Ngazidja : lancement d’une caravane médicale pour renforcer l’inclusion scolaire
Lancée lors de la Journée internationale des personnes handicapées, cette caravane, organisée par le ministère de l’Éducation avec l’appui de l’UNICEF, vise à dépister et accompagner les enfants handicapés pour leur offrir une scolarisation de qualité
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Dans une salle de classe transformée en espace de célébration, l’école Coulé 2 à Ngazidja vibrait d’émotion et d’enthousiasme le 3 décembre 2025, à l’occasion de la Journée internationale des personnes handicapées. Parents, enseignants et élèves partageaient un moment solennel et chaleureux pour le lancement officiel de la caravane médicale pour l’inclusion scolaire, organisée par le ministère de l’Éducation avec l’appui de l’UNICEF. Parmi eux, Amina, dans la quarantaine, tenait son fils Mustakim Mohamed, atteint de trisomie. Avec une émotion palpable, elle confiait : « Aujourd’hui, c’est un moment spécial pour nous. Mon fils va recevoir l’attention et le suivi dont il a besoin pour s’épanouir à l’école. » Comme elle, de nombreux parents ont accompagné leurs enfants pour bénéficier des consultations médicales spécialisées qui ont suivi la cérémonie.
Un jeune élève malvoyant, les yeux brillants d’enthousiasme, a dit : « Je suis fier d’être à l’école même si je ne vois pas bien. » Son témoignage illustre parfaitement la volonté des enfants et des familles de participer pleinement à la vie scolaire, malgré les défis liés à leur handicap.
« L’école a pour mission d’accueillir chaque enfant, sans distinction, et de lui offrir les conditions qui lui permettent d’apprendre, de s’épanouir et de croire en ses possibilités. Cela implique de regarder le handicap non comme une limite, mais comme une réalité humaine qui nous invite à plus d’écoute, d’empathie et d’innovation », a rappelé le président du conseil d’école.
Dans son discours de circonstance, le ministre de l’Éducation, Bacar Mvoulana, n’a pas manqué de préciser que l’éducation est un droit universel et que chaque enfant doit pouvoir apprendre et s’épanouir quelles que soient ses capacités. Il a souligné les efforts continus du ministère pour mettre en place une politique d’éducation inclusive, notamment à travers la stratégie nationale de scolarisation des enfants vivant avec handicap 2017-2026, la formation des enseignants, l’adaptation des programmes et la mise en place de dispositifs de suivi et d’accompagnement adaptés. « La caravane médicale que nous inaugurons aujourd’hui permet de dépister précocement les handicaps physiques, sensoriels ou cognitifs, d’orienter les familles vers les services spécialisés et d’améliorer la scolarisation des enfants dans nos établissements publics », a dit le ministre.
Le représentant de l’UNICEF aux Comores, Mustapha Ben Messaoud, a souligné le contexte mondial et local : près de 240 millions d’enfants dans le monde vivent avec un handicap, et beaucoup se heurtent à des obstacles multiples pour exercer leurs droits. Aux Comores, le nombre d’élèves en situation de handicap scolarisés a atteint 1 742 en 2024-2025, dont 905 filles. Mustapha Ben Messaoud a rappelé les actions indispensables pour garantir l’inclusion des enfants en situation de handicap : « D'une part, il est nécessaire de supprimer les barrières physiques et celles liées à la communication et aux comportements qui les excluent de la société. D'autre part, il est essentiel d'assurer l'enregistrement des naissances, l'accès à des services de santé et nutrition inclusifs, une éducation équitable ainsi qu'un accès aux technologies d'assistance ».
Des consultations spécialisées en ORL, ophtalmologie, neurologie, kinésithérapie et autres disciplines ont été proposées directement dans les écoles de Ngazidja, comme cela avait déjà été fait à Mwali et Ndzuani.
Au total, 902 élèves de 215 écoles à travers les trois îles ont bénéficié de ces consultations et d’un suivi médical individualisé, permettant d’identifier les besoins spécifiques, d’orienter les enfants nécessitant un suivi particulier vers les structures de santé spécialisées, et d’assurer une inclusion réelle et durable.
