Discours de Catherine Russell, Directrice générale de l’UNICEF - Réunion du Conseil de sécurité sur la situation humanitaire en Ukraine

Publié en l’état

07 mars 2022
On 5 March 2022, a girl looks out from a window as she waits inside an evacuation train to Przemysl in Poland, at Lviv train station, western Ukraine.
UNICEF/UN0603328/Filippov
Le 5 mars 2022, à la gare de Lviv, dans l'ouest de l'Ukraine, une fille regarde par la fenêtre alors qu'elle attend dans un train pour rejoindre Przemysl, en Pologne.

NEW YORK, 7 mars 2022 - « Chers membres du Conseil, chères collègues, chers collègues,

Je tiens à remercier Madame l’Ambassadrice Linda Thomas-Greenfield et Monsieur l’Ambassadeur Ferit Hoxha d’avoir organisé la réunion d’aujourd’hui. J’adresse également mes remerciements à Madame l’Ambassadrice Lana Nusseibeh et aux Émirats arabes unis qui accueillent cette réunion pendant leur présidence du Conseil de sécurité.

C’est la première fois que je m’exprime devant le Conseil de sécurité en ma qualité de Directrice générale de l’UNICEF. Je regrette que mon intervention ait été rendue nécessaire par l’aggravation rapide de la situation en Ukraine – et par les conséquences inacceptables qui s’ensuivent pour les enfants présents dans le pays.

Les huit dernières années de conflit en Ukraine ont laissé des séquelles profondes et durables chez les enfants.

L’escalade récente des hostilités a accru la menace immédiate et bien réelle qui pèse sur les 7,5 millions d’enfants du pays. Des habitations, des écoles, des orphelinats et des hôpitaux ont été pris pour cible. Des infrastructures civiles, telles que des installations d’approvisionnement en eau et d’assainissement, ont également été endommagées, privant des millions de personnes de tout accès à une eau salubre.

De nombreuses familles se terrent désormais dans des abris, des tunnels de métro ou des caves, parfois des heures durant. Les femmes accouchent dans des services de maternité de fortune qui disposent de fournitures médicales limitées.

La plupart des magasins étant fermés, les habitants rencontrent des difficultés pour s’approvisionner en articles essentiels et notamment en produits de première nécessité pour les enfants, tels que les couches et les médicaments. Et même si les magasins étaient ouverts, la population a peur de sortir pour se procurer de la nourriture ou de l’eau en raison des tirs d’obus et d’armes explosives incessants.

L’intensification du conflit armé occasionne d’importantes pertes humaines, dont le bilan s’alourdit de jour en jour de manière exponentielle.

À ce jour, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a recensé 1 207 victimes civiles en Ukraine. Depuis le 24 février, au moins 27 enfants ont été tués et 42 autres blessés, sans compter tous ceux qui sont profondément traumatisés.

Les combats font rage dans tout le pays et sont désormais livrés dans des zones densément peuplées, ce qui fait craindre une augmentation du nombre de décès d’enfants.

Les déplacements de population devraient, par ailleurs, continuer de s’accélérer.

Hier, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés recensait plus de 1,7 million de réfugiés fuyant hors d’Ukraine. La moitié des personnes en déplacement sont des enfants. L’UNICEF œuvre en étroite collaboration avec le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés pour leur apporter protection et assistance dans les pays d’accueil.

Je reviens tout juste de la frontière roumano-ukrainienne vers laquelle des milliers de femmes et d’enfants ont afflué pour échapper aux combats. J’y ai rencontré des mères et des enfants contraints de quitter leur domicile sur-le-champ.

Ces personnes m’ont raconté ce qu’elles ont ressenti en laissant leur vie derrière elles. En quittant leur mari, leur père et les membres âgés de leur famille, sans savoir quand ou si elles les reverraient un jour.

Les enfants ont évoqué leur départ soudain de l’école, la perte de leurs jouets préférés et le bruit terrifiant des tirs d’obus et d’armes à feu. Nombre d’entre eux ont été profondément traumatisés.

 

Chers membres du Conseil,

L’UNICEF et ses partenaires sont mobilisés 24 heures sur 24 pour répondre aux besoins humanitaires qui s’intensifient rapidement en Ukraine et dans les pays voisins. Nos interventions consistent, entre autres, à acheminer de l’eau potable par camion et à fournir des services médicaux d’urgence, ainsi qu’à mettre en place des lieux d’accueil et de protection pour les personnes déplacées.

L’UNICEF, qui compte déjà quelque 135 intervenants en Ukraine, se prépare à renforcer ses effectifs sur place. Par ailleurs, des équipes mobiles de protection de l’enfance soutenues par l’UNICEF vont à la rencontre des enfants, où elles le peuvent, pour leur fournir un soutien psychosocial, ainsi que des services de santé mentale et de protection.

