Familles d’accueil : un pilier de protection pour les enfants en temps de crise
A Goma, un solide réseau de solidarité communautaire se mobilise pour protéger les enfants séparés de leurs parents
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Dans le salon de Kalimbezi*, une petite fille s’est blottie contre lui. Elle regarde la télévision, entourée d’autres enfants. Elle a été séparée de sa famille dans la confusion qui a suivi le démantèlement du site pour personnes déplacées de Buhimba à Goma en février 2025.
Depuis, c’est chez Kalimbezi qu’elle a trouvé un peu de stabilité et de réconfort, en attendant que ses proches soient retrouvés. Père de famille et relais communautaire engagé, Kalimbezi fait partie d'un réseau structuré de familles d’accueil transitoires actif dans la ville de Goma.
Avec le soutien de partenaires tels que le Fonds central d'intervention pour les urgences humanitaires (CERF), le Bureau de l'USAID pour l'assistance humanitaire (BHA), du Bureau des affaires étrangères, du Commonwealth et du développement (FCDO), l’Union européenne ainsi que les gouvernements de l’Allemagne, la France, la Norvège et la Suède, ces familles ouvrent leurs portes aux enfants qui en ont besoin, même dans les moments les plus critiques.
Lors de la dernière escalade de violence, Kalimbezi n’a pas hésité. Il a accueilli quatre enfants, fidèle à son engagement de toujours. « J’ai pris l’engagement d’aider ces enfants parce qu’ils sont vulnérables. Les enfants sont l’avenir et nous devons les protéger », dit-il simplement.
En l’espace de trois semaines entre fin janvier et début février 2025, plus de 1 000 enfants séparés de leurs familles ont été identifiés par l’UNICEF et ses partenaires. Certains se sont perdus pendant les affrontements, d'autres ont été séparés de leurs proches à la suite de la fermeture soudaine des sites de déplacés.
Face à l’impact de la crise sur les enfants, de nombreuses familles comme celle de Kalimbezi ont pris le relais, illustrant la force et l’efficacité de l’approche communautaire pour assurer la continuité de la protection des enfants. Même dans des quartiers déjà fragilisés par la crise, elles offrent une protection temporaire et la chaleur d’un foyer.
Pour aider les familles d’accueil à continuer ce rôle essentiel au plus fort de la crise, l’UNICEF les accompagne à travers des formations, un accompagnement et des transferts d’argent mobile. Ces derniers, rendus possibles grâce à la mobilisation de financements flexibles, aident les familles à répondre aux besoins des enfants qu’elles accueillent.
Six points d’écoute ont été ouverts à Goma pour orienter les enfants et les familles vers les services de protection de l’enfant et les services sociaux adaptés à leurs besoins. Souvent, ce sont les relais communautaires comme Kalimbezi – en première ligne dans les quartiers – qui identifient les enfants vulnérables et les orientent vers ces espaces d’écoute.
Sur place, des travailleurs para-sociaux comme Kasoki Kasolene prennent le relais pour assurer un suivi individuel. « L’objectif principal de notre travail est de réunifier chaque enfant avec sa famille mais aussi identifier les cas d’abus que les enfants subissent », explique-t-elle.
Ces travailleurs para-sociaux jouent un rôle central dans la réponse à la crise. Ce sont eux qui mènent les activités de recherche familiale, tout en fournissant un appui psychosocial indispensable aux enfants.
Ce travail minutieux prend du temps. Parfois quelques jours, parfois des semaines ou des mois. Mais chaque réunification est une victoire collective, fruit de l’engagement coordonné des familles d’accueil, des relais communautaires, des travailleurs para-sociaux et de l’ensemble des partenaires locaux.
Depuis janvier 2025, plus de 3 300 enfants non accompagnés et séparés à cause du conflit ont été identifiés, et presque 2 300 d’entre eux ont pu retrouver leurs proches grâce à ce maillage communautaire solide.
L’UNICEF renforce cette approche ancrée dans les communautés pour aider à réunifier les enfants séparés de leurs parents, et leur offrir un environnement temporaire stable et bienveillant qui limite les traumatismes liés à la séparation.
* Le nom de Kalimbezi a été changé afin de respecter la confidentialité de cet homme engagé et des enfants qu’il accueille chez lui depuis sept ans.