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Les enfants doivent rester avec leurs mamans

L'UNICEF et la Ligue Marocaine de Protection de l'Enfance (LMPE) ont conjointement lancé un projet pilote pour la prévention de l'abandon des enfants à la naissance. Les premiers résultats sont probants.

"Je ne veux pas que d'autres filles soient prises dans le même piège que moi et soient obligées de vivre la dure vie que je mène" lance spontanément Saïda (pseudonyme), 23 ans mais donnant l'impresion d'en avoir 43.

Comme d’autres mamans célibataires, Karima fait face toute seule aux conséquences de sa grossesse non désirée. Le père biologique de son bébé l’a quitté bien avant son accouchement. Et en raison de la «Hchouma », elle a quitté la maison de ses parents située dans l’arrière-pays de Marrakech. A aujourd’hui, son père ne sait rien de sa situation. A aujourd’hui, il continue à penser que sa fille travaille à Marrakech et y mène une vie décente. Cependant, sa mère est bien au courant de son calvaire mais, en raison du poids des traditions elle ne peut pas s’en ouvrir à son mari.
Karima n’est pas toute seule dans cette situation. Elles sont des milliers de mères célibataires à confronter le même sort, toutes seules avec leurs bébés lorsqu’elles prennent la décision courageuse de ne pas les abandonner. En effet, et selon les résultats d’une étude menée récemment par l’UNICEF et la Ligue Marocaine de protection de l’Enfance, 6480 enfants ont été abandonnés à la naissance en 2008, soit 2 % du total des nouveaux nés du pays. Enorme.
“Ce phénomène prend de l’ampleur ou est mieux comptabilisé puisque selon les conclusions de cette étude, sur la période 2005-2009, les nouveaux cas d’abandons ont évolué sensiblement dans certaines zones, particulièrement urbaines. Un nombre important d’abandons s’opère à travers des intermédiaires informels”, note Aloys Kamuragiye, Représentant de l’UNICEF au Maroc.

Suite à l’étude, l’UNICEF et la LMPE ont mis en place une équipe de travail ayant pour mission de réfléchir à un projet pour faire face à cette situation inquiétante. Et grâce au Comité Suède de l’UNICEF qui, accompagné d’un donateur suédois, avait réalisé une visite à Marrakech, 100.000 dollars furent mobilisés. Après cela, l’équipe de travail a présenté un projet appelé « prévenir l’abandon des enfants » qui est mené avec plusieurs partenaires dont le ministère de la Santé, le ministère de l’Education nationale, le ministère de la Justice, la Police, les médias et plusieurs associations locales de développement.
Le projet comprend deux volets complémentaires. Le premier axe d’intervention porte sur le soutien psychosocial aux filles et femmes en détresse à travers la création d’un centre d’accueil, d’écoute et de support psychosocial. Cet espace aménagé au sein du centre de prise en charge des enfants abandonnés de la LMPE à Marrakech, assure aux femmes et filles en détresse un accompagnement et une meilleure information sur toutes les possibilités offertes pour les aider à prévenir l’abandon de leurs enfants. Il comporte également une cellule d’accueil et d’encadrement qui constitue un véritable lieu d’intégration et d’information où ces personnes trouveront conseil, information et appui.
Quelques semaines après son lancement, le centre enregistre une activité importante de femmes et de filles vulnérables qui viennent y chercher conseil et réconfort. Plusieurs cas ont été résolus et d’autres sont en cours. « Un papa récalcitrant a accepté de reconnaitre son enfant si les tests ADN prouvent qu’il en est le géniteur », explique fièrement Shems Eddoha, assistante sociale travaillant pour le projet.
Le deuxième axe d’intervention, visant la prévention des grossesses non désirées, est orienté essentiellement vers les jeunes filles vulnérables à travers une campagne de sensibilisation qui touchera dans un premier temps les espaces scolaires et de regroupement de jeunes filles. Des mères ayant déjà vécu l’expérience de l’abandon ou de la grossesse non désirée participeront à cette campagne et seront des acteurs de cette sensibilisation. Les familles, les associations et la communauté de manière générale seront également touchées pour qu’elles assument pleinement leurs rôles pour l’édification d’un environnement protecteur pour l’enfant.

Avec confiance, Karima a accepté de prendre part à la campagne de sensibilisation. “Les mamans dans notre situation vivent une vie intenable. Avant, j’avais des rêves comme toutes les autres filles de mon âge. Maintenant, ces rêves sont détruits pour toujours. Je ne veux pas que d’autres jeunes filles soient dans ma situation”, explique-t-elle. Son amie âgée de 19 ans et qui est aussi une maman célibataire ajoute : «Mes parents sont aussi responsable de ma situation. Ils ne se sont jamais intéressés ni à mes études, ni à mes problèmes. Ils n’ont jamais relevés les changements dans mes comportements lorsque je suis tombé amoureuse du père de mon enfant et qui était mon ainé de 10 ans. Les parents doivent savoir. Ils doivent assumer leurs responsabilités pour la protection de leur enfants».

 

 
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