Tuer ou être tué : témoignage d’un ancien enfant-soldat

Après avoir vécu le pire, Emmanuel apprend à se reconstruire grâce à l’appui de l’UNICEF.

Bibiane Mouangue Dikobo
Une personne qui se fait coiffer dans un salon de coiffure
UNICEF DRC Dikobo
13 juillet 2020

« Mon chef m’a demandé de les tuer, ce que j’ai fait sinon c’est lui qui allait me tuer », raconte Emmanuel qui s’est lié d’amitié avec le chef d’un groupe rebelle lorsqu’il n’avait que 13 ans. Son nouvel ami venait régulièrement discuter et passer du temps avec lui et Emmanuel, convaincu d’avoir trouvé un ami, lui rendait de petits services et faisait des courses pour lui.

Mais les choses ont rapidement pris une autre tournure lorsque le chef rebelle a forcé Emmanuel à le suivre dans la brousse. « Il m’a dit que si je ne le suivais pas, il allait me tuer », se souvient Emmanuel. Ce jour-là, une nouvelle vie a commencée pour Emmanuel. « Ils m’ont appris à manier les armes », raconte le jeune garçon qui pillait régulièrement des villages. Emmanuel n’a passé que trois mois en brousse, mais les souvenirs qu’il en garde le marqueront à vie. 

« Un jour, nous avons kidnappé deux hommes, mais leurs familles n’ont pas payé la rançon. Mon chef m’a demandé de les tuer, ce que j’ai fait sinon c’est lui qui allait me tuer »

Lorsqu’il a entendu des messages de sensibilisation à la radio, Emmanuel a décidé de quitter le groupe armé et de s’enfuir. Grâce aux informations transmises par l’ONG UPDECO, une organisation partenaire de l’UNICEF, Emmanuel a pris la direction d’un centre de jour où d’anciens enfants associés aux forces et groupes armés étaient pris en charge.

Lorsqu’il est arrivé au centre, Emmanuel a immédiatement compris qu’il avait pris la bonne décision. Il a reçu un appui psychologique et a été confié à une famille d’accueil en attendant de pouvoir le réunifier avec sa famille. Après quelques semaines, toutes les conditions nécessaires à son retour étaient enfin réunies et Emmanuel a pu retrouver les siens. Lorsqu’il est arrivé chez lui, ses frères et sœurs avaient peur de lui, comme les autres membres de sa communauté. Grâce aux conseils et à l’accompagnement des équipes psychosociales soutenues par l’UNICEF, Emmanuel a retrouvé sa place d’enfant.

Afin de se projeter à nouveau dans l’avenir et se reconstruire, Emmanuel a suivi une formation professionnelle et a ouvert un salon de coiffure pour hommes. L’UNICEF a pris en charge les six premiers mois de loyer et acheté tout le matériel nécessaire. « Grâce aux recettes du salon, je paye mes fournitures scolaires », dit fièrement Emmanuel qui est en cinquième année pédagogie.

« Je rêve d’aller à l’université et de devenir enseignant »

Chaque année, un nombre important d’enfants sont enrôlés dans les groupes armés à travers la République Démocratique du Congo (RDC). « Il y a d’autres enfants dans la brousse qui n’osent pas revenir parce qu’ils ont peur d’être rejetés », confie Emmanuel qui avait les mêmes craintes. « Ils ont besoin d’aide pour revenir vivre dans leurs familles », conclut Emmanuel. 

Grâce au financement de la coopération au développement suédois (SIDA), l'UNICEF a apporté un soutien psychosocial et des soins à 3.073 enfants anciennement associés à des forces armées et des groupes armés en 2019.