À Linguerekoro, les langues se délient autour de la santé sexuelle et reproductive
…Et ce sont les femmes, les enfants et toute la communauté qui en bénéficient.
Dans le petit village de Linguerekoro, entre Ferkessédougou et Kong la parole s’est ouverte sur des sujets longtemps restés tabous. Une vingtaine de femmes se sont réunies pour une séance de sensibilisation qui a lieu régulièrement autour de la santé sexuelle et reproductive, de l’hygiène menstruelle, des violences basées sur le genre (VBG), des situations de viol et de l’excision.
À la tête de cette rencontre, Ibrahim Diabagaté, un jeune homme engagé avec l’ONG ACDD (Alternative Communautaire pour le Développement Durable), habituellement superviseur des activités de sensibilisation. En Senoufo, le dialecte de ses femmes, il a su trouver les mots justes pour évoquer des réalités essentielles à aborder.
« Depuis janvier nous intervenons à Linguerekoro, ciblant femmes et hommes avec nos sensibilisations. Le sujet sur la sexualité reste tabou pourtant il y a des cas d’infections traitées régulièrement au centre de santé. Avec les jeunes filles et les femmes, nous parlons de leurs droits en cas de violences, de mariage forcés ou précoces. Avec les jeunes hommes et les hommes, nous les incitons à utiliser les contraceptions, à faire les tests de dépistages et à respecter le droit que les femmes ont sur leur corps. » Ibrahim
Pendant plus d’une heure, les femmes présentes ont écouté attentivement les messages partagés. Il a été question de planification familiale, du dialogue dans le couple, du consentement dans les relations sexuelles, de l’importance de respecter le rythme et les choix de la femme dans un contexte où la polygamie est culturellement acceptée.
« Nous ne venons pas imposer un modèle, mais ouvrir un espace de discussion, de compréhension mutuelle », a-t-il expliqué. À travers des exemples concrets et des échanges ouverts, il a montré aux femmes comment prendre soin de leur santé, mais aussi comment, en tant que mères, accompagner leurs filles vers une adolescence plus informée et protégée.
Parmi les participantes, une femme de 27 ans, a partagé son ressenti :
« Les conseils nous aident vraiment et nous permettent de poser des questions, de comprendre et d’être libres. » Assiatou
Au niveau du centre de santé, l’infirmier major Zoumana Koné, intervenant souvent dans ces sensibilisations a exposé son point de vue sur la question :
L’accent est mis sur la prévention, l’importance de l’abstinence pour les jeunes dans le cadre scolaire ou, à défaut, l’usage de méthodes contraceptives accessibles. Il faut souligner que grâce aux sensibilisations, les femmes viennent plus facilement consulter.
Face à des situations de viol ou de violences, l’approche prônée est claire : écouter, orienter, protéger. Les personnes victimes peuvent être accompagnées vers le centre de santé local pour un suivi médical, mais aussi vers le centre social, où des professionnels sont formés pour gérer chaque cas avec confidentialité.
Grâce au soutien des partenaires et à l’implication d’acteurs locaux dévoués, Linguerekoro devient peu à peu un exemple de ce que peut produire un engagement communautaire fondé sur l’écoute, la sensibilisation et le respect mutuel. Et ce sont les femmes, les enfants et toute la communauté qui en bénéficient.