L’environnement opérationnel en Ukraine s’avère extrêmement complexe, et les contraintes d’accès et l’évolution rapide des lignes de confrontation rendent particulièrement difficiles la livraison de matériel et la fourniture de services essentiels. La sécurité et le bien-être de notre personnel sur le terrain demeurent une priorité absolue.

Je tiens également à mettre en lumière le travail de nos partenaires locaux et d’autres acteurs humanitaires de la région, qui continuent d’œuvrer dans des conditions de sécurité extrêmement difficiles, en particulier dans les provinces de Donetsk et de Louhansk qui ont essuyé de lourdes frappes au cours des dernières semaines.

Je me réjouis de vous annoncer que l’UNICEF a livré dimanche 40 tonnes de fournitures médicales vitales destinées aux enfants et aux mères dans 22 hôpitaux au cœur de cinq régions parmi les plus touchées.

Ces fournitures comprenaient, entre autres, du matériel obstétrical et chirurgical, des kits de réanimation, des concentrateurs d’oxygène pour les hôpitaux d’accueil, ainsi que des trousses de premiers secours pour le personnel soignant en première ligne – de quoi répondre aux besoins de 20 000 enfants et de leurs mères. Par ailleurs, l’UNICEF est en train d’évaluer, en coordination avec le Ministère de la santé, les besoins supplémentaires en prévision d’autres livraisons.

L’UNICEF et ses partenaires ont besoin de ressources flexibles, ainsi que d’un accès sûr et ininterrompu, pour intensifier rapidement leurs interventions en réponse aux besoins urgents des enfants, où qu’ils se trouvent – qu’ils soient toujours sur le territoire ukrainien ou en déplacement.

En collaboration avec le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, nous avons déployé des équipes en Pologne, en Hongrie, en République tchèque et en République slovaque, et renforcé notre présence permanente en Roumanie, en République de Moldova et au Bélarus afin de satisfaire aux besoins urgents des enfants.

Nous avons commencé à mettre en place, au niveau des frontières avec les pays d’accueil, des espaces sûrs connus sous le nom de centres « Point bleu », où les enfants sont enregistrés à leur arrivée. Ces centres permettent aux familles de se sentir en sécurité et de bénéficier d’un éventail de services, tels qu’un soutien psychosocial, des conseils juridiques de base, des kits récréatifs et des produits d’hygiène. Je me suis rendue dans l’un d’eux la semaine dernière.

Par ailleurs, le personnel de ces centres est en mesure d’identifier les enfants non accompagnés et séparés de leur famille. Si les enfants privés de protection parentale courent un risque accru de violence, d’abus et d’exploitation, lorsque ces enfants sont déplacés hors de leur pays, les risques se multiplient. Le risque de traite des êtres humains est également exacerbé dans les situations d’urgence.

Aussi, l’UNICEF et le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés ont exhorté l’ensemble des pays d’accueil à prendre des mesures pour que les enfants non accompagnés et séparés de leur famille qui fuient actuellement l’Ukraine soient identifiés et enregistrés dès qu’ils les ont autorisés à entrer sur leur territoire.

Le placement temporaire dans des familles d’accueil ou dans d’autres structures de prise en charge communautaires, par le biais d’un mécanisme gouvernemental, peut contribuer à la protection des enfants déplacés sans leur famille. Néanmoins, nous insistons sur le fait qu’aucune procédure d’adoption ne doit avoir lieu pendant ou immédiatement après une situation d’urgence. Il convient de tout mettre en œuvre pour réunir les enfants avec leur famille.

Par ailleurs, l’UNICEF exprime sa profonde inquiétude quant à la sécurité et au bien-être des quelque 100 000 enfants en Ukraine, dont la moitié en situation de handicap, qui sont pris en charge en institution ou qui vivent dans des internats. Des rapports nous parvenant indiquent que des établissements tentent – de manière compréhensible – de déplacer des enfants à l’abri du conflit dans des pays voisins et ailleurs à l’étranger.

Or, nombre de ces enfants ont des membres de leur famille ou des représentants légaux en vie. Et tous ces enfants ont le droit d’être protégés.

Si nous reconnaissons que les évacuations humanitaires peuvent devenir nécessaires pour sauver des vies, il reste néanmoins impératif de prendre des mesures particulières afin d’obtenir le consentement des proches en vue de mettre ces enfants en sécurité – et de les réunir avec leur famille lorsque la menace aura disparu.

