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Ecoles rurales : la qualité en plus

En moins de dix ans, l’école d’une commune rurale sans ressources est devenue un établissement modèle. Son directeur explique comment.

Il y a quelques années, l’école de Dikha ressemblait à beaucoup d’autres. Elle avait l’air posée là, au milieu des champs. Etrangère. Elle n’avait ni clôture ni latrines ni électricité ni eau potable. Pas beaucoup d’élèves non plus. Seulement une classe et un instituteur à la peine.

On a du mal à le croire aujourd’hui quand on pénètre dans la cour fleurie entourée de salles impeccablement tenues. « Avant, tout était saccagé après les vacances, se souvient le fqih de ce douar situé à 75 kilomètres d’Essaouira. Les vitres étaient cassées, les portes défoncées. Maintenant, on peut laisser tout ouvert sans craindre de dégât. Les gens savent que c’est leur école. Ils la protègent. »

Ce qui a changé ? A peu près tout. « Ca s’est fait en deux temps », explique le directeur de l’école, El Mahjoub Belaabidia. Entre 1997 et 2001, un premier programme mené dans le cadre de la coopération entre l’UNICEF et le Maroc a permis d’améliorer l’infrastructure de base : Dikha est devenue l’école principale du secteur de Sidi M’Hamed Oumerzouk, qui en compte trois autres. On l’a entourée de murs blancs, équipée de latrines séparées pour filles et garçons.

Un château d’eau a remplacé les citernes traditionnelles pour alimenter l’établissement et les habitants en eau potable. Des plaques solaires ont permis d’y voir plus clair, avant que le douar ne soit raccordé au réseau électrique en 2002. Une bibliothèque scolaire a été créée, une cantine mise en place et une boîte à pharmacie installée dans les classes. Dans le même temps, des campagnes ont été menées pour « recruter » les enfants, en particulier les fillettes.

Résultat, les effectifs ont bondi. A Dikha, ils sont passés de 76 élèves dont 21 filles en 1997-98 à 280 élèves dont 129 filles en 2005-06. Le même effort dans les trois autres écoles a permis de scolariser un total de 524 enfants (dont 255 filles) au niveau du secteur, contre 181 (dont 51 filles) il y a huit ans. « Lorsque je suis arrivé en 2002, explique M. Belaabidia, la situation s’était déjà améliorée. Restait à changer les méthodes de travail et à relever le niveau. La ‘Grille école de qualité’ nous y a aidés. ».

L’idée de cette grille est née ici, explique Ahmed El Haouch, le coordinateur provincial du programme UNICEF-Maroc pour l’éducation. Il s’agissait de concevoir un outil capable de faire émerger une école où tout le monde – enfants, parents, enseignants – pourrait se retrouver. En bref, sortir l’école de la seule compétence des « pros de l’éducation » pour l’ouvrir, « la partager avec la communauté ».

La grille se présente comme un questionnaire détaillé d’une quinzaine de pages répertoriant tous les problèmes qu’une école peut rencontrer : état de la construction et de l’environnement, matériel et services offerts, conditions d’apprentissage, méthodes pédagogiques, participation des parents, etc. Mais elle est surtout prétexte à une gestion entièrement repensée du fonctionnement scolaire.

« Une fois par an, explique M. Belaabidia, notre Conseil d’école se réunit pour discuter des problèmes et prévoir des solutions. Toutes les parties prenantes sont impliquées. »  Le conseil rassemble le directeur, les élèves, les enseignants, l’inspecteur, l’Association de parents et tuteurs d’élèves (APTE), les ONG et les élus communaux. A Dikha, la méthode a payé.

Elle a d’abord permis de faire reculer l’abandon scolaire, passé de 7% à moins de 3% en cinq ans, selon le directeur. A la rentrée et à la saison des moissons, les associations se joignent aux enseignants pour récupérer les élèves manquant à l’appel. « Nous faisons du porte à porte, explique le fqih, qui préside l’APTE et l’association de développement du douar. Bien sûr, nous ne pouvons rien si les parents ont envoyé leur fille en ville devenir bonne. Mais avec les autres, nous essayons de résoudre les problèmes, souvent matériels. »

Tous les élèves de première année bénéficient de fournitures et d’uniformes gratuits. Ensuite, la commune, via les associations, continue à soutenir les foyers les plus pauvres. Pour limiter les coûts, les livres usagés sont recyclés. « Si malgré tout, certains parents persistent à garder leurs enfants, nous en informons le caïd qui envoie un courrier. L’école est obligatoire », ajoute le fqih.

L’APTE veille aussi à ce que les enseignants fassent leurs quatre heures et demie de travail par jour. Et en réfère au directeur en cas d’absentéisme. Ce dernier explique que les instituteurs viennent souvent de villes lointaines et qu’ils se sentent mal à l’aise dans des douars isolés comme Dikha. Pour les retenir, des logements modernes ont été construits à leur intention, avec l’appui de la Fondation Hassan II.

Les enseignants apprécient aussi la dynamique de l’école. Avant, ils avaient des objectifs limités, explique le directeur : enseigner la lecture, l’écriture, le calcul. Aujourd’hui, on leur demande un travail autrement plus motivant : « apprendre aux élèves à transformer ces connaissances en compétences de vie, afin qu’ils sachent gérer leur quotidien. »

Il y a trois ans, un système de soutien renforcé a été testé avec succès. Après chaque mois d’études, précise une institutrice, « j’évalue le niveau de mes 26 élèves pour former trois groupes – fort, moyen, faible. Pendant les 15 jours suivants, je me consacre en priorité aux plus faibles. On reprend les bases. Comme ça, personne n’est découragé. »

Les résultats sont là : les enseignants, qui ont l’expérience d’autres écoles, affirment qu’à Dikha, le niveau est supérieur à la moyenne. « Les élèves de sixième année réussissent tous l’examen de fin d’études primaires », conclut fièrement le directeur.

 

 

 

 

Faits et chiffres

Dans les campagnes, les indicateurs sur l’éducation sont beaucoup plus mauvais qu’en ville. Par exemple, la proportion d’enfants de 9 à 14 ans qui ne vont pas à l’école atteint 23% en milieu rural contre 7,2% en milieu urbain. Le taux d’analphabétisme de la population âgée de 10 ans et plus s’élève à 54% en milieu rural, contre 27% en milieu urbain.


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