Histoires vécues

Parcours d'enfants

Les acteurs du changement

 

Tous ensemble

Au lieu de passer des heures à la corvée d’eau, Bouchra va à l’école. Une chance que cette fillette d’un village enclavé de l’Atlas doit aux efforts de sa commune pour favoriser le développement des enfants.

Bouchra, une jeune fille de treize ans, habite une commune rurale du Haut Atlas. Chez elle, les enfants n'ont que très peu de loisirs : lorsqu'ils ne sont pas en classe, ils prêtent main forte à leurs parents cultivateurs. C'est donc avec beaucoup d'enthousiasme qu'elle s'est portée volontaire lorsque son école a organisé une excursion à Essaouira, sur la côte atlantique.

Bouchra n'avait jamais vu la mer… Elle n'oubliera jamais «les vagues qui se courent après» et a été captivée par des volatiles qu'elle n'avait jamais vus auparavant, «des oiseaux qui ressemblent à des oies, mais des oiseaux de mer». Elle a oublié le nom des goélands mais elle n'a eu aucun malà retenir celui d'un délice qu'elle n'avait jamais savouré: un cornet de glace.

Toutes ces découvertes enthousiasmantes, Bouchrales doit à l’esprit d’initiative de son village, Iguerferouane, le chef-lieu d’une commune de 12 300 habitants située à 60 kilomètres au sud-est de Marrakech. À l'instigation de l'association de développement locale, la commune a adopté un «plan de développement communal en faveur de l'enfant» qui ne cesse de donner de bons résultats.

La mise en œuvre du plan a commencéà la fin des années 1990par un projet d’'approvisionnement en eau potable, qui faisait cruellement défaut. Même dans le chef lieu d'Iguerferouane, seulement deux foyers sur trois avaient l'eau courante. La population s'est mobilisée – avec l'aide de l'UNICEF et de l'État -- pour construire des puits et des châteaux d'eau dans 25 douars. Le premier impact a été sanitaire: les maladies liées à l'eau ont quasiment disparu. Mais l'arrivée de l'eau a aussi eu des répercussions sur l'école, où des latrines, tant pour les garçons que pour les filles, ont été aménagées. Les parents qui avaient toujours invoqué l'absence de toilettes pour filles comme raison de ne pas envoyer les leurs à l'école ont commencé à les y inscrire.

Dispensées de corvée d'eau, les filles qui faisaient jusqu'à trois kilomètres pour aller au puits, consacrent désormais plus de temps à étudier. Mais il reste qu’elles continuent d'abandonner l'école en cours de route. Notamment pour les raisons financières.

Même si l'école est gratuite, les frais (principalement le cartable et les manuels scolaires) sont importants. En sixième, par exemple, il faut compter 450 dirhams par élève. Pour les cultivateurs d'Iguerferouane, c'est l'équivalent de 150 kilos de blé! Pour eux, l'école coûte cher: pour scolariser une famille de quatre enfants de la première à la sixième année, ils doivent récolter plus d'une tonne et demie de blé!

Malgré les difficultés, l’établissement d’Iguerferouane est considéré comme exemplaire, ne serait-ce que parce que l'abandon scolaire y est de plus en plus faible. Dans ce domaine, les parents ont joué un rôle déterminant. Réunis en association de parents d’élèves, ils ont réussi à monter une petite bibliothèque scolaire. Et ils se sont cotisés pour embellir l'établissement: ils ont acheté des oliviers, des citronniers et des mimosas qui donnent un air très accueillant à l’école, surtout depuis que des moineaux qui piaillent du matin au soir ont fait leur nid dans la toiture.

Il fallait montrer tout ça aux villageois surtout à ceux dont les enfants ne fréquentent pas l'école. Ici, comme tant d'autres communes rurales, l'éducation est souvent décriée comme «inutile», l'utilité étant définie comme la capacité à trouver du travail dans la fonction publique.

Comme il ne suffit plus d'apprendre à lire et à écrire pour devenir fonctionnaire, comme c'était le cas jadis, certains parents ont parfois l'impression que l'école ne sert à rien. L'association des parents était fière de la «nouvelle» école  parce que c'est la meilleure des environs, dit le directeur. « Nous leur avons fait comprendre que ce n'est pas l'école du directeur ou celle des enseignants mais leur école à eux.»

Des problèmes restent à surmonter. Le taux de redoublement, par exemple, est important. Parmi les écoliers d'Iguerferouane, on trouve un garçon de dix-huit ans! Cela tient, notamment, à des difficultés linguistiques : la langue de l'établissement est l'arabe, alors que celle des élèves est le berbère. L'école doit donc insister sur ce que les pédagogues appellent le «développement des compétences et des acquis» plus que sur les connaissances purement académiques.

Reste que dans son environnement, le projet apparaît comme très attractif. La preuve: les communes des environs demandent aux autorités de la province d'Al Haouz, comment s'y prendre pour l’imiter. Il y a 38 autres communes, 38 autres associations de développement, 38 autres rêves à réaliser.

Juillet 2007

 

 

 

 

Faits et chiffres

Au Maroc, les enfants de 9 à 14 ans qui ne vont pas à l’école sont à 76% issus du milieu rural. La majorité sont des filles. Le taux net de scolarisation des filles dans le primaire (6-11 ans) en 2005-06 ne dépassait pas 87,1% en milieu rural, contre 92,9% en milieu urbain. Le taux net de scolarisation au collège (12-14 ans) se limitait en 2005-06 à 53,9% en milieu rural alors qu’il atteignait 91% en milieu urbain. Pour les filles, l’écart était encore plus marqué : une fille rurale avait deux fois moins de chances qu’une fille urbaine d’accéder au collège.

 


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