Histoires vécues

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Mariage des enfants : le foyer ne doit pas rivaliser avec l’école

© UNICEF/Burkina Faso/2015/Tarpilga
Adjaratou Amadou, 15 ans. Elle s’est enfuit du village où elle a été mariée de force par son père. Elle répond aux questions des journalistes

Par Claude Tarpilga

Ce matin-là, la cour de la Direction provinciale de l’Action sociale et de la solidarité nationale est investie par une meute de journalistes. La caravane de presse présente à Gorom Gorom dans la province de l’Oudalan dans le cadre de la compagne de communication contre les mariages d’enfants et les grossesses non désirées écoute attentivement  Adjaratou Amadou, une jeune fille, la tête voilée. D’un ton serein, elle répond aux questions des journalistes.

Adjaratou a 15 ans. Elle s’est enfuit du village où elle a été mariée de force par son père.
 Recueillie par sa grand-mère qui a aménagé à Dori, Adjaratou a pu retourner à l’école grâce à l’action du réseau de protection de l’enfant de la province de l’Oudalan. « Je fréquente le lycée provincial de Dori. Lorsque je suis partie en vacances au village il  y 4 ans, mon papa m’a donnée en mariage. J’ai réussi à m’enfuir pour venir chez ma grand-mère. Je continue de fréquenter et je passe en classe de 3ème » dit-elle.

Adjaratou a été mariée à l’âge de 11 ans. Son mari qui avait alors 37 ans l’a empêchée de passer l’examen du CEP sous prétexte que sa place était au foyer. Elle était pourtant la première de sa classe. Pour ne pas déshonorer ses parents, elle a dû se plier aux injonctions de son mari. Ce fut pour quelque temps car, informée de la situation dans laquelle elle vivait, sa tante a alerté l’Action sociale qui a réussi à la soustraire des griffes de son mari par l’entremise du réseau de protection de l’enfant de l’Oudalan.

Le premier refuge d’Ajaratou fut la maison de sa tante. Pour ne pas avoir à faire face aux représailles du père d’Adjaratou, la fugitive a été recueillie chez sa grand-mère Nahan, une vielle très crainte et qui incarne une certaine autorité aux yeux de la famille. 

Le mariage des enfants a une origine essentiellement culturelle. S’il y a un phénomène qui compromet sérieusement les efforts d’amélioration de l’’accès à la scolarisation, de maintien et de réussite des filles dans la région du Sahel, c’est bien le mariage des enfants.

Natama Talardia est le Directeur provincial de l’action sociale et de la solidarité nationale de l’Oudalan. Selon lui, 113 cas ont été enregistrés en 2014 dans la région du Sahel dont 14 cas pour la province de l’Oudalan. Au  premier semestre 2015, la province comptait déjà 6 cas de mariages d’enfants.

Le phénomène est difficile à appréhender car il sévit de manière silencieuse. « En général, les services de l’Action sociale ne sont avisés que lorsqu’il y a contestation de la fille, de la mère ou du père, ou dénonciation par une tierce personne. Autrement, les parents viennent retirer leurs filles des classes pour les marier à l’insu des enseignants » déclare le directeur.

Au Sahel, des enfants arrivent à l’école promis au mariage, souvent depuis le jour de leur naissance. Certains élèves mariés sont dans les classes, attendant souvent, pour les filles, la première grossesse pour abandonner les classes.
 Le refus de la fille de se soumettre au mariage entraine le désengagement des parents quant au soutien scolaire. Quand bien même certains parents sont sensibilisés sur la question, ils se trouvent être prisonniers du poids de la dote. « Parfois les parents ont des difficultés à retourner la dote pour libérer la fille. Par conséquent, ils font tout pour la maintenir chez son mari, car si elle s’en va, les parents seront obligés de rembourser la dote », confie Nawa une des ‘’mamans modèles’’ présente à la rencontre. « Mais nous continuons à répéter aux parents que la place de la fille est à l’école », ajoute-elle.

Le divorce coutumier n’étant pas encore consommé par la remise de la dote, les beaux-parents d’Adjaratou ne cessent de venir la supplier de revenir sur sa décision et de rejoindre son mari au village. « Je ne veux pas repartir car je tiens à mon école, et en plus, je ne l’aime pas. Je ne retournerai plus au village. Je veux réussir à mon brevet d'études du premier cycle » leur rétorque-t-elle.

L’UNICEF met en œuvre un certain nombre d’actions dans le cadre de la promotion de l’abandon du mariage des enfants et la scolarisation des filles dans la région du Sahel. En juin 2015, une campagne de communication pour le changement de comportement et des normes sociales a été initiée par le Ministère des Enseignements secondaires et supérieur (MESS) avec l’appui financier de l’UNICEF et du gouvernement canadien. Cette caravane de presse qui a mobilisé plus d’une vingtaine de journalistes a sillonné 4 provinces de la région du Sahel à savoir le Soum, le Séno, l’Oudalan et le Yaga.

 

 
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