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Une maison d'attente à Tnine Ourika

Que faire lorsqu'une femme enceinte sur le point d'accoucher habite trop loin d'un centre de santé ? Lui proposer de passer à la maison…

Il fut un temps où Tnine Ourika était surtout réputée pour son safran. Aujourd'hui, les femmes des environs savent que c'est un endroit où elles peuvent se rendre en prévision de leur accouchement. Grâce à l'UNICEF , Tnine Ourika, à 35 kilomètres de Marrakech, s'est dotée d'une Dar al Oumouma, une «maison d’attente»,où les femmes enceintes peuvent être hébergées et se reposer avant et après leur accouchement au centre de santé.
 
Dans la campagne marocaine, la grande majorité des femmes accouche à la maison, avec l'aide d'une accoucheuse traditionnelle. Mais sans la surveillance d'un médecin, elles risquent des complications. Dans le pire des cas, les femmes meurent en couche.

Pour accoucher «en milieu surveillé», comme disent les spécialistes, les femmes des villages les plus reculés doivent parcourir jusqu'à 50 kilomètres. L'essentiel du trajet est fait en ambulance, ce qui entraîne pour les familles des coûts considérables. De plus,  tous les douars ne sont pas reliés à Tnine Ourika par une piste carrossable, et il n'est pas rare que des femmes enceintes sur le point d'accoucher fassent jusqu'à dix kilomètres à pied pour atteindre la route ou le centre de santé le plus proche…
 
Pour s'attaquer à ce problème, une cinquantaine de personnes de Tnine Ourika ont créé l'Association Dar al Oumouma. Objectif : monter un centre d'hébergement de courte durée pour les femmes des douars les plus isolés. Pour convaincre, leur principal argument est d'ordre pratique: en se rendant au chef-lieu de la commune quelques jours avant d'accoucher, les ménages faisaient des économies importantes. Au lieu d'y être évacuées en ambulance, les femmes pouvaient s'y rendre en khettafa (taxi collectif).

Mais il ne suffisait pas de construire le Dar al Oumouma, qui a été inaugurée en janvier 2006. Encore fallait-il s'assurer que les femmes enceintes s'y rendent. Dès la fin des années 1990, l'Association avait commencé à sensibiliser les douars les plus reculés de la commune, ceux-là même qui devaient bénéficier de la Dar al Oumouma en priorité.

Selon la coutume, les femmes travaillent, à la maison et aux champs,  jusqu'à l'enfantement. Ce n’'est qu’après la naissance de leur enfant qu’elles sont autorisées à marquer un temps d'arrêt (nfissa).  Les maris allaient-ils accepter de laisser leurs épouses partir en prévision d'un accouchement? Et pendant combien de temps? Pour le savoir, une enquête a été organisée. Elle a montré que les époux étaient prêts à accepter que leurs femmes s'absentent jusqu'à sept jours.
 
Les accoucheuses traditionnelles ne risquaient-elles pas, par ailleurs, de s’opposer à Dar al Oumouma? Allaient-elles accepter d'y envoyer des femmes qui étaient, dans une certaine mesure, leurs «clientes»? Pour les amadouer, il fallait les associer à l'initiative. Pour valoriser leur rôle, des animatrices leur ont appris à reconnaître les signes d'un accouchement difficile, notamment le gonflement des jambes (signe d'hypertension) ou un début d'hémorragie. Des trousses pour sages femmes leur ont aussi été remises pour rehausser leur prestige aux yeux des villageois. Petit à petit, ces accoucheuses traditionnelles sont devenues des alliées de Dar al Oumouma.

 Abdessamad Hejjaj, coordonnateur du programme de coopération Maroc-UNICEF de « Soutien aux enfants en milieu rural »  dans la province d'Al-Haouz, où se trouve la commune Tnine Ourika, n'oubliera jamais la réaction d'une vieille dame à laquelle on venait d'expliquer le fonctionnement de Dar al Oumouma. «Si c'est comme ça, moi, je recommence à faire des enfants!» s'était-elle exclamée.

 

 

 

 

Faits et chiffres

Le Maroc est la lanterne rouge de l’Afrique du Nord (hors Mauritanie) en matière de mortalité maternelle. Aujourd’hui encore, 227 femmes sur 100 000 meurent pendant la grossesse, l’accouchement ou le post-partum (période qui s’étire 42 jours après la naissance). En milieu rural, ce taux atteint 267 pour 100 000 (contre 187 en milieu urbain).


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