Un accouchement sous les crépitement des balles

« Mon cœur allait s’arrêter tellement que les douleurs étaient intenses »

Benjamin Kasongo
Jeanne et son bébé au camp de Katanika
UNICEF RDC Kasongo
16 mars 2018

« Après 4 ou 5 kilomètres de marche, j’ai senti des douleurs au bas ventre et pis du sang a commencé à couler », explique Jeanne, 34 ans, qui a fui son village à l’est de la République Démocratique du Congo au mois d’octobre 2017. « Vers 17 heures, alors que mon mari était parti à la pêche, des soldats ont fait irruption dans notre village et des coups de balle ont retenti », se rappelle Jeanne. Dans la précipitation, Jeanne a rassemblé quelques affaires et a pris la fuite avec ses enfants.

Jeanne était alors enceinte de huit mois et des contractions ont commencé. « Il était impossible de retourner au village », précise la jeune maman. Paul est toute autre. La naissance d’un enfant est normalement un moment de joie, un moment inoubliable pour toutes les mamans. Mais l’histoire de Jeanne et de la naissance du petit

« Je me suis forcée pour arriver jusqu’à un autre village mais mes pieds ne voulaient plus avancer », se rappelle Jeanne. Quelques femmes qui avaient fui le village au même moment sont aller couper des feuilles de bananier pour permettre à Jeanne de s’allonger. « Pendant plus de deux heures, j’ai crié comme un animal à cause des douleurs », raconte Jeanne qui a accouché sous le crépitement des balles, couchée sur de simples feuilles de bananier.

« Quand Paul est finalement sorti, des femmes ont récupéré un roseau pour couper le cordon ombilical et se sont servi d’un vieux pagne pour l’envelopper. »

Une heure après la naissance, Jeanne fait face à une nouvelle douleur très vive : les contractions pour l’expulsion du placenta. « Mon cœur allait s’arrêter tellement que les douleurs étaient intenses », se rappelle Jeanne, les larmes aux yeux. Ce n’est que tard dans la nuit que Jeanne a expulsé son placenta. « Les mamans qui m’accompagnaient m’ont alors prises par la main jusqu’à Katibili où nous sommes arrivés vers 2 heures du matin », poursuit Jeanne, en précisant qu’il faisait très froid cette nuit-là.

« Après avoir passé trois jours à Katibili, nous avons rejoint le camp à Kalemie et quelques semaines plus tard, mon mari est arrivé ici », conclut Jeanne, soulagée. Depuis qu’ils sont installés au camp de Katanika, situé à une dizaine de kilomètres au sud-ouest de ville de Kalemie, la situation de Jeanne et ses enfants est toujours compliquée. Le petit Paul, qui a 4 mois aujourd’hui, n’a encore reçu aucun vaccin. Le choléra et la malnutrition sont des menaces constantes au camp.