Le SSSU-SAJ de Ferké, un espace sûr pour apprendre la sexualité sans jugement

Au SSSU-SAJ, les filles et les garçons peuvent avoir les informations nécessaires sur toutes les méthodes contraceptives sans tabou.

Lydia Kouadio
Santé sexuelle et reproductive en Côte d'Ivoire
UNICEF / 2025 / Frank Dejongh
11 août 2025

On ne mange pas une banane avec la peau ? Les implants ça rend stérile ? Les filles ne doivent pas toucher les garçons lorsqu’elles ont leurs règles au risque de tomber enceinte ?  

Les tabous ont toujours existé surtout concernant la sexualité. Et lorsque les tabous persistent, la réalité rattrape et le fossé se creuse entre les filles et les garçons. Les adolescents qui sont des moulins à questions, se retrouvent sans repères et l’ignorance les pousse à adopter des comportements à risques. En effet, à cheval entre l’enfance et l’âge adulte, les adolescents ont besoin d’être instruits et guidés. Autrement, ils découvrent par eux-mêmes et pas toujours de la meilleure des manières la sexualité, qui peut être source de grossesses indésirées ou précoces et de maladies sexuellement transmissibles.  

« C’est plus difficile pour nous les jeunes de s’ouvrir à nos parents. La plupart du temps nous le faisons avec nos amis et nous les conseillons, bien que nous ne soyons pas totalement informés sur les questions de sexualité. » Francis Kakou, 24 ans 

Lorsqu’il était plus jeune, Francis a eu l’occasion de poser la question de l'âge idéal pour commencer à avoir ses premiers rapports sexuels à ses parents, mais leur réponse a été plutôt vague : « Francis, lorsque ce sera le moment, tu le sauras. » Beaucoup d’adolescents et de jeunes ont considéré eux-mêmes que tel ou tel jour était « le bon moment » et sans aucune protection se sont retrouvés face à une paternité ou une grossesse qu’ils n’avaient pas prévu. C’est pourquoi le Service de Santé Scolaire et Universitaire pour la Santé des Adolescents et Jeunes (SSSU-SAJ) a été créé afin d’apporter réponses et soulagement aux adolescents et aux jeunes de la ville de Ferké. Inauguré le mardi 17 juin 2025, il est déjà en fonction. Quelques années auparavant, la sage-femme Dedetchi Adjiri, gérait les accouchements dans un centre santé, aujourd’hui elle est au service des adolescents au SSSU-SAJ de Ferké. Ici, elle continue la planification familiale et les consultations prénatales pour les jeunes filles enceintes, mais elle est également une oreille attentive et comme son titre l’indique, elle est la voix de la sagesse. 

Santé sexuelle et reproductive en Côte d'Ivoire
UNICEF / 2025 / Frank Dejongh

« Les problématiques auxquelles les adolescents et jeunes font face sont multiples : Les infections, les grossesses précoces, l’abstinence qui suscitent des moqueries, les parents trop intrusifs qui veulent vérifier la virginité de leur fille ou forcer leur fille à mettre des implants, etc. Les parents ont tendance à être méfiants vis-à-vis de leurs adolescents et cela peut créer des tensions. Mon rôle est d’accueillir, de conseiller, d’orienter tout ce beau monde et d’agir quelquefois comme médiatrice. » Sage-femme Adjiri  

Selon la Sage-femme, il est essentiel que les parents parlent de sexualité avec leurs enfants, afin de leur faire savoir les responsabilités et les réalités de la pratique sexuelle et d’instaurer une relation de confiance entre eux. Au sein du SSSU-SAJ de Ferké, les filles et les garçons peuvent avoir toutes les informations nécessaires sur toutes les méthodes contraceptives sans tabou et de façon discrète.  

« J’ai déjà reçu une adolescente enceinte pour une consultation prénatale et elle m’a avoué qu’elle avait été violée. Cela m’a complètement bouleversé. J’ai longuement échangé avec elle, j’ai vérifié qu’elle n’avait aucune infection et je l’ai orienté au centre social pour son suivi psychologique. » Sage-femme Adjiri  

Santé sexuelle et reproductive en Côte d'Ivoire
UNICEF / 2025 / Frank Dejongh

Aïcha Diallo, 21 ans, étudiante en Finance Comptabilité au CBCG de Bouaké, a grandi et fait tout son parcours scolaire et secondaire à Ferké :

« Lorsque j’étais au lycée, j’ai vu beaucoup de cas de grossesses qui au début ont été mal gérées par les parents ou les enseignants. J’en ai été témoin. Moi lorsque j’ai eu mes règles, je l’ai caché à ma mère pendant 4 mois. Finalement elle a fini par le découvrir et me prodiguer des conseils. Je pense que la présence de ce service sera un espace sûr pour les adolescents. » 

Le Service de Santé Scolaire et Universitaire pour la Santé des Adolescents et Jeunes est un lieu où les adolescents en quête de réponses peuvent se retrouver. Il est né grâce à l’appui de notre partenaire KOICA.