Histoires vécues

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Le partage des coûts et l’entraide communautaire comme remèdes pour la réduction de la mortalité maternelle

© UNICEF/Burkina Faso/2016/Tarpilga
Djamila Bancé, 19 ans, avec son bébé dans les bras. Elle habite la commune de Zabré, province du Zoundweogo, Burkina Faso. Grâce au système de partage des coûts, elle a pu bénéficier des services de santé à cout réduit.

Par Claude Tarpilga

Le district sanitaire de Zabré est situé dans la province du Zoundweogo au Centre-Sud du Burkina Faso. Il fait frontière avec le Ghana au sud et 2 autres districts sanitaires à savoir celui de Manga (centre sud) et celui de Tenkodogo (centre-est). Il est situé à 110 km du centre de référence qui est Tenkodogo et dont les voies d’accès sont souvent difficiles à emprunter pour les évacuations.

L’accès financier des enfants et des femmes aux services de santé dans la commune de Zabré a longtemps été préoccupante. « En 2005 nous nous sommes rendu compte du problème qu’engendrait la prise en charges des urgences obstétricales et chirurgicales » explique M. Traoré Souleymane, attaché de santé en chirurgie du district sanitaire de Zabré. « Nous avons contacté l’UNICEF qui nous appuyé par l’UNICEF pour la mise en place du Système de partage couts (SPC) conçu pour offrir des services de santé à cout réduit à ceux qui, autrement, en auraient été privés » ajout-il.

L’association Wossopanga qui veut dire « Solidarité » est née en janvier 2007. Piloté par les membres de la communauté et les agents de santé communautaire organisés en Comité de Gestion (COGES), l’association appuie le Comité de pilotage du système de partage des coûts pour la prise en charge des urgences obstétricales et chirurgicales (COPISPAC) mis en place par le district sanitaire.

Aujourd’hui, Bancé Djamila reçoit la visite de de l’attache de santé. Agée de 19 ans, Djamila est une jeune fille fluette. La difficulté qu’elle a eue à accoucher normalement pourrait s’expliquer par son jeune âge. « Nous avons constaté la lenteur dans l’évolution du travail malgré le fait qu’elle ait fait quatre consultations prénatales (CPN). Le diagnostic de disproportion fœto-pelvienne (DFP) a été posé et nous avons pris la décision de procéder à une césarienne » déclare Souleymane, l’attaché de santé.

Les parents de Djamila n’ont payé que 4000 F pour l’intervention. Celle-ci s’est bien passée ; mais deux semaines après l’intervention, les suites ont connu une suppuration qui a nécessité une reprise de l’intervention chirurgicale.  Djamila et son bébé se portent bien et la mère vaque  normalement à ses occupations quotidiennes en suivant les conseils donnés par les agents de santé du centre de santé.

Djamila et ses parents apprécient l’existence du système de partage des coûts qui, disent-ils,  soulage beaucoup la communauté. « S’il n’avait pas ce système de partage de coûts, je me serai endetté pour la soigner » confie le beau-père de Djamila.


Le coût d’une césarienne et les soins qui l’accompagnent est de 11.000 F  malgré la subvention des accouchements et les soins obstétricaux néonatals d’urgences (SONU) de l’Etat depuis 2006. Mais le bénéficiaire paie 4000 frs pour se faire opérer tous soins confondus. En versant au COPISPAC seulement 50 francs CFA par individu composant le ménage chaque année, le bénéficiaire  est efficacement couvert contre plusieurs risques sanitaires. Du fait de la participation de Djamila et de ses parents au système de partage des coûts à travers les cotisations gérées par le COPISPAC, elle a pu être transportée au centre médical et a bénéficié des soins dont elle avait besoin.

Le système de partage de couts touche également d’autres cas d’indigence ou de pathologies autres que ceux relatifs à l’enfant et à la femme. C’est le cas de Seydou Boussim, âgé de 44 ans, qui a été opéré d’une hernie inguinale étranglée bilatérale et d’une hernie ombilicale. « Je souffrais au niveau de l’abdomen avec une boursoufflure au niveau de la bouse et je vomissait fréquemment. J’avais très peur de mon état et en plus j’étais angoissé  parce  ce que je n’avais pas de quoi me soigner » dit-il.
© UNICEF/Burkina Faso/2016/Tarpilga
M. Souleymane Traoré, agent de santé spécialisé en chirurgie du district sanitaire de Zabré. Il est également membre du COPISPAC et accomplit un travail remarquable dans le centre médical de Zabré

Seydou a subi trois interventions et les plaies opératoires sont en voie de cicatrisation. Il dit avoir payé 55 000 F pour les trois interventions et se porte bien actuellement. Il a bien apprécié l’existence du système de partage de coûts sans lequel il aurait dépensé une somme très élevée pour les interventions qu’il vient de subir. 

Le recouvrement des fonds des cotisations se fait par des agents collecteurs qui ont été choisis dans chaque village et qui passent de famille en famille pour la collecte des cotisations.
Pour susciter l’adhésion des populations à cette initiative, l’association  Wossopanga mène des campagnes de sensibilisation destinées à faire connaître le système de partage de coûts grâce aux émissions explicatives et tables rondes diffusées à la radio locale.

En écoutant ces émissions, les villageois apprennent comment leur argent est utilisé et reçoivent également des informations sur la santé en générale et particulièrement sur l’importance de la consultation prénatale pour les femmes enceintes. « Les communautés sont convaincus des avantages de ce système. Ils encouragent eux-mêmes les populations des autres villages à y adhérer. Aujourd’hui, le centre médical parait beaucoup plus accessible aux population qu’avant » déclare le médecin-chef du district (MCD) de Zabré.


Pour le MCD, la perspective est de réduire à 2500 F CFA la contrepartie du bénéficiaire qui est de 4000 F CFA. Mais à condition que les cotisations soient effectives au même moment pour ne pas causer des ruptures de ressources pour la prise en charge des urgences.

Dans le cadre de l’amélioration de l’accès financier des enfants et des femmes aux services de santé, l’UNICEF appuie depuis plus de dix ans des districts sanitaires des régions du Burkina Faso dans la mise en place de Système de partage des coûts pour la prise en charge des urgences obstétricales et chirurgicales. Ce système vient compléter la subvention des accouchements et des SONU mise en place par le ministère de la santé.

 

 
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