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Une école où l'on s'accroche

Une école de Tanger mobilise son quartier pour lutter contre l'abandon scolaire.

Avec ses eucalyptus, ses mimosas et ses rosiers, l'école Sidi Ahmed Benajiba détonne au milieu de son quartier, une poussiéreuse zone industrielle qui a poussé aux portes de Tanger. Malgré la pauvreté ambiante – il n'est pas rare qu'une famille entière vive dans une seule pièce --, cet établissement a réussi à éradiquer l'abandon scolaire.

S'inscrire à l'école Sidi Ahmed Benajiba, c'est y rester. Les élèves ont beau être nombreux (1500), ils «s'accrochent»! Si personne ne reste sur le carreau, c'est grâce à une vaste initiative visant à prévenir l'abandon scolaire: le directeur de l'établissement, le personnel et l'association des parents d'élèves se sont donnés la lutte contre l'abandon scolaire comme projet d'établissement. Ainsi mobilisés, avec le soutien de l'UNICEF, ils ont même réussi à convaincre de nombreux garçons et filles qui avaient déserté l'école d'y revenir!
Cela n'a pas toujours été facile. Le directeur, , se souvient que cet établissement n'avait ni électricité ni toilettes lorsqu'il y a été nommé dans les années 1990. Il a d'abord fallu inciter les parents à apporter leur contribution. Pour les sensibiliser à l'importance de leur rôle, explique le directeur, il a d'abord fallu leur faire comprendre qu'ils pouvaient, réunis en association, influencer l'avenir de l'école, c'est-à-dire l'avenir de leurs enfants.

Résultat: trois parents sur quatre participent, de près ou de loin, aux activités de l'école. Ils organisent des activités sportives, des spectacles de clowns, des remises de prix. Ce sont eux, également, qui ont planté les arbres et rosiers aux abords de l'école.
 Le statut de l'école, transformée en centre d'activités et de loisirs ouvert aux besoins de la communauté, s'en trouve valorisé, ce qui incite les écoliers, surtout ceux qui ont des difficultés scolaires, à persévérer.

«Une école, dit le directeur, c'est un cœur qui bât. Dans un milieu pauvre, à apprendre l'arabe ou les mathématiques. Elle sert à améliorer la vie.» Mais comment faire? À l'école Sidi Ahmed Benajiba, il a fallu s'attaquer à un problème de taille: l'absence de latrines pour les garçons et pour les filles. De nombreux parents gardaient leurs enfants, surtout les fillettes, à la maison plutôt que de les envoyer dans une école sans toilettes. Des WC ont été installées grâce à l'UNICEF.

À l'instigation de l'association des parents, l'établissement a modifié l'horaire des cours pour l'adapter à la réalité des familles. Certains enfants qui habitant jusqu'à deux heures de marche de l'école, ne revenaient pas en classe après le déjeuner. L'établissement a donc supprimé la pause à la mi-journée. Les écoliers sont désormais en classe, tantôt le matin, tantôt l'après-midi. Là aussi, il s'agissait d'une idée de l'association des parents.

L'école organise des activités sportives le dimanche, alors que c'est -- du moins en théorie!-- un jour de repos. Certains professeurs s'associent à cette journée hebdomadaire pour encadrer bénévolement des équipes de foot et de basket. En jouant régulièrement, l'équipe de foot n'a fait qu'une bouchée de deux autres écoles du quartier, rehaussant le prestige de l'établissement. Leur réussite va bien au-delà du simple exploit sportif. Elle a fait de l'école un lieu où les sportifs en herbe veulent rester, ne serait-ce que pour continuer de s'y amuser…On ne sacrifie pas les devoirs pour le foot. Au contraire, constate le directeur, «les enfants font leurs devoirs pour venir au foot».

Pour financer les différentes activités (l'association de parents, l'association sportive, l'assurance et les documents d'inscription), on demande aux parents de verser 65 dirhams (environ 6,5 euros ou dollars) par enfant par an. Pour certaines familles nombreuses, la somme est considérable. On leur demande alors de ne payer que pour un seul enfant. Les autres sont subventionnés par l'association des parents. Ce coup de pouce est possible parce que certains parents nantis donnent beaucoup plus que la somme demandée (jusqu'à 1000 dirhams) tellement ils sont convaincus que la somme permettra d'améliorer la vie de leurs enfants et celle de leurs camarades.

À l'école, les changements sont tellement évidents que des entreprises locales ont elles aussi mis la main à la poche. «C'est la première fois que je donne de l'argent et que je vois où il va!» a confié l'un d'eux au directeur. D'autres sociétés ont payé en nature. C'est le cas d'un entrepreneur en bâtiment qui a donné du sable et du ciment pour permettre aux parents et enseignants de bétonner la cour de l'école.

Lorsqu'ils  croisent le directeur, de nombreux parents se confondent en remerciements. «Des mères – et des pères aussi – sont venus me voir en larmes pour me dire: "Je ne sais pas comment vous remercier. Seul Dieu pourrait vous remercier suffisamment pour ce que vous avez fait pour nous!"» Le directeur s'empresse de leur expliquer que c'est eux-mêmes qui doivent être félicités.

 

 

 

 

Faits et chiffres

Selon la dernière enquête nationale sur l’analphabétisme, la non scolarisation et la déscolarisation au Maroc, 15% des enfants de 9 à 14 ans ne sont pas scolarisés. Plus de la moitié d’entre eux vivent dans des logements précaires.


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