Protection de l’enfant : progrès et défis

Progrès et défis de la protection de l’enfant

Extrait de la l'Analyse de la situation des enfants au Bénin (SITAN 2017 : Pages 9 et 10)
Enregistrement des naissances
UNICEF Bénin / Acte de naissance petite fille
20 avril 2020

Dans le domaine de la protection des enfants, quelques évidences montrent que le Bénin a enregistré des résultats significatifs dans plusieurs domaines comme celui de l’enregistrement des naissances où les progrès ont été significatifs. Le taux des enfants enregistrés à l’état civil a progressé de 50 pour cent en 2010 à 85 pour cent en 2014 avec une importante réduction des disparités qui existaient entre les milieux rural et urbain (le taux y atteint respectivement 82 pour cent et 88 pour cent) et entre les départements. Cependant, les défis demeurent en ce qui concerne le retrait effectif des certificats de naissance avec 75 pour cent des enfants qui en possèdent.

Des progrès importants ont aussi été réalisés dans l’abandon des mutilations génitales féminines. L’enquête MICS indique que moins de 1 pour cent des filles de 0 à 14 ans avaient subi une forme quelconque de mutilations génitales féminines en 2014.

Le phénomène du mariage des enfants avant l’âge de 15 ans chez les filles serait également en régression au niveau national. La plus récente enquête sur le sujet indique un taux de 16 pour cent de femmes âgées de 15-19 ans mariées ou en union. Chez les femmes âgées de 20 à 24 ans mariées ou en union pour la première fois avant l’âge exact de 18 ans, le taux a régressé de 32 pour cent à 26 pour cent même si le phénomène persiste entre 2011 et 2014. Trois sur dix (32 pour cent) des femmes âgées de 20 à 49 ans se sont mariées avant l’âge de 18 ans. D’importantes disparités régionales et selon le milieu de résidence existent. Ainsi, les femmes vivant dans les départements du Borgou et de l’Alibori, en milieu rural, celles n’ayant aucun niveau d’instruction  et vivant dans les ménages très pauvres sont davantage touchées.

Les progrès enregistrés sont principalement le fruit des efforts déployés par l’Etat et ses partenaires y compris la société civile. L’environnement légal de la protection de l’enfant s’est amélioré en général. Dans le domaine de la Justice, le Code de procédure pénale a été révisé pour refléter davantage les problèmes des enfants. Un nouveau Code de l’Enfant et une Politique Nationale de Protection de l’Enfant ont été élaborés et adoptés en 2015. Les stratégies opérationnelles dans les domaines de l’enregistrement des naissances et de la justice pour mineurs ont également été renforcées et l’évaluation complémentaire du système de l’état civil au Bénin est en cours. Le Bénin dispose maintenant d’un Plan d’action de la Politique Nationale dela Protection des enfants, d’un Programme National de Développement du Secteur de la Justice (PNDSJ), incluant des mesures pour les mineurs. Un cadre de partenariat plus adéquat reconnaît l’importance des organisations de la société civile comme prestataires majeurs dans la fourniture de services de protection. Malgré tous ces efforts, la situation générale des enfants ayant besoin de protection demeure très préoccupante. Le phénomène des enfants vivant séparés des parents demeure important malgré une tendance à la baisse du nombre d’orphelins et enfants rendus vulnérables par le SIDA. On estime à 33 pour cent les enfants âgés de 0-17 ans qui vivent séparés de leurs deux parents biologiques (31,2 pour cent en 2006) et à 10 pour cent ceux qui ne vivent avec aucun des deux parents biologiques alors que ces derniers sont encore en vie.

La prévalence des violences et abus faits aux enfants serait en progression continue. En 2014, plus de 91 pour cent des enfants de 11-14 ans ont affirmé avoir subi une forme de violence (89 pour cent en 2009). Une fille sur dix a de très fortes chances d’être l’objet d’une violence sexuelle ou d’attouchements. Ces cas de violences et d’abus ne sont presque jamais signalés aux agents de protection. Le phénomène du travail des enfants serait également en nette aggravation par rapport à 2008 avec plus d’un enfant sur deux (52,5 pour cent) impliqué dans le travail des enfants et près de quatre sur dix d’entre eux (40 pour cent) travaillent dans des conditions dangereuses. Les départements les plus touchés par ce phénomène sont le Couffo (82 pour cent), le Plateau (68 pour cent), l’Alibori (62 pour cent) et le Borgou (60 pour cent). En dehors des travaux domestiques familiaux traditionnels (travaux ménagers, petits travaux agricoles…), les enfants sont employés comme domestiques à domicile, pour faire du petit commerce ou sont sous-traités pour de gros travaux (agriculture, exploitation des mines) au Bénin ou dans les pays voisins. Le phénomène de la prostitution des filles âgées de 12 à 17 ans semble répandu et toléré en milieu urbain. Les données disponibles sur la traite des enfants estiment leur population à 40.317 filles et garçons âgés de 6 à 17 ans. Ces enfants et adolescent.e.s qui proviennent des différents départements du Bénin mais également despays voisins sont le plus souvent recrutés par des réseaux organisés pour le travail domestique, la mendicité, la prostitution, le travail dans les mines et dans l’agriculture. L’ampleur exacte du problème et la situation des enfants de la rue ne sont pas bien connues car occultées par le phénomène plus visible des enfants mendiants. La mendicité occuperait 54 pour cent de la population des enfants de la rue.

La situation des enfants faisant face à la justice serait critique malgré une nette amélioration de la législation les concernant. La plupart des délits et crimes commis contre des enfants ne sont pas dénoncés et le sort réservé aux enfants en conflit avec la loi n’est pas enviable car les  trois quarts d’entre eux sont incarcérés pour des délits mineurs pendant de longues périodes alors qu’ils devraient bénéficier d’alternatives à la détention. Les enfants vivant avec un handicap, au nombre estimé à 41,500, sont fréquemment victimes d’exclusion sociale et scolaire car les communautés les considèrent comme des enfants sorciers.

L’ampleur de ces problèmes est expliquée par l’indigence du système de protection dont les services sont rares et les prestations de faible qualité. Les étapes d’identification, orientation, signalement des cas, de soutien psychologique et matériel, de réintégration sociale et familiale sont assurées par les agents des 85 centres de promotion sociale disséminés sur le territoire national et par un réseau d’ONG. Leur nombre est largement insuffisant
et les personnels qui y travaillent manquent souvent de connaissances, de moyens et de motivation. L’accueil des enfants en situation de danger est assuré dans un réseau constitué de 97 établissements comprenant des orphelinats, des Centres d’Accueil et de Protection d’Enfants ou des familles d’accueil. Cependant, en réalité, le nombre exact de ce type de services et la qualité des prestations prodiguées aux enfants semble méconnu. La prévention se limite essentiellement aux actions menées par les CPS sous forme d’assistance financière ou matérielle et aux campagnes de sensibilisation de masse. Plusieurs évaluations ont révélé que l’assistance fournie par les CPS bénéficie rarement aux enfants qui en ont vraiment besoin et que les activités de sensibilisation sont épisodiques et très dépendantes des partenaires techniques et financiers.