Djibril Mama Cissé, défenseur infatigable des droits de l'enfant

Un préfet au service des enfants

Hippolyte DJIWAN
"Dès mon entrée en fonction, la défense et la promotion des droits l'enfant étaient au premier rang de mes priorités"
Daabaaru Photo
26 mars 2021

Djibril Mama Cissé est préfet du département du Borgou depuis juillet 2016. Avant sa nomination, il était secrétaire général de la mairie de Parakou, la troisième plus grande ville du Bénin. «Dès notre entrée en fonction, la défense et la promotion des droits des enfants étaient au premier rang de nos priorités», souligne-t-il.

En 2017, le gouvernement et ses partenaires, avec le soutien de l'UNICEF, ont lancé la campagne «Tolérance zéro» visant à briser la culture du silence et à encourager le dialogue sur la banalisation de la violence et des abus sexuels contre les enfants.

Le préfet avait participé au lancement de la campagne. «Nous sommes revenus dévastés et navrés lorsque nous avons appris que le département du Borgou avait le pire bilan en matière de violence contre les enfants. Nous avons ensuite examiné l'enquête en grappes à indicateurs multiples et la situation était très sombre pour le Borgou. En fait, le Borgou était en tête de liste des statistiques sur le mariage des enfants et les grossesses à l'école. Nous devions changer la situation et c'est pourquoi la protection de l'enfance est devenue l'une de nos premières priorités ».

Parlant des projets qu'il a initiés, M. Cissé déclare: «Nous avons travaillé avec les maires pour mettre en place des comités communaux de protection de l'enfance. Cet organe a également été mis en place au niveau départemental. Les rapports de ces comités sont partagés sur une base trimestrielle pour les communes et deux fois par an au niveau départemental. Nous invitons également les organismes de protection de l'enfance et les centres de promotion sociale à contribuer à ce dialogue, et nous nous sommes assurés que les systèmes d'alerte sont opérationnels pour identifier, signaler et suivre les cas de violence contre les enfants ».

Djibril Cissé est un médiateur qualifié et comprend que la question du mariage des enfants ne peut être combattue sans que tous les acteurs soient assis à la table. En 2018, avec le soutien de l'UNICEF, il a contacté les chefs traditionnels les plus influents de son département pour briser le tabou et trouver des bases communes pour un plaidoyer renouvelé.

«En juillet 2018, en présence de l'empereur de Nikki et juste devant son palais impérial, nous avons invité tous les rois de l'ère culturelle Baatonu à évoquer le mariage des enfants et à les sensibiliser sur les conséquences du phénomène sur notre société. Au terme de la réunion, les 14 rois présents ce jour-là ont signé une déclaration officielle dans laquelle ils s'engageaient à lutter contre le mariage des enfants et toutes les autres formes de violence contre les enfants ".

Pour s'assurer que les dirigeants communautaires prêchaient par l'exemple, le préfet a suivi de près la mise en œuvre de la déclaration de Nikki et a organisé une série de réunions de suivi mi et fin 2019 avec des chefs religieux, des imams et des responsables locaux du département du Borgou.

Sa quête pour défendre les droits des enfants ne s'est pas arrêtée ici. Tout en reconnaissant l'importance de l'engagement communautaire, il s'est également rendu compte que l'arsenal juridique de son ministère devait être renforcé. En 2019, il a publié un arrêté interdisant le recours au travail des enfants sur les marchés, les ateliers, sur les chantiers de construction et autres activités socio-économiques. Un an plus tard, il a rencontré des imams, des chefs traditionnels et des fonctionnaires municipaux et locaux pour discuter du mariage des enfants et de la mendicité des enfants. «Toutes ces rencontres nous ont permis de plaider pour la protection des droits de l'enfant et de faire des progrès considérables, main dans la main avec des acteurs clés», 
note-t-il avec une grande fierté.

Le préfet est-il satisfait des résultats obtenus? "Rien n'est fait tant qu'il reste à faire", répond-il. "Avoir été à l'avant-garde de ce travail pendant quatre ans nous a fait réaliser à quel point nous devons nous appuyer sur une variété d'acteurs et travailler à différents niveaux pour gagner ce combat ».

«Jusqu'à présent, la majorité de nos actions étaient axées sur les chefs religieux et traditionnels et les responsables locaux. Mais il est temps d'élargir notre champ d'action et de renforcer notre travail et nos relations avec les parents et les autorités judiciaires. La sensibilisation doit être améliorée au niveau communautaire, avec les familles, afin qu'elles comprennent qu'il est possible de réconcilier la tradition avec la loi et de préserver les droits de leurs enfants », 
conclut-il.