En amont de cette caravane, des sessions de sensibilisation ont été menées auprès des enseignants, des directions d’écoles, des parents et des acteurs locaux afin de renforcer leur compréhension et leur engagement dans le processus d’inclusion scolaire des enfants en situation de handicap. Cette démarche visait à créer un environnement scolaire équitable et adapté, garantissant l’accès à des services de santé et à une prise en charge pédagogique adaptée aux besoins de chaque enfant.
La caravane médicale, conçue sous forme mobile et sécurisée, a permis ainsi de toucher un nombre important d’enfants, avec une équipe pluridisciplinaire prête à répondre à leurs besoins spécifiques.
L’histoire de l’éducation inclusive aux Comores est fortement encadrée par la législation et les politiques publiques. La Constitution de 2001 proclame le droit à l’éducation pour tous, tandis que la loi du 22 décembre 2014 définit le handicap et engage l’État à garantir l’égalité des droits. Depuis, le gouvernement a intégré l’éducation inclusive dans tous ses plans sectoriels et a ratifié la Convention relative aux droits des personnes handicapées en 2016. Le Plan d’action 2017-2026 et le Plan Comores Émergentes à l’horizon 2030 visent à mettre en place un dispositif national pour assurer une éducation de base inclusive adaptée aux besoins spécifiques des enfants vivant avec handicap.
Depuis 2015, des initiatives pilotes, appuyées par l’UNICEF, ont permis de former des enseignants et encadreurs pédagogiques à l’accompagnement des enfants présentant des déficients visuels, auditifs ou cognitifs. Des outils pédagogiques spécialisés ont été introduits, incluant le braille, la langue des signes et du matériel adapté pour les enfants malvoyants ou malentendants.
Cependant, la mise en œuvre initiale a rencontré des obstacles. L’utilisation des équipements fournis est restée limitée et la formation n’a été que partiellement appliquée, faute d’une appropriation suffisante par les écoles pilotes de l’approche inclusive. Pourtant, les preuves démontrent son efficacité, non seulement pour la socialisation et la scolarisation des enfants en situation de handicap, mais aussi pour stimuler l’innovation pédagogique au bénéfice de tous les élèves.
Cette situation a entraîné une démotivation chez certains parents, qui ont choisi de retirer leurs enfants des écoles ordinaires ou de les inscrire dans les rares structures spécialisées existantes. Un nouvel élan est observé grâce à l’engagement institutionnel. En effet, après un plaidoyer de l’UNICEF, le ministère de l’Éducation a nommé en decembre2023, un point focal en charge dela scolarisation des enfants en situation de handicap, Mme Hakika Msahazi. Son dynamisme a permis de relancer la démarche inclusive de nouer des collaborations avec le ministère de la santé, les quelques centres spécialisées existantes et des psychologues et d’adopter des mesures concrètes également.
Ainsi, chaque rentrée, conformément aux instructions officielles du ministère de l’éducation, les enseignants et directeurs doivent identifier les enfants en situation de handicap inscrits dans leur établissement, signaler ceux en classe d’examen, afin de d’aider à la mise en place des dispositifs pédagogiques nécessaires. Un guide de détection des troubles d’apprentissage a été élaboré avec l’appui de pédagogues et de psychologues pour aider les enseignants à mieux accompagner ces élèves. Les encadreurs pédagogiques ont été formés à son utilisation et doivent à leur tour former les enseignants.
Le ministère envisage également la création d’une ligne budgétaire dédiée à la prise en charge scolaire des enfants en situation de handicap.
« Nos enfants en situation de handicap sont talentueux et courageux. L’école doit s’adapter à eux et non l’inverse. Avec la caravane médicale et toutes les mesures mises en place, nous affirmons notre engagement à bâtir une école comorienne où chaque enfant, sans exception, trouve sa place », a rassuré le ministre de l’Éducation.