Compte tenu de l’ampleur de ce conflit, nous devrions tous nous inquiéter des risques que la présence de mines et de restes explosifs de guerre fait courir aux enfants. Si l’est de l’Ukraine était déjà la région la plus criblée de mines à l’échelle du globe, avant même la récente escalade des hostilités, le danger que ces engins représentent s’étend rapidement et s’avère désormais bien réel dans d’autres zones du pays.

Nous continuerons de faire tout notre possible pour venir en aide aux enfants en Ukraine. Nous sommes déterminés à rester et à accomplir notre mission. Mais nous avons besoin de votre soutien.

 

Chers membres du Conseil,

La situation des enfants en Ukraine est moralement inacceptable. Des images comme celles d’une mère et de ses deux enfants aux côtés d’un ami étendu dans la rue, mortellement touché par un tir de mortier alors qu’ils tentaient de fuir en quête d’un lieu sûr, ne peuvent que choquer la conscience du monde entier. Nous devons agir pour protéger les enfants d’une telle brutalité.

Par conséquent, l’UNICEF invite les membres de ce Conseil à rappeler à toutes les parties au conflit qu’elles doivent respecter leurs obligations légales et morales visant à protéger les enfants et à ne pas les prendre pour cible.

Nous continuons de nourrir de vives inquiétudes au sujet des attaques perpétrées contre les infrastructures civiles indispensables pour permettre aux enfants de surmonter ce conflit, telles que les écoles, les hôpitaux, les installations d’approvisionnement en eau et d’assainissement, et les infrastructures énergétiques essentielles.

Nous appelons donc toutes les parties au conflit à ne pas cibler ou livrer de combats à proximité de ces zones protégées, ainsi qu’à s’abstenir de lancer des cyberattaques susceptibles de perturber des services essentiels pour les enfants et les familles.

Nous demandons en outre à toutes les parties au conflit d’éviter le recours aux armes explosives dans les zones peuplées, et notamment aux armes à sous-munitions qui constituent le plus grave danger pour les enfants. Nous exhortons enfin toutes les parties au conflit à protéger la population civile des préjudices supplémentaires qui pourraient découler de la contamination par les mines et les restes explosifs de guerre.

L’UNICEF invite respectueusement le Conseil à transmettre un message fort appelant toutes les parties au conflit à respecter l’obligation visant à garantir la sécurité du personnel humanitaire et du matériel nécessaire à son intervention, ainsi qu’à permettre et à faciliter notre travail.

À cet égard, il convient également de veiller à ce que les sanctions et autres mesures restrictives appliquées n’entravent pas l’action humanitaire.

Enfin, nous avons renouvelé notre appel à la suspension immédiate des opérations militaires en cours en Ukraine. La déclaration d’un cessez-le-feu et la mise en place de garanties appropriées sont indispensables pour que toutes les personnes dans le besoin, partout en Ukraine, puissent bénéficier d’un accès rapide et sûr à l’aide humanitaire.

Cette mesure permettrait non seulement aux acteurs humanitaires d’apporter protection et assistance à ceux qui en ont besoin, mais aussi aux familles vivant dans les zones les plus touchées de sortir pour se procurer de la nourriture et de l’eau, de recevoir des soins médicaux ou de partir en quête d’un lieu sûr.

 

Pour finir, je tiens à souligner que l’UNICEF agit dans le respect des principes humanitaires et a œuvré, au cours des huit dernières années, de part et d’autre de la ligne de confrontation à l’est de l’Ukraine avec la volonté d’apporter protection et assistance à tous les enfants dans le besoin, partout sur le territoire et dans les pays voisins.

Toute cette violence doit cesser aujourd’hui.

 

Chers membres du Conseil,

Les enfants en Ukraine ont besoin d’aide et de protection.

Ils ont besoin de fournitures et d’autres soutiens essentiels.

Ils ont besoin d’avoir accès à des services élémentaires, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation.

Ils ont besoin de garder espoir en l’avenir.

Mais tous les enfants en Ukraine ont, par-dessus tout, besoin de paix. Il s’agit de la seule solution pérenne.

 

Merci de m’avoir donné l’occasion de prendre la parole devant vous aujourd’hui.

 

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Contacts presse

Najwa Mekki
UNICEF New York
Tél: +1 917 209 1804
Adresse électronique: nmekki@unicef.org

Ressources supplémentaires

FILE PHOTO: A refugee family with 11 children entered Romania at the Isaccea border crossing. They are from Ismail, nearby Odessa, and they left the country imediately, by bus, and they took the ferrry to arrive in Romania.
PHOTO D'ARCHIVES : Une famille de réfugiés avec 11 enfants est entrée en Roumanie par le poste frontière d'Isaccea. Ils sont originaires d'Ismail, près d'Odessa. Ils ont quitté le pays en bus, puis ont pris le ferry pour arriver en Roumanie.

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