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L'éveil d'Ajmou

Grâce à l’initiative d’une association de développement locale appuyée par l’Unicef, les tout-petits d’un village berbère du Sud prennent un bon départ dans la vie.


Ajmou est un village dont le nom signifie «grand espace verdoyant où des gens vivent rassemblés» en tamazight, la langue locale. Ses 1300 habitants sont regroupés autour d'une des plus vieilles casbah des environs, une petite forteresse dont les murs crénelés renferment une ancienne mosquée. Or, ce n'est pas la casbah couleur de sable qui fait l'envie des gens de  la région, mais plutôt l’établissement préscolaire flambant neuf du village.
 
Une cinquantaine d'enfants de quatre et cinq ans fréquentent ce centre d'éveil créé à l'initiative de l'Association de développement d'Ajmou (ADA), un partenaire de l'UNICEF. Comme dans toute unité préscolaire, les petits s'y initient à la lecture et à d'autres activités favorables à leur développement psychomoteur. Le jeu, bien entendu, occupe une place importante. Dans un grand carré de sable à l'abri du soleil, les enfants n'hésitent pas à s'emparer des blocs de construction aux couleurs vives.
 
Au prime abord, cette maternelle communautaire ressemble à une école coranique – mais il ne faut pas se fier aux apparences. «Dans une école coranique, on apprend uniquement le Coran», explique l'éducateur Abdullah Bouady, par ailleurs imam de la mosquée qui jouxte l'espace préscolaire. «Ici, on apprend le Coran bien sûr, mais on fait aussi une foule d'autres choses.» À commencer par jouer!
 
Said Ouabouch, instituteur à l'école primaire d'Ajmou, est persuadé que le préscolaire  permet aux enfants de mieux réussir en classe. «L'impact est remarquable, dit-il. Les enfants s'adaptent mieux à l'école. Ils sont moins timides. Ils apprennent plus facilement.» Il croit également que cet espace d'éveil permet de prévenir l'abandon scolaire, un fléau de l'école marocaine. À Ajmou, le taux d'abandon scolaire a quasiment été réduit à zéro!
 
Ajmou, à une centaine de kilomètres au nord de Zagora, n'est pourtant pas une agglomération de nantis. Au pied du mont Saghrou, ce petit bourg se trouve dans une plaine semi-aride où il faut travailler dur pour arracher quelque chose au sol. Grâce à l'irrigation, des cultivateurs récoltent du blé, de l'orge et des dattes. Les éleveurs possèdent de petits troupeaux de chèvres, de brebis et, plus rarement, de vaches. Mais on vit modestement, et la cotisation demandée aux parents pour le préscolaire, 100 dirhams par enfant et par an (environ 10 euros ou dollars)est  considérable pour certaines familles. C’est pourquoi aide les nécessiteux à s’acquitter de cette corisation, qui sert à financer fournitures scolaires et indemnités de l'éducateur. Du coup,  presque tous les petits enfants d'Ajmou sont inscrits au préscolaire.
 
La réussite de cet établissement a permis d'asseoir la crédibilité de l’association, dont les activités se sont développées. L'ADA, par exemple, sensibilise aussi les parents aux besoins des tout-petits. Dans le cadre d'un programme d'éducation parentale, des animatrices expliquent notamment aux mères que le fœtus ne «dort» pas, comme on le croit parfois ici, qu'il est au contraire sensible à tout ce que fait sa mère, et tout particulièrement à ce qu'elle mange. Elles expliquent aussi que, contrairement aux croyances populaires, la grossesse ne dure pas douze mais neuf mois. Les animatrices portent une attention toute particulière à l'alimentation des nourrissons. Leur message: les femmes doivent donner le sein – et uniquement le sein – jusqu'à six mois. Il n'est pas rare, toutefois, que des mères leur donnent des dattes, de la purée de pomme de terre, du pain mouillé et même du thé sucré à leur bébé à partir de trois mois.
 
L'ADA rappelle aussi aux parents l'importance de la vaccination. Dans la «circonscription sanitaire» de Tazarine, dont Ajmou fait partie, environ 90% des enfants ont reçu tous leurs vaccins (polio, rougeole, tuberculose infantile, diphtérie, tétanos, coqueluche, hépatite B). Le progrès est fulgurant! Au début des années 1990, avant l'entrée en scène des associations comme l'ADA, moins de 60% des enfants étaient considérés comme «totalement vaccinés»… «Maintenant, nous comprenons à quel point les associations sont importantes, explique le Dr Zouhair Sidki, spécialiste de santé communautaire. Nous regrettons de ne pas avoir fait appel à elles auparavant. Sans leur aide, la couverture vaccinale serait nettement moins importante.»
 
L'ADA propose aussi des cours d'alphabétisation aux femmes. Les maris protestent parfois un peu, selon Said Ouabouch, membre du bureau exécutif de l'ADA. «Il y a des hommes qui disent: "À quoi ça lui servira d'apprendre à lire et à écrire? Elle travaille à la maison. Elle ne va pas devenir fonctionnaire!» Mais malgré ces réticences, l'ADA apprend à une centaine de femmes à lire et à écrire, bon an, mal an. Et continue à développer ses activités, en dotant Ajmou d’une Dar Talib pour inciter les élèves de la région à poursuivre leurs études au collège d’Ajmou.

 

 

 

 

Faits et chiffres

En l’absence d’une véritable politique publique de l’enseignement préscolaire, la quasi-totalité des 39 000 établissements existants (hors msid) sont privés, donc payants et le plus souvent situés en ville. Dans les zones rurales, le taux de préscolarisation des enfants ne dépasse pas 35%, alors que la moyenne nationale s’élève à 60% (44% pour les filles). D'autre part, malgré la création récente de Centre de ressources du préscolaire dans toutes les académies du royaume, le pays manque encore d'éducateurs et d'éducatrices formés à une pédagogie adaptée aux besoins des tout-petits.


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