 et décembre 2019, six fois plus d’établissements ont été contraints de fermer leurs portes en raison des violences au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Plus de 3 300 écoles étaient fermées en décembre 2019 et la situation affectait près de 650 000 enfants et plus de 16 000 enseignants

UNICEF/UN0329269/Bindra

L’UNICEF exhorte les États à protéger l’éducation et à respecter les principes de la Déclaration sur la sécurité dans les écoles, qui appelle les parties aux conflits armés à cesser de prendre pour cible les établissements scolaires, les structures d’éducation et leur personnel, à s’efforcer d’instaurer des environnements d’apprentissage protecteurs et à respecter les lignes directrices pour la protection des écoles contre l’utilisation militaire durant les conflits armés.

L’UNICEF appelle également :

  • Les gouvernements, les forces armées, les groupes armés non étatiques et les autres parties au conflit ainsi que la communauté internationale à prendre des mesures concertées afin de cesser de prendre pour cible et de menacer les écoles, les élèves, les enseignants et les autres membres du personnel scolaire et à faire en sorte que chaque enfant jouisse d’un apprentissage de qualité ;
  • Les gouvernements, les communautés et le secteur privé à travailler de concert afin d’intensifier leurs efforts pour fournir aux enfants, notamment aux filles et aux garçons réfugiés, migrants et déplacés, une éducation, une protection et un soutien psychosocial ;
  • Les gouvernements et les partenaires à proposer davantage de solutions pour fournir aux enfants une éducation de qualité ainsi que d’autres voies d’obtenir des qualifications reconnues adaptées au contexte culturel de chacun.

Une crise de la protection

Des milliers d’écoles et de structures de services sociaux ont fermé leurs portes ou cessé de fonctionner, privant des dizaines de milliers d’enfants de soutien et augmentant le risque qu’ils soient recrutés par des groupes armés. Les enfants déplacés de force sont plus susceptibles d’être séparés des personnes qui s’occupent d’eux et d’être victimes de violences sexuelles et physiques.

UNICEF/UN0332638/Rose

L’UNICEF demande :

  • Que toutes les victimes de violences sexuelles et de violences liées au genre bénéficient dans les plus brefs délais de services de soutien adaptés à leurs besoins. Cela inclut des soins médicaux adaptés à leur âge et à leur sexe, un soutien psychologique et une aide juridique ainsi que des possibilités de subvenir à leurs besoins, d’acquérir des compétences utiles à la vie et de recevoir une éducation ;
  • Aux gouvernements et aux forces de sécurité de respecter les droits de l’enfant, d’éviter de détenir les enfants ou de veiller à ce que leur détention n’intervienne qu’en dernier recours et respecte les normes internationalement acceptées en matière de justice pour les mineurs ;
  • Aux gouvernements et à leurs partenaires de veiller à ce que les familles ne soient pas séparées et à ce que les enfants soient rapidement réunis avec leurs parents ou pris en charge en toute sécurité conformément à l’intérêt supérieur de l’enfant.

Témoignages de la région

Des services sociaux essentiels interrompus

L’accès aux soins de santé, à des aliments nutritifs, à une eau potable salubre et à d’autres services sociaux est gravement compromis, affectant tous les aspects de la vie des enfants, que ce soit leur sécurité, leur santé ou leur bien-être. Par ailleurs, les enfants déplacés et leur famille exercent une pression supplémentaire sur les communautés d’accueil, qui disposaient déjà de services sociaux limités avant la survenue de la crise.

La persistance de la violence et de l’insécurité détériore et affaiblit les systèmes de santé, perturbe la fourniture des soins de santé courants et détourne le peu de ressources humaines et financières habituellement affectées à la santé vers le secteur de la sécurité. Or, l’absence de services de santé de base, d’eau salubre et d’assainissement augmente les risques pour les femmes et les enfants déplacés et pour les communautés d’accueil de contracter une maladie infectieuse, telle que la diarrhée, le paludisme, la rougeole ou des infections respiratoires aiguës – autant de maladies qui comptent parmi les principales causes de mortalité infantile.

L’insécurité alimentaire, qui est aggravée par un accès limité aux services de santé et à une eau potable salubre, ainsi que le manque de connaissances sur les meilleures pratiques en matière d’alimentation des enfants ont des effets dévastateurs sur la santé des enfants dans la région. Si elles n’ont pas la possibilité de se nourrir correctement dès maintenant, les communautés auront encore plus de mal à se relever par la suite.

UNICEF/UN0317909/Frank Dejongh
A baby is weighed and measured at a health center in Maradi, Niger.

L’UNICEF exhorte :

  • Les gouvernements à renforcer, ou du moins à maintenir, leurs engagements nationaux en ce qui concerne le budget affecté aux services sociaux. En effet, si la sécurité est devenue une priorité avec l’aggravation des conflits, la diminution des investissements en faveur des services sociaux a une incidence directe sur l’accès à l’éducation, à la santé, à la nutrition et à l’eau et à l’assainissement ;
  • Les gouvernements et les partenaires à investir dans des solutions pérennes pour prévenir et traiter la malnutrition, notamment en favorisant la disponibilité, l’accès et l’utilisation d’aliments nutritifs sûrs, abordables et durables ;
  • Toutes les parties au conflit à protéger les structures médicales et éducatives ainsi que leur personnel, et à faciliter l’accès aux services sociaux et l’acheminement de l’aide humanitaire, conformément à leurs obligations au titre du droit international humanitaire.