Notroagbo N’dochou

Une brave de l’Assainissement total piloté par la communauté (ATPC)

Hippolyte Djiwan
Notroagbo N’dochou se lavant les mains à la sortie des toilettes.
UNICEF Bénin - Hippolyte Djiwan
16 novembre 2015

Notroagbo N’dochou est une femme âgée de 40 ans, mère d’une fille et d’un garçon. Cette laboureuse de la terre cultive de l’arachide, du soja, du maïs, du haricot et même du coton, suivant les saisons de l’année. Brave femme, elle a su valoriser les terres héritées de son beau-père, pour produire de la richesse au profit de sa petite famille. 

 « Je suis fière d’avoir construit ma maison », affirme Notroagbo N’dochou qui montre une case rectangulaire, bâtie en banco dont le mur est enduit d’un crépi de ciment et de sable, coiffée d’une belle toiture en feuilles de tôle neuves. L’habitation de Notroagbo N’dochou se distingue nettement de celle des voisins, dont les toits sont en feuilles de palmier ou de chiendents, construite selon les pratiques en cours dans ce village d’Assan Agounan, situé à environ 250 kilomètres de Cotonou, dans le Centre-ouest du pays.

A l’instar d’autres femmes, Notroagbo N’dochou a été marquée par les séances de sensibilisation animées par les agents communautaires en vue d’amener les populations à mettre fin à la défécation à l’air libre. « J’ai participé à la marche de la honte et j’ai compris que déféquer à l’air libre est une menace pour la santé», affirme la jeune dame. La marche de la honte est une déambulation qui conduit les membres d’une communauté sur les lieux de défécation. Ils y constatent ensemble la proximité des matières fécales avec les habitations. Au terme de la marche, ils comprennent le danger que représente la défécation à l’air libre et prennent des résolutions pour y mettre fin.

C’est suite à cette marche que Notroagbo N’dochou a décidé de construire sa propre latrine. Juste derrière sa concession, elle a assaini l’espace et délimité une partie où elle a construit une latrine à double cabines. « Seule, j’ai commencé par creuser. Mais le sol est très dur.  J’ai buté sur des morceaux de granites, je n’en pouvais plus et j’ai fait appel aux hommes à qui j’ai payé 1,500 FCFA (environ 4 USD) pour finaliser la fouille entamée », raconte la brave femme. « Ensuite, je suis allée dans la brousse couper de gros bois qui m’ont servi à faire la dalle », précise-t-elle.
 
Sur les 16 bois, mesurant environ 2,5 mètres, Notroagbo N’dochou en a coupés une douzaine. L’autre demi-douzaine lui est offerte par son beau-frère. Après le décapage du trou creusé, les bois ont été traités à l’huile de vidange et le sel pour prévenir contre les termites. Ils sont ensuite posés en croisement sur le trou et recouverts de vieilles tôles et de la terre latéritique pétrie. « L’ensemble forme la dalle de la latrine que les facilitateurs m’ont aidé à finaliser. Après celle-ci, j’ai mis des piquets pour faire une clôture et une toiture en feuilles de palmier » précise Notroagbo N’dochou. 

« Aujourd’hui, je ne défèque plus dans la nature. Je suis à l’abri des regards, je peux faire mon besoin à n’importe quel moment de la journée ou de la nuit. Je ne crains plus le serpent comme par le passé quand je devais aller loin dans la brousse pour me satisfaire. Et quand il pleut, je n’ai pas peur d’être mouillée par la pluie », raconte-elle joyeuse et satisfaite d’avoir elle-même construit sa latrine à ses efforts. 

Elle a adopté des gestes d’hygiène quotidiens essentiels. « Lorsque je finis de faire mes besoins, le dispositif de lavage des mains positionné à l’entrée de la latrine me sert à laver les mains. Lorsque je n’ai pas le savon, j’utilise la cendre » explique-t-elle. «Cette cendre sert également à réduire les odeurs à l’intérieur de la latrine et à nettoyer le trou de défécation car les agents communautaires nous ont enseignés de ne pas utiliser de l’eau à l’intérieur de la latrine », souligne la championne de l’ATPC à Assan Agounan.

« J’attache une grande importance à la propreté à l’intérieur et autour de ma latrine », s’exclame Notroagbo. C’est la raison pour laquelle j’ai confectionné deux balaies. L’un pour balayer l’intérieur et l’autre pour assainir l’extérieur de la latrine et tout autour de ma concession.

Très fière de son exploit et de la propreté qui entoure sa maison, Notroagbo N’dochou se rappelle de son ancien environnement qu’elle décrit comme « une concession entourée de hautes herbes, abritant des reptiles, un espace de défécation pour les enfants du hameau ». Mais tout ceci n’est qu’un récit du passé indique-t-elle. « Nul ne peut être heureux seul, c’est pourquoi j’appelle mes compatriotes femmes à s’inspirer de mon exemple pour contribuer à mettre fin à la défécation à l’air libre et à entretenir leur environnement» affirme la brave paysane.