Ce que les filles ont à dire

Préjugés dans l'éducation

En matière d'éducation, la discrimination frappe les filles partout dans le monde.

A girl carries her younger sibling on her back
© UNICEF/HQ97-0931/Noorani
Comme Helen, cette jeune fille du Bangladesh prend soin de ses frères et soeurs plus jeunes.

Connais-tu tes droits?

Helen a 11 ans et elle vit au Costa Rica. Lis ce qu'elle nous raconte de sa vie et essaie de voir que sont les droits énoncés dans la Convention relative aux droits de l'enfant qui ne sont pas respectés. Établis une liste aussi longue que possible. Voir Le droit à l'instruction et Apprends à connaître tes droits si tu as besoin d'aide. Puis fait le point ci-dessous.

« Je m'occupe de mes frères et sours à la maison parce que ma mère travaille à l'extérieur. Elle fait des ménages et du repassage. Quand je me réveille, je prépare le café pour mes frères et sours et, s'il y a du pain, je leur en donne. Puis, je les emmène à l'école. Quand je rentre à la maison, je nettoie la maison puis je vais à l'Armée du Salut avec mes frères et sours pour déjeuner. Ensuite, je dois m'occuper d'eux et faire d'autres travaux. Je suis un horaire établi par ma mère. Je suis libre le jeudi après-midi mais je dois travailler le samedi et le dimanche.

Je ne suis qu'en deuxième année, parce que chaque fois que je vais à l'école, on m'oblige à la quitter. La première fois, c'est quand mon frère Ricardo est né, parce qu'il fallait que je m'occupe de lui. Après, c'était parce que ma mère n'avait pas assez d'argent pour payer l'école pour tout le monde. »

De quels droits est-il question ici?

Tu as peut-être sélectionné les droits suivants :

  • Le droit de ne pas être soumis à la discrimination (article 2)
  • Le droit d'être assuré que ton intérêt supérieur est une considération primordiale (article 3)
  • Le droit au développement dans toute la mesure de tes potentialités (article 6)
  • Le droit à une éducation (article 29)

Tu as peut-être aussi choisi les droits suivants :

  • Le droit au repos et au jeu (article 31) - Helen ne semble pas avoir beaucoup de temps libre!
  • Le droit de ne pas être astreint à un travail qui compromet ton éducation (article 32). À strictement parler, cet article porte sur l'emploi en dehors de la maison, mais tu peux estimer qu'il s'applique à ce cas.

Source : Extrait cité avec la permission de Women's Health Collection/1, Red de Salud de las Mujeres Latinoamericanas y del Caribe - Réseau d'Amérique latine et des Caraïbes pour la santé des femmes 1996

Young brides sitting together in rows
© UNICEF/HQ95-0155/Shankar
Des filles sont assises ensemble durant les festivités qui précèdent leur mariage dans le district de Rajgarth de l'État de Madhya Pradesh, Inde.

La discrimination à l'égard des filles dans le secteur de l'éducation n'est qu'un aspect de la discrimination plus globale qui frappe les filles et les femmes. Dans de nombreuses régions du monde - même dans toutes les régions du monde - les fillettes et les femmes sont victimes d'inégalités liées au sexe fortement enracinées et souvent fondées sur des convictions culturelles. En fait, dans certaines cultures, les préjugés sexistes sont si profondément enracinés qu'ils ne sont pas perçus comme une forme de discrimination. On parle alors de détails pratiques, d'habitudes et de traditions. Ainsi, chaque génération continue inconsciemment à faire de la discrimination. Les préjugés font partie intégrante de la réalité. Il est donc très difficile d'éliminer les schémas de comportement de ce type.

Cette page met en lumière les principaux facteurs qui sont à l'origine des inégalités dans l'éducation.

« Nous aimerions bien que les filles de notre village aient accès à l'éducation, mais nous n'en avons pas les moyens et nous ne pouvons par permettre à nos filles de parcourir de longs trajets toutes seules. » Le père de Maleck, 9 ans, Égypte

La pauvreté. Quand les enfants vont à l'école, ils ont moins de temps pour faire un travail rémunéré ou pour aider à la maison. Et parfois, il y a des frais de scolarité à payer ou il faut acheter un uniforme et la famille n'en a pas les moyens. Donc si le budget est serré et qu'il faut faire un choix entre envoyer un garçon ou une fille à l'école, les parents donnent souvent la préférence au garçon, estimant que c'est un meilleur investissement à long terme. Ils peuvent estimer, par exemple, qu'un garçon gagnera mieux sa vie. Par ailleurs, dans certains pays, quand une fille se marie, elle est considérée comme la propriété de la famille de son mari avec tout ce qu'elle gagne.

