Former traditional practitioner helps moving towards the abandonment of female genital cutting in Niger | Un ancien praticien traditionnel contribue à l'abandon de la pratique de l'excision au Niger
[Français]
MARADI, Niger, 6 February 2009 – "I was 17 when I got married. I was young and I wouldn’t accept sexual intercourse with my husband. His family was convinced that I was possessed. They decided to take me to the village barber’s to save me from evil spirits", Hinda Atou recalls. Today, aged 25, the young woman remembers the intervention she underwent eight years ago: dangouria."I was so terrified that I did not feel the pain during that very moment. But it hurt a lot during the following weeks. And after a while, the pain stopped." A traditional practice with harmful consequences "Dangouria" is a customary practice in Niger whose origin, similarly to other female genital mutilation/cutting (FGM/C) practices, cannot be easily established. "Dangouria" in Haussa language, or "Habizé" in Zarma language, means « cotton seed ». "Very often, « dangouria » is linked with early marriage. The body of a young girl that has married too early is still immature. She therefore often refuses sexual intercourse. For her husband and his family, if the girl refuses, it is because she is frigid, or because she is possessed by evil spirits, and a membrane blocks the access to her vagina. The belief is that by cutting this membrane (the hymen membrane), she can be saved", explains Aïcha Ichié, a mid-wife and a member of the Nigerien Committee on Traditional Practices (CONIPRAT), a partner of UNICEF. "This intervention is essentially conducted by a traditional barber and often leads to hemorrhage. I have seen many women arrive at the hospital suffering from severe hemorrhage following this type of intervention." The forms that are practiced in Niger, in particular in the regions of Tillabery, Niamey, and Diffa, are the clitoridectomy (partial or total removal of the clitoris), excision (removal of the clitoris, with partial or total removal of the small vaginal lips), which are conducted by female traditional practiioner, and dangouria – by traditional barbers. FGM/C is a competitive and well-paid service in some communities; the status of the practitioner in the community and his/her income directly result from the interventions that have been carried out. Thanks to joint efforts by the Government, UNICEF Niger, and their partners, the rate of FGM/C among women aged 15 to 49 has decreased by more than half, from 5 per cent in 1998 to 2.2 per cent in 2006. In 2003, the Government passed a law, with UNICEF’s support, to penalize the practice of FGM/C in Niger. Since 2000, several sensitisation campaigns were conducted within communities, promoting dialogue, in collaboration with traditional and religious chiefs; female traditional practitioners and barbers were identified, sensitised and provided with new knowledge and skills. To date, 122 female traditional practitioners in more than 40 villages, and hamlets in the regions of Tillabery, Diffa and Niamey have been trained and given new skills. Issa Adamou, chief of the traditional barbers of the twon of Maradi, is one of the 40 barbers that have been sensitised and have themselves become trainer in the region of Maradi, since 2004. "The world has changed. Future generations will no longer be trained in my trade. This is very good."
[English]
MARADI, Niger, 27 Janvier 2009 – "Je me suis mariée à 17 ans. J’étais jeune et je n’acceptais pas les rapports sexuels avec mon mari, sa famille était convaincue que j’étais possédée. Ils ont décidé de m’amener chez le barbier du village pour me libérer des mauvais esprits", se rappelle Hinda Atou . Aujourd’hui âgée de 25 ans, la jeune femme se remémore péniblement l’opération qu’elle a subie il y a huit ans : le dangouria. "J’étais si terrifiée que je n’ai pas ressenti de douleur sur le moment. Mais au cours des semaines suivantes, j’ai eu très mal. Et puis c’est passé." Une pratique traditionnelle aux effets néfastes La pratique de l’ablation du "dangouria" est une pratique coutumière au Niger dont l’origine, comme celle des autres pratiques de mutilation génitale féminine/excision (MGF/E) n’est pas facilement établie. "Dangouria" en langue Haoussa, ou « Habizé » en langue Zarma, signifie étymologiquement "la graine de coton". Dans de nombreuses communautés, spécialement dans le Sud-Est du