Renforcer la sensibilisation pour mieux susciter l'engagement de la communauté contre la COVID-19

Sensibilisation contre la COVID-19

Claude Tarpilga
Kouanda Awa, 26 ans, de Help, sensibilise les personnes déplacées aux mesures de protection contre la maladie COVID-19.
UNICEF/2021/ClaudeTarpilga
03 mai 2021

Il est 10 heures du matin. Sur le site des déplacés internes situé dans le secteur 2 de Kaya, hommes, femmes, jeunes et enfants sont mobilisés pour la réunion qui se tient habituellement sous le grand arbre.

Kouanda Awa, 26 ans, est une assistante sociale de Help, une organisation non gouvernementale soutenue par l'UNICEF qui opère dans la région du Centre-Nord du Burkina Faso Awa est en terrain connu. Elle n'en est pas à sa première visite.

Debout, le mégaphone à la main, elle scrute un instant la foule de déplacés venus assister à la réunion de sensibilisation puis, elle se lance : "Qui peut me rappeler les mesures de barrière contre le COVID-19" ? Une multitude de mains se lèvent. La parole est donnée à une jeune femme qui se lève et répond sur un ton dynamique : "Porter un masque, tousser dans son coude et se laver les mains régulièrement". Sur cette dernière phrase se lève un homme de 60 ans qui répond : "Se laver les mains régulièrement est un acte important pour se protéger des maladies. On nous le répète tout le temps. Mais il est connu de tous que le manque d'eau est une triste réalité que nous vivons ici. Nous n'avons pas assez pour boire, et encore moins pour nous laver les mains", rétorque-t-il. Lorsqu'il s'assied, un murmure s'élève de la foule.

Le débat sur le manque d'eau est relancé car il est récurrent à chaque réunion. Awa, sur un ton calme intervient, soutenant les propos du dernier intervenant mais répète que la doléance est transmise à qui de droit pour résoudre le manque d'eau. "L'accès à l'eau potable est un droit. Nous vous demandons encore un peu de patience", ajoute-t-elle.

La région Centre-Nord est particulièrement confrontée au manque d'eau. Les conditions d'accès à l'eau sont encore plus difficiles avec l'afflux massif de personnes déplacées. Ce fait compromet la mise en œuvre de certaines mesures de prévention barrières contre le COVID-19, notamment le lavage régulier des mains.


De plus, la maladie à coronavirus relativement bien connue de la population fait l'objet de diverses interprétations, comme dans d'autres régions. " C'est une maladie de Blancs ", " c'est juste une grippe " ou " le virus ne peut pas se développer dans notre chaleur, alors ne nous embêtez pas ", disent certains ici et là. Ces représentations sociales au début de la maladie ont déterminé les attitudes et les comportements de certaines personnes, de sorte que les mesures de barrières se heurtent parfois à un environnement peu propice à leur application.


Face à ce constat, Awa et son équipe se sont fait un devoir de sensibiliser la population à l'existence de la maladie COVID-19 et aux bonnes pratiques d'hygiène. Pour elle, il est nécessaire de renforcer les stratégies de communication pour mieux susciter l'engagement de la communauté à respecter les mesures de barrières.


Bouissida Ouedraogo, 50 ans, vit avec ses 6 enfants sur le site des déplacés depuis 2 ans seulement. Elle est originaire de Barsalogo, une ville située à 45 km de Kaya. Bouissida, comme toutes les autres personnes déplacées, a dû fuir les attaques de groupes armés non identifiés pour trouver refuge à Kaya.

Depuis l'apparition de l'épidémie de coronavirus au Burkina Faso, Bouissida faisait partie de ceux qui étaient sceptiques et refusaient de croire à l'existence de la maladie jusqu'au jour où elle a reçu une équipe de travailleurs sociaux de Help qui l'a sensibilisée à la prévention contre la maladie du coronavirus. "J'ai entendu parler de la maladie qui tuait des gens en Europe et même dans la capitale Ouagadougou, mais c'était loin de me préoccuper. Ce qui m'inquiétait davantage, c'était nos familles restées dans les villages que nous avions fuis et le manque de ressources pour la survie quotidienne", dit-elle.

Au fur et à mesure que les activités de sensibilisation à la pandémie du COVID-19 s'intensifiaient sur le site des déplacés, le doute sur la réalité de la maladie qui habitait Bouissida s'est peu à peu dissipé. Les témoignages partagés par les travailleurs sociaux ont fini par la convaincre. Cependant, une inquiétude le préoccupe : "le manque d'eau et la promiscuité des habitations de fortune qui caractérisent notre site constituent un risque élevé de transmission. Aidez-nous s'il vous plaît", implore-t-elle.


Grâce au soutien de l'UNICEF, des ONG travaillent dans la région Centre-Nord pour mobiliser des centaines de relais communautaires qui font du porte-à-porte, dans les écoles, sur les espaces publics tels que les restaurants, les bars et les stations de transport routier pour sensibiliser la population à l'existence de la maladie COVID-19 et expliquer les mesures de barrière pour l'éviter. Les radios communautaires sont sollicitées pour diffuser les messages afin d'atteindre le plus grand nombre de personnes possible. "Tous les lieux publics sont des cibles pour la sensibilisation aux bonnes pratiques de prévention contre le COVID-19", précise Awa.
Pour Jean Parfait Ouédraogo, chargé de suivi et d'évaluation à Help, même si le nombre de cas de COVID-19 aujourd'hui n'est pas alarmant, l'épidémie est loin d'être terminée. " Il ne faut pas baisser la garde car la situation épidémiologique reste encore fragile et dépend du respect des mesures de barrières par les populations ", soutient-il.


Grâce à l'UNICEF avec l'appui financier du gouvernement du Japon, un projet de renforcement des mesures d'hygiène et de sécurité des soins en situation de Covid-19 a été mis en place en août 2020 dans les districts sanitaires de Kaya et Barsalogho. L'objectif de ce projet est de renforcer les capacités des acteurs de la santé, de l'économie et des organisations à base communautaire (OBC) afin de créer un environnement favorable à l'adoption de pratiques d'hygiène et à la prévention des infections à COVID-19 dans les établissements de santé. Le projet a couvert 2 districts sanitaires, 21 formations sanitaires dans 3 communes, a touché 60 points focaux dans les marchés, les stations de transport routier et 200 leaders communautaires et religieux, adolescents et jeunes.