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Anna : un appui psychologique pour surmonter les pires violences de la guerre

© UNICEF Mali/2013/Maiga
Anna (de dos) devant sa maison en discussion avec la psychologue (à gauche) et une animatrice (au milieu).

Par Ismaël Maiga et Cindy Cao :

Anna a vécu la guerre dans tout ce qu’elle a de plus dur : vol, assassinats, viols, disparition… Elle a vu sa famille se faire anéantir. Mais la guerre, aujourd’hui, elle l’a fui. Aujourd’hui, elle apprend à la laisser derrière elle. Dans le cadre d’un projet sur les violences basées sur le genre soutenu par l’UNICEF, Anna voit aujourd’hui régulièrement une animatrice et une psychologue. Le traitement pyschologique serait-il une clé pour passer d’un sentiment de victime fragile à celui d’une femme forte qui se bat pour survivre ?

MOPTI, Mali, 4 juillet 2013 – Avant la guerre, Anna tenait un commerce suffisamment prospère dans la région de Tombouctou pour faire vivre sa famille confortablement.  Sa vie a basculé un soir de mai 2012, lorsque son chemin croise celui de rebelles. Tout se passe très vite. Elle se fait voler tout ce qu’elle possède, la somme de 1 million de FCFA, soit 1.978 dollars américains. Elle voit ses frères mourir devant elle, tués sur le coup d’une balle dans la tête. Elle s’évanouit, ne supportant pas la brutalité de ses agresseurs.

Les rebelles enlèvent sa fille ainée, âgée d’à peine 15 ans. Cette dernière sera séquestrée pendant 7 jours, victime à  maintes reprises de viols collectifs et d’assauts répétés. Le père, occupé aux travaux champêtres au moment des faits, ne peut pas supporter l’humiliation imposée aux siens. Il est depuis porté disparu laissant à Anna la charge de leurs 6 enfants dont le dernier n’est encore qu’un bébé.

Anna va échouer avec ses enfants dans les quartiers pauvres de  Mopti. Au milieu des immondices, s’érige leur abri de fortune. Chez elle, il n’y pas d’eau potable, pas de latrine, pas de voirie… Seulement des détritus. Sa fille est tombée enceinte, suite aux viols. Anna s’adonne à des petits gagne-pain pour survivre et faire survivre sa famille.

Elle n’est pas la seule dans cette situation extrême. Près de 300 000 personnes se sont déplacées au Sud du pays, forcées de quitter le Nord du pays pour éviter le pire, si elles ne l’avaient pas déjà connu.*  Le projet vise à atteindre  400 enfants ou jeunes  et 300 adultes victimes de violence dans trois communes du cercle de Mopti.**

Arrivée à Mopti, Anna a rencontré Aissata Cissé et Mariame Kallo, toutes deux chargées d’un projet centré sur les Violences Basées sur le Genre (VBG) mis en œuvre par Family Care International avec l’appui de l’UNICEF. L’une est animatrice, l’autre est pyschologue. Aissata explique l’importance de la prise en charge: « Face à ces agressions de femmes, nous ne pouvons que compatir. C’est parfois tellement violent qu’il y a un véritable risque que ces femmes tombent dans la folie. » Le rôle de l’animatrice consiste à prendre contact avec ces femmes, les référencer et suivre leur évolution en leur rendant visite régulièrement. Anna et sa famille bénéficie aussi, quand c’est nécessaire, d’une prise en charge médicale.

Mariam, quant à elle, apporte le soutien psychologique. « Je soigne avec les mots, » dit-elle. « J’apprends aux victimes les symptômes du traumatisme : les cauchemars, la peur, l’angoisse… Ainsi, elles ne cherchent pas à les cacher et elles comprennent que ce sont des réactions normales. Les victimes sont parfois mal considérées et cette pression sociale continue à affecter leurs vies. Il y a aussi beaucoup de sensibilisation à faire auprès des communautés. » Dans le cadre du projet, des séances sont menées à la Maison de la Femme pour informer et conseiller les populations.

A l’heure actuelle, Anna commence à accepter ses douleurs passées. « C’est la volonté de Dieu, » confie t-elle avec sérénité. « J’allaite mon fils de 12 mois, mais aussi ma petite-fille de 4 mois car ma fille n’a plus de forces pour donner le sein. Aucun de mes trois autres enfants ne va plus à l’école, car je n’en ai pas les moyens. » L’attention des deux chargées de projet lui donnent de nouvelles raisons d’espérer.  Et pour preuve, elle a des projets d’avenir. « Ma mère est restée dans la région de Tombouctou. Dès que je pourrai payer, ne serait-ce que les frais de transport, je promets d’aller la chercher, pour qu’elle passe ses vieux jours auprès de nous. »  Seul un esprit fort et sain, l’aidera à passer du statut de femme vulnérable, déplacée, victime de violence et sans revenus au statut d’une femme qui se bat pour survivre et qui sauve sa famille.

Le prénom d’Anna est fictif, en vue de préserver son anonymat.

*Source : OCHA, Humanitarian Snapshot, 6 June 2013 : 298 027 internally displaced people (IDP) and 174 129 refugees.
**Source : Document de projet FCI Mali, janvier 2013 : PROJET D’URGENCE POUR LA REPONSE ET LA PREVENTION DES VIOLENCES BASEES SUR LE GENRE ET LEUR ACCOMPAGNEMENT PSYCHOSOCIAL DANS LE CERCLE DE MOPTI.

 

 

 

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