Ce que veulent les jeunes

Alhaji montre le chemin

« La présence d'Alhaji nous rappelle non seulement les souffrances que les enfants endurent pendant un conflit, mais aussi la contribution qu'ils peuvent faire en participant à la réalisation de leurs propres droits », a déclaré Carol Bellamy, Directrice générale de l'UNICEF.

Alhaji
© UNICEF/HQ01-0379/Toutounji
Alhaji Babah Sawaneh, 14 ans, Nations Unies, New York, USA.

En novembre 2001, le Conseil de sécurité des Nations Unies s'est réuni pour discuter du renforcement possible des mesures à prendre contre tous ceux qui, partout dans le monde, recrutent des enfants pour combattre dans des conflits armés.

Mais cette réunion était aussi importante pour une autre raison. Elle a établi un précédent. C'était la première fois qu'un enfant - Alhaji, 14 ans, de la Sierra Leone - prenait la parole devant le Conseil de sécurité.

Car Alhaji a subi une transformation extraordinaire : ancien enfant soldat, il est à présent jeune dirigeant et militant pour la paix. Mais cela n'a pas été facile.

L'histoire d'Alhaji

« En 1997, quand j'avais 10 ans, je suis allé passer Noël chez mon oncle », a dit Alhaji aux membres du Conseil de sécurité. « Pendant la deuxième semaine, on a entendu dire que les rebelles étaient à 15 km. On s'est caché dans la forêt. La deuxième nuit, mon frère aîné et moi sommes allés chercher de l'eau pour faire la cuisine, et nous sommes tombés sur eux. Les rebelles nous ont ramenés au village où ils nous ont ligotés, battus et exposés au soleil brûlant. Beaucoup de maisons ont été brûlées et beaucoup de gens ont été tués. Mon oncle a été tué plus tard.

Nous voulons une vie meilleure. Nous voulons la paix. Nous comptons sur votre aide pour y arriver.

« Cette même nuit, les rebelles nous ont ordonnés de les suivre jusqu'à leur base, située derrière Kabala Town. Ils nous ont fait marcher environ 10 jours dans la forêt, avec seulement quelques heures pour se reposer, et l'estomac vide la plupart du temps. À notre arrivée, on nous a entraînés pendant une semaine à tirer et à démonter des mitraillettes AK47. Après ça, on m'a fait combattre. Nous avons tué des gens, brûlé des maisons, détruit des propriétés et amputé des membres. Mais la plupart du temps, j'étais envoyé piller de la nourriture et je faisais des travaux domestiques pour la femme du commandant. Parce que j'étais tellement maigre.

« En janvier 2000, deux ans après ma capture, des casques bleus de l'ONU ont rencontré notre commandant et lui ont parlé du processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion. Dans les deux jours qui ont suivi, plus de 250 enfants ont été relâchés. Nous avons été emmenés dans un centre de soins à Lunsar et plus tard, j'ai été confié à [l'organisation non gouvernementale locale] Caritas Makeni, qui s'est occupée de moi .

« J'ai été envoyé dans une école communautaire avec d'autres enfants. Les écoliers ne nous aimaient pas beaucoup. Ils nous appelaient des ' enfants rebelles '. Alors Caritas a organisé des réunions avec divers membres de la communauté pour qu'ils nous pardonnent et nous acceptent. Ça a bien marché parce qu'à la fin de l'année, une femme m'a pris chez elle. Je vis encore sous son toit car on n'a pas encore retrouvé ma famille .

« Je vous remercie de m'avoir invité à raconter mon histoire, au nom de mes frères et sours en Sierra Leone et dans d'autres pays en guerre. J'espère que dans tous les pays, le gouvernement et l'ONU écouteront les enfants et tiendront compte de ce que nous avons à dire. Nous voulons une vie meilleure. Nous voulons la paix. Nous comptons sur votre aide pour y arriver. »

La présence d'Alhaji au Conseil de sécurité a marqué un tournant pour les jeunes. Mais bien que cette histoire soit émouvante et importante, ce n'était qu'une voix. Les pages qui suivent montrent comment beaucoup d'autres enfants ont pu se faire entendre au plus haut niveau.

Note : il est important de savoir que les enfants soldats qui ont tué ne sont pas la majorité. Les enfants sont aussi utilisés en tant que combattants, messagers, porteurs, cuisiniers et pour offrir des services sexuels. Certains sont recrutés de force ou enlevés, d'autres sont poussés à s'enrôler par la pauvreté, les mauvais traitements et la discrimination, ou pour se venger de violences qui leur ont été infligées, à eux ou à leur familles.

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