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Pour ne pas souiller la mémoire d’Amina

« Amina a été atteinte dans son honneur, on ne peut pas se permettre aujourd’hui de souiller sa mémoire », telle est la conclusion de Me Aicha Ansar-Rachidi dans son article publié cette semaine dans un grand quotidien du Maroc au sujet de ce qui est devenu l’affaire Amina Filali. Qui est Amina dont l’histoire a fait le tour du monde et mobilisé des acteurs de différents bords ?

Amina, comme le racontent les histoires reprises à son sujet dans différents médias, était une jeune adolescente, de la ville de Larache au nord du Maroc, à peine âgée de 16 ans qui s’est donnée la mort en absorbant de la mort aux rats (poison utilisé pour tuer les rats). De son vivant, la jeune fille avait ses rêves. Des rêves de jeune adolescente, comme toutes ses paires, qui se sont heurtés à la double tragédie. Amina a été d’abord violée puis forcée suite à un jugement du tribunal local à se marier avec son violeur, un jeune adulte. Selon toute vraisemblance, ses parents ont choisi de la marier pour sauver l’honneur. Son violeur en l’acceptant au mariage a échappé à la prison. Un article du code pénal et son interprétation par le juge sont à la base de cette décision, mais les raisons de fond sont plus nombreuses. Malika El Atifi, Chef du programme Protection à l’UNICEF explique qu’un travail de fond est mené depuis quelques années avec les différentes parties prenantes à ce sujet. « Dans l'étude de l'analyse comparative  de la législation menée par le Ministère de la Justice avec l’appui de l’UNICEF et d’UNFPA; l’article 475, qui est au cœur de ce débat, a été identifié en tant qu’article non  favorable à la protection des droits des enfants et des femmes ;  mais qui permet au contraire de dispenser le violeur des peines qui lui sont réservées par la loi ».  

Le cas d’Amina interpelle aussi l’application de la Convention des Droits de l’Enfant qui pose comme principe en son troisième article, l’intérêt supérieur de l’enfant et en son article 12  son droit d’être entendu. L’article précise qu’on donnera notamment à l’enfant la possibilité d’être entendu dans toute procédure judiciaire ou administrative l’intéressant, soit directement, soit par l’intermédiaire d’un représentant ou d’une organisation approprié, de façon compatible avec les règles de procédure de la législation nationale. Amina a-t-elle été entendue ? A-t-elle librement exprimé son désir de se marier avec son violeur ? Ses parents, le juge, le procureur du Roi lui ont-ils posé la question et a-t-elle pu répondre en toute liberté ? Amina a-t-elle été associée à la prise de décision qui a définitivement scellé son sort ?
Le rapport de l’UNICEF et d’UNFPA évoqué plus haut a sollicité de renforcer la protection des enfants et des femmes victime de violence sexuelle et de renforcer les peines  contre les violeurs et ne pas les faire bénéficier de circonstances d’atténuation,  y compris l’acceptation de la demande de mariage avec l’agresseur. « C’est un rapport que nous avons soumis au ministère de la justice, et qui est objet de revue  par les juristes du ministère pour proposer des amendements notamment au code pénal », souligne Aloys Kamuragiye, Représentant de l’UNICEF au Maroc qui salue l’engagement du gouvernement du Maroc, suite à ce drame, à adapter la législation aux engagements internationaux du pays et à l’évolution du contexte social du Maroc et note par ailleurs que ces efforts doivent impliquer tous les partenaires et s’étendre au niveau local.

Le cas de la jeunes Amina est aujourd’hui révélateur des dysfonctionnements dans le système de protection de l’enfant au Maroc qui doivent être pris sérieusement en considération. Ce cas jette de la lumière sur les défis de la société marocaine en matière de justice des enfants, de violence, des mariages précoces, de l’exploitation et des normes sociales… en particulier envers les jeunes filles. Un travail de longue haleine qui nécessite des interventions techniques mais aussi d’autres  à long terme en matière de communication pour le changement de comportement et de normes sociales. « Malheureusement, l'implication des donateurs, hormis l’Espagne, dans le secteur de la protection de l’enfance au Maroc reste insuffisante alors que les réponses du gouvernement et des différents acteurs locaux doivent être rapidement renforcées » note Jean Benoit Manhes, Représentant adjoint de l’UNICEF au Maroc.

 

 
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