Kasaï : les effets à retardement sur la santé des enfants

Des milliers d'enfants ont fui avec leur famille sans abris réels et dépourvus d’eau potable, de structures d’assainissement, de nourriture et de soins de santé.

Octave Munguakonkwa
21 mai 2019

De 2016 à 2018, la région du Kasaï en République Démocratique du Congo (RDC) a été plongée dans la violence et l'insécurité. Des milliers d'enfants ont fui avec leur famille vers les provinces voisines ou ont trouvé refuge dans la forêt, sans abris réels et dépourvus d’eau potable, de structures d’assainissement, de nourriture et de soins de santé.

« C’est quand j’ai fui que mes enfants ont commencé à manifester les signes de malnutrition », raconte Anny Samba Kabengela. Lorsque les violences ont éclaté dans son village, Anny et ses neuf enfants ont fui pour trouver refuge dans la forêt. « On n’avait rien à manger », se rappelle la maman qui a rapidement vu l’état de santé de ses enfants se dégrader. Au fil des jours, ses deux plus jeunes enfants devenaient de plus en plus faibles, s’amaigrissaient et manquaient d’appétit.

Anny et ses enfants ont fui lorsque les violences ont éclaté dans leur village
UNICEF DRC Munguakonkwa

Anny et ses enfants ont regagné leur village quand le calme est revenu mais les conséquences de leur fuite se faisaient toujours sentir. L’état de santé de Mbuyi et Kabengele, sœurs jumelles âgées de 3 ans, continuait à se dégrader. Un jour, un relais communautaire est venu à la rencontre d’Anny pour l’inciter à emmener ses enfants au centre de santé. Alarmée par le gonflement des petits pieds de ses filles, Anny a immédiatement suivi le conseil du relais communautaire et les jumelles ont été prises en charge.

Atteintes de malnutrition aiguë sévère, Mbuyi et Kabengele ont été traitées avec des aliments thérapeutiques, des vitamines mais aussi des antibiotiques et déparasitants. Anny quant à elle a reçu des conseils sur l’alimentation adéquate du nourrisson et du jeune enfant ainsi que d’autres conseils sur les pratiques essentielles telles que l’hygiène. « Maintenant, mes enfants sont en bonne santé, ils marchent de nouveau, ils mangent bien et jouent avec les autres enfants », conclut Anny qui prépare dorénavant une bouillie à base de maïs, chenilles, arachides et huile de palme.

« Avant, nos enfants mangeaient 2 à 3 fois par jour mais quand on a fui le conflit, on trouvait difficilement à manger », explique Miandabu, une autre mère qui a vu ses enfants dépérir lors des affrontements. Dans la forêt, les familles se nourrissaient de racines ou de feuillages pour leur permettre de survivre, et buvant de l’eau sale.

Miandabu et ses enfants se nourrissaient de racines ou de feuillages pour leur permettre de survivre.
UNICEF DRC Munguakonkwa

Après avoir passé des semaines en brousse, le fils de Miandabu avait les pieds gonflés et faisait la diarrhée sans arrêt. Lorsqu’elle s’est rendue au centre de santé, les soignants lui ont appris que son fils avait développé la malnutrition aiguë sévère avec complications. « J’aillais perdre Tshibaka », se rappelle la maman. Après plusieurs jours de traitements intensifs à base de lait thérapeutique et de médicaments, l’état de santé du petit garçon a commencé à s’améliorer. « Mon fils, qui ne mangeait pas et ne jouait plus va très bien maintenant », conclut Miandabu, sourire radieux aux lèvres.

Au cours des deux dernières années, l'UNICEF et ses partenaires ont traité 200.000 enfants souffrant de malnutrition sévère à travers la région du Kasaï mais 260.000 enfants ont toujours besoin d'un traitement vital.