Le mariage précoce et la grossesse. Dans de nombreux pays, les filles se marient tôt et elles ont rapidement des enfants, ce qui met souvent fin à leur éducation. Quand un mariage précoce s'accompagne de la conviction que les femmes mariées ne doivent pas travailler pour gagner leur vie, comme c'est le cas dans certains pays, les familles ne voient pas pourquoi leurs filles devraient faire des études. Par ailleurs, la fille risque de devoir consacrer tout son temps aux travaux ménagers et à s'occuper de ses enfants.

Les attentes. Les parents ou les tuteurs ne sont pas toujours convaincus que les filles peuvent réussir à l'école ou sur le marché du travail. Alors, ils ne les soutiennent pas pour qu'elles puissent avoir une éducation. Souvent, les enfants dont on attend peu obtiennent des résultats scolaires médiocres parce qu'ils ne sont pas soutenus ou encouragés à étudier à la maison. Et plus, quand les parents ne s'attendent pas à ce que leurs enfants obtiennent de bons résultats, les enfants ne sont pas motivés et ils manquent de confiance en soi.

« Certains parents disent que la fille, même si elle étudie beaucoup, finira quand même par faire toujours la même chose - c'est-à-dire travailler à la maison. Mais les garçons, il vaut mieux qu'ils soient plus instruits parce que c'est eux qui gagnent l'argent de la famille. » Jeune Iranienne, citée dans Understanding Iran's Youth, UNICEF Iran, 1997

Le travail. On confie souvent beaucoup plus de travaux ménagers aux filles qu'à leurs frères. Dans les familles désavantagées, les filles doivent parfois travailler de longues heures dans des usines ou dans les champs, faire des travaux dans la rue au risque de mettre leur santé en danger, quand on ne les place pas comme bonnes à l'extérieur pour arrondir le revenu familial. Même quand les filles sont scolarisées, elles doivent parfois travailler si dur qu'elles sont trop fatiguées pour étudier. Elles se laissent alors décourager et abandonnent l'école. C'est aussi souvent le cas des garçons dans les familles pauvres. Mais les autres différences d'attitude décrites plus haut font que les filles sont plus souvent privées d'éducation que les garçons.

La déclaration de naissance. Dans le monde, on estime à 40 millions le nombre d'enfants qui ne sont pas déclarés à la naissance. Et dans de nombreux pays, le seul fait de ne pas posséder d'acte de naissance empêche l'enfant d'être inscrit à l'école ou de passer des examens. (Voir Tout est dans le nom qui raconte l'histoire de cinq jeunes de la tribu des collines en Thaïlande qui sont confrontés à ce problème.)

La sécurité. Les parents peuvent décider de garder leurs filles à la maison s'ils pensent que le chemin de l'école est trop long ou qu'il est dangereux pour une fille seule. Ils peuvent aussi craindre les brimades, le harcèlement sexuel ou la violence de la part des autres élèves ou même des enseignants. En plus, les filles ne se sentent pas toujours en sécurité s'il n'y a pas d'enseignante qui peut leur servir de modèle et à qui se confier.

L'hygiène et les sanitaires. Quand les établissements sont pauvres, cela peut poser des problèmes particuliers aux filles. Par exemple, trop d'écoles dans le monde n'ont pas de toilettes ou d'eau courante; il arrive alors qu'on demande aux filles d'aller puiser de l'eau. D'autres écoles n'ont que des toilettes de garçons, ou alors les toilettes ne sont pas propres, ce qui met en danger la santé des élèves. 

Les stéréotypes. Même dans les pays où la majorité des filles vont à l'école, leurs choix peuvent être limités si elles-mêmes, leurs parents ou leurs enseignants, sont convaincus que certaines matières conviennent mieux aux garçons qu'aux filles. On peut aussi obliger les filles à s'acquitter de tâches ménagères alors qu'elles devraient être en train d'étudier, ou ne pas les autoriser à faire du sport. L'autre problème est parfois l'absence d'images positives ou d'informations en classe sur les filles et les femmes, ou encore une représentation limitée des femmes et des filles, qui sont confinées par exemple dans les rôles de mères ou de responsables de l'entretien de la maison. Le seul fait de ne pas avoir de modèles forts de femmes dans une école rend d'autant plus difficile l'élimination de ces stéréotypes.

<< Page précedente | Prochaine page >>