pays, le dangouria est perçu comme un petit bouton ou une graine qui ferme l’orifice vaginal du nouveau-né. Dans d’autres, c’est une membrane qui empêche les rapports sexuels de la jeune fille mariée précocement. Dans ce dernier cas, l’opération, pratiquée par les barbiers traditionnels, ou "wanzams", consiste à élargir l’orifice vaginal de la jeune fille. Le Niger est le pays où la prévalence du mariage précoce est l’une des plus haute au monde : près de 60% des jeunes filles âgées de 15 à 19 ans sont mariées. "Très souvent, le "dangouria" est lié au mariage précoce. Le corps d’une jeune fille mariée trop jeune est encore immature. Elle se refuse donc aux premiers rapports sexuels. Pour son mari et sa famille, si la jeune fille se refuse, c’est qu’elle est frigide, voire même qu’elle est possédée par de mauvais esprits, et qu’une membrane bloque l’accès à son vagin. Il faut donc pratiquer l’ablation de cette membrane (la membrane hyménale)", explique Aïcha Ichié, sage-femme et membre du Comité Nigérien sur les Pratiques Traditionnelles (CONIPRAT), un partenaire de l’UNICEF. "Cette opération est le plus souvent pratiquée par un barbier et conduit fréquemment à l’hémorragie. J’ai vu beaucoup de femmes arriver à l’hôpital en état d’hémorragie avancée suite à ce type d’opération." La mutilation génitale féminine/excision (MGF/E) désigne un certain nombre de pratiques consistant à enlever totalement ou partiellement les organes génitaux externes d'une fille. Entre autres conséquences, les nourrissons, filles et femmes ayant subi une mutilation ou une excision sont exposés à des risques irréversibles pour leur santé. La pratique accroît les risques de décès maternels et néonatals. Les formes que l’on rencontre couramment au Niger, en particulier dans les régions de Tillabéry, Niamey, et Diffa, sont la clitoridectomie (l’ablation partielle ou totale du clitoris), l’excision (l’ablation du gland du clitoris, avec l’excision partielle ou totale des petites lèvres), qui sont pratiquées par des exciseuses, et le dangouria par les barbiers traditionnels. La MGF/E est un service très prisé et très bien rémunéré dans certaines communautés; le statut du praticien dans la communauté et son revenu peuvent être directement liés à l'exécution de cette opération. "Aujourd’hui, j’ai deux enfants, dont une petite fille, et je ne veux pas qu’elle subisse cette opération.", affirme Hinda Atou. "La mutilation génitale féminine/excision est une violation fondamentale des droits des filles", affirme Akhil Iyer, Représentant de l’UNICEF au Niger. "C'est une pratique discriminatoire contraire aux droits à l'égalité des chances, à la santé, au droit de ne pas être exposé à la violence et aux blessures, au droit à la protection contre les pratiques traditionnelles préjudiciables à la santé, et au droit de faire librement des choix en matière de reproduction." Les efforts conjoints de l’UNICEF, du Gouvernement et de leurs partenaires ont permis de faire baisser la prévalence des mutilations génitales féminines au Niger de 5% en 1998 à 2.2% en 2006. En outre, en 2003 le Gouvernement, avec le soutien de l’UNICEF, a adopté une loi interdisant et punissant la pratique des MGF/E au Niger. Depuis l’année 2000, plusieurs campagnes de sensibilisation ont été menées dans les communautés, en collaboration avec les chefs traditionnels et religieux ; des exciseuses et des barbiers ont été identifiés et reconvertis. A ce jour, 122 exciseuses dans plus de 40 villages, hameaux et îles dans les régions de Tillabéry, Diffa et la Communauté Urbaine de Niamey ont été reconverties. Issa Adamou, chef des barbiers de la ville de Maradi, est l’un des 40 barbiers qui ont été sensibilisés et reconvertis en formateurs dans la région de Maradi, depuis 2004. "J’ai appris le métier de barbier à 20 ans. C’était une tradition dans ma famille", explique Issa Adamou. "Je ne sais pas combien d’ablation du dangouria j’ai réalisées dans toute ma vie, car on m’apportait même des jeunes femmes du Nigéria . Avec moi, il n’y a jamais eu d’accident, mais j’en ai entendu parler. Je gagnais bien ma vie : entre 20 000 et 30 000 Francs CFA (environ 60 dollars) par opération." "Mais maintenant, il y a une loi qui interdit cette pratique, les populations sont éveillées. Le monde a beaucoup évolué. Les générations futures ne seront plus formées à mon métier. C’est bien." par Sandra Bisin
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