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Développement communal : la méthode PDCE

A Sidi M’Hamed Oumerzouk, le Plan de développement communal centré sur l’enfant a fait ses preuves. Fort de la dynamique enclenchée, le président de la commune peut présenter un bilan positif. Et espérer pour sa carrière.

Abdellatif Lahmidi est ambitieux. Pour lui-même comme pour les quelque 6 000 habitants de sa commune de Sidi M’Hamed Oumerzouk, à 70 kilomètres d’Essaouira.

« Je suis né ici, dit-il. Et je veux changer la vie des gens. Je veux que chaque foyer ait accès à une route, à l’eau et à l’électricité. Je veux que chaque garçon, chaque fille aille à l’école dans de bonnes conditions et que les femmes participent à la vie de la communauté. »

Abdellatif Lahmidi est le président de la commune depuis 2002. Son prédécesseur avait été écarté parce qu’il ne faisait pas grand-chose, dit-on. Lui, en revanche, vient visiter sa commune une fois par semaine. Bien qu’il habite Essaouira et travaille dans une autre bourgade, il tient à ce que ses engagements soient tenus.

Pour ce quadragénaire, le Plan de développement communal en faveur de l’enfant (PDCE) est un allié de poids. Le processus a été lancé en 2001, dans le cadre de la coopération entre le Maroc et l’UNICEF. « Le PDCE est avant tout une méthode, explique Abdelhakim Yessouf, de l’UNICEF à Rabat. Jusqu’ici, les communes rurales présentaient des projets désordonnés, rassemblés à la hâte. Le plan permet de coller aux besoins des populations et de rationaliser l’exécution des projets. »

Il précise que le PDCE vise les femmes et les enfants, mais qu’en réalité, il profite à tout le monde. « Si vous ouvrez une piste pour désenclaver une école, toute la population est gagnante. Même chose si vous faites venir l’eau potable pour lutter contre les diarrhées, ou l’électricité pour améliorer le rendement des élèves. »

A Sidi M’Hamed Oumerzouk, tout a commencé par la création d’un Comité communal. « Toute seule, la commune n’a pas assez de moyens, ni humains ni financiers », explique Abdellatif Lahmidi. Son budget se limite à 1,4 million de dirhams (DH) par an. Une fois les coûts de fonctionnement déduits, il reste à peine 500 000 DH, ajoute ce scientifique de formation.

Le comité se compose d’élus et d’agents communaux, de membres des associations de douar et de représentants des services de l’Etat (médecins, directeurs d’école, etc.), poursuit-il. « Dans un premier temps, nous avons reçu une formation sur la participation communautaire, la planification stratégique et les droits de l’enfant. »

Puis tous les membres du comité sont allés frapper à la porte des 900 familles de la commune pour dresser un tableau détaillé de leur situation et établir un « diagnostic communautaire ». Conclusion : à Sidi M’Hamed Oumerzouk, tout ou presque était à faire.

Pour garantir l’éducation et la santé aux enfants, il fallait construire des routes, rénover les écoles pour doper le taux de rétention scolaire, assurer un suivi médical aux habitants et en particulier aux femmes enceintes, amener l’électricité et l’eau potable dans les douars, généraliser l’inscription à l’état civil et la vaccination des bébés, améliorer les revenus du tiers de la population, etc.

Au total, le PDCE de Sidi M’Hamed Oumerzouk se présente comme une série de 21 projets dont la réalisation est planifiée sur cinq ans et soigneusement chiffrée. Montant de la facture : 23 millions de DH. Cette fois, il fallait aller frapper aux portes des administrations et des bailleurs de fonds.

Aujourd’hui, Abdellatif Lahmidi se réjouit de la dynamique enclenchée. Les Conseils provincial et régional ont accepté de financer les routes et l’adduction d’eau tandis que l’ONE a installé l’électricité dans plusieurs douars. Le PNUD et la Fondation BMCE ont investi pour former des femmes à l’élevage moderne pendant que la Fondation Hassan II faisait construire des logements pour « stabiliser » les instituteurs absentéistes. Et en 2005, l’INDH s’est engagée sur quatre projets.

L’UNICEF a aussi appuyé d’autres initiatives dans les secteurs de l’éducation et de la santé. Abdellatif Lahmidi est très fier du « préscolaire ». Facturé 10 DH par mois, il touche une centaine d’enfants de sept douars. Rarement disponible dans les campagnes, cet enseignement prépare l’intégration à l’école primaire, plaide-t-il. De plus, il fait comprendre aux parents que le jeu est une activité essentielle à l’équilibre de l’enfant.

Côté santé, le ministère et les associations locales sont venus en renfort. Comme le dispensaire le plus proche se trouve à 18 kilomètres, des équipes mobiles ¬– médecins, sages femmes, infirmiers – sont envoyées dans la commune.

Au douar de Dikha, un local équipé accueille du personnel médical tous les mardis : ce « point PCIME » (prise en charge intégrée des maladies de l’enfant) a permis, selon un infirmier, de faire grimper le taux de vaccination de 76% en 1998 à 98% et de réduire la mortalité maternelle.

Mi-2006, Abdellatif Lahmidi estime que plus des deux tiers du PDCE étaient accomplis. Mais il reste beaucoup à faire et il est pressé. « Pour avoir de vrais moyens, il faut dépasser le niveau communal, dit-il. Mon souhait serait d’intégrer le Conseil régional ou le Parlement. Si je connaissais les ministres, tout irait plus vite. »

 

 

 

 

Faits et chiffres

En milieu rural, les indicateurs de développement humain sont souvent au rouge. Le taux de pauvreté est supérieur à 30% dans plus du quart des communes rurales et dépasse 40% dans une centaine d’entre elles.


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