Histoires vécues

Histoires vécues

 

Le choix d’Amadou et de Fadima : Ne plus retourner à la mine

© UNICEF/Burkina Faso/2016/Tarpilga
Amadou, 20 ans, habite Bani situé à 40 km de Dori dans la région du Sahel, Burkina Faso. Après avoir abandonné la mine d'or artisanale de Goorol Kadje, il est apprenti dans un atelier de mécanique pour les motos. Il aspire à avoir sa propre entreprise

Par Claude Tarpilga 

Amadou a 20 ans. Il habite la commune de Baani à 40 km de Dori.  Il est en apprentissage dans un atelier de mécanique pour motocyclettes.  Fraichement sorti de l’Agence Nationale pour l’Emploi (ANPE) de Dori d’où il vient de bénéficier d’une formation en mécanique, Amadou a hâte de voir son rêve s’accomplir : ouvrir son propre atelier de mécanique.

Amadou a abandonné l’école à l’âge de 13 ans après deux échecs successifs au certificat d’études primaires. Comme d’autres enfants et jeunes du village mus par le gain financier que procurerait l’or, il se retrouva sur le site de la mine artisanale de Goorol Kadje où il travaillera 6 ans au risque de sa vie.

L’atelier d’Amadou est situé au bord de la voie principale qui sépare sa maison de celui-ci. Il ne désemplit pas. D’une taille d’environ 1,70m, Amadou arbore fièrement sa tenue bleue de l’ANPE au milieu de ses pairs. Les gestes exécutés avec assurance sur un moteur toute en pièces attestent une maîtrise des connaissances acquises. Chaque jour il reçoit beaucoup de clients pour des réparations. Amadou est content d’apprendre le métier qu’il a choisi. Il est épanoui. « Je préfère les taches de graisse que la poussière de la mine » lance-t-il tout en regardant le chef d’atelier.

Grâce à l’ONG Terre des Hommes et avec l’appui de l’UNICEF,  Amadou a reçu une formation professionnelle durant 3 ans à l’Agence Nationale pour l’Emploi (ANPE) de Dori  et caresse le rêve de s’installer à son propre compte. « Je ne regrette pas d’avoir quitté la mine pour la mécanique même si certains de mes camarades qui y sont restés semblent s’en sortir à bon compte » dit–il.

Amadou habite à 12 km de la mine. Chaque matin, il se levait à 5 heures pour rassembler bassines, pioches et sacs  et prendre le chemin de la mine avant que le soleil ne se lève. Une fois sur la mine, Il s’engouffrait dans un trou d’environ 30 mètres de profondeur d’où il ne ressortait que pour manger à l’heure de la pause. « Si je ne suis pas dans le trou, je concasse les pierres à longueur de journée pour ne percevoir que 1 000 F CFA pour manger et pour m’acheter le savon. Il y a des jours où le patron ne nous donne rien », ajoute-il.

Ouédraogo Hamidou a 32 ans. Il est le propriétaire de l’atelier où Amadou a été placé pour son perfectionnement. Il a à son actif 3 jeunes qu’il a encadrés et qui sont déjà installés à leur propre compte. A propos d’Amadou, il déclare : « C’est un jeune qui apprend vite. On sent en lui la rage de réussir. Nous faisons une bonne équipe mais je dois le laisser aussi voler de ses propres ailes un jour ».

Le souhait ardent d’Amadou est d’ouvrir son propre atelier avec le matériel octroyé par l’UNICEF. Cependant, il devrait d’abord trouver l’endroit idéal et les moyens pour se construire un hangar qui va abriter l’atelier. Mais il ne désespère pas. Il est décidé à se jeter dans cette aventure qui le passionne.

© UNICEF/Burkina Faso/2016/Tarpilga
Fadima, 17 ans, mère d'un enfant de 2 ans,fait son apprentissage dans un atelier de couture à Bani, ville situé à 40 km de Dori, région du Sahel, Burkina faso. Elle veut devenir couturière. Elle ne regrette pas d'avoir quitté le site d’orpaillage.

Fadima a 16 ans. Elle est mère d’un enfant de 2 ans. Contrairement à Amadou, Fadima n’a jamais fréquenté l’école. A l’âge de 10 ans, elle travaillait déjà dans la mine artisanale de Gorol Kadje où elle a passé 2 ans. Grace aux relais communautaires et Terre des Hommes appuyé par l’UNICEF, elle a pu bénéficier d’une formation en couture à l’ANPE de Dori où elle était en  pensionnat durant 3 ans. A la fin de la formation, Fadima a reçu un kit d’installation composé d’une machine à coudre avec ses accessoires. « Je suis contente à l’idée de devenir couturière » dit-elle. « Lorsque je travaillais à la mine, je passais de pénibles moments à tamiser les pierres concassées. Je pouvais tamiser 2 sacs de 25 kg par jour ». Fadima ne gagnait pas grand-chose à la mine. Elle avait à peine 2000 F CFA sur un sac tamisé. « Aujourd’hui  je me perfectionne sur un métier qui peut bien me procurer de l’argent pour les besoins de ma famille. En plus, il me permet de m’occuper de mon enfant loin de la poussière de la mine » dit-elle.

Fadima ne veut pas se limiter à la couture. Elle a l’ambition d’acheter des animaux pour élever grâce aux revenus que vont lui procurer son atelier qu’elle compte ouvrir bientôt.

Les alternatives proposées aux enfants retirés des sites d’orpaillage sont la scolarisation, l’alphabétisation et la formation professionnelle. Après le retrait des enfants qui se fait avec l’aide des relais communautaires, une évaluation des besoins liés aux métiers correspondant à leurs aspirations est faite. Une convention est ensuite signée avec  l’ANPE qui reçoit ces enfants pour leur formation.

Amadou et Fadima sont de la promotion ayant achevé la formation en 2014. Ils sont au nombre de 88 apprenants et tous ont reçu leur kits d’installation.

Grâce à l’appui de l’UNICEF, 145  enfants à ce jour ont pu bénéficier de ce programme de retrait et de placement en formation professionnelle. Certains sont en perfectionnement et d’autres déjà installés à leur propre compte. La première promotion de 57 enfants ayant bénéficié de la formation à l’ANPE ont tous été dotés de kits et installés en 2013.

 

 
Recherche:

 Envoyez cet article

unite for children