Journée Nationale de l'Enfant
Fès, le 25 mai 2007,
Allocution de Mme Maie Ayoub von Kohl, représentante de l’Unicef
Votre Altesse Royale Lalla Meryem,
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames, Messieurs
C’est un moment crucial que nous sommes entrain de vivre aujourd’hui. Le PANE + 1 est un arrêt sur image qui nous permet de relever les avancées réalisées dans sa mise en œuvre mais aussi de constater les éventuels retards, blocages et lenteurs que connaît son exécution. L’analyse de ces derniers nous permettra sans nul doute d’identifier les possibilités de perfectionnement et donc de garantir une meilleure exécution du Plan d’action nationale pour l’enfant durant les neuf prochaines années.
Sur le premier registre je me réjouis de constater que cette feuille de route décennale qui sert désormais de cadre de travail pour l’équipe gouvernementale et l’ensemble de ses partenaires est à la base des décisions prises au sujet de l’enfance marocaine. Le Maroc fait partie des rares pays de la région qui ont adopté ce document. Nous saluons à cette occasion les avancées notoires réalisées dans les différents domaines et la volonté ferme exprimée à différents niveaux pour la réalisation d’un Maroc dignes de ses Enfants.
Ainsi par exemple, dans le secteur de la santé, nous sommes contents de noter que les contrats programmes signés entre le ministère et ses différentes délégations intègrent les recommandations du PANE. L’Assurance Maladie Obligatoire constitue aussi un acquis pour l’enfance marocaine puisque les soins néo-natals et maternels sont désormais pris en charge. A cela s’ajoute la mise en place du Kit gratuit offert aux femmes qui accouchent dans l’ensemble des maternités du pays dans l’objectif d’améliorer les conditions de leur accouchement en plus de l’extension de l’expérience de Dar Al Omouma dans le cadre de l’INDH. Le système des Nations Unies qui a connu la constitution cette année du groupe de travail interagences appui toutes ces actions inscrites dans le cadre de la politique nationale de lutte contre la mortalité maternelle et néo-natale.
Dans le domaine de la santé toujours, nous avons salué avec grande satisfaction l’adoption en décembre 2006 de la loi sur l’obligation de la fortification de la farine. Aujourd’hui, 20 minotiers sur les cinquante visés par le programme ont adhéré à ce projet. Notre challenge à tous est de convaincre les 30 restants de leur emboîter le pas. Néanmoins, le succès rencontré au niveau de la farine n’a pas été au rendez vous pour le sel iodé. Nous regrettons que le décret sur le contrôle du sel ne soit pas encore adopté.
Lors de sa dernière visite au Maroc et à l’occasion d’entretiens qu’il a eu avec les responsables du ministère de la Santé, Omar Abdi, Directeur Régional de l’UNICEF pour la région MENA, a relevé ce point et émis le souhait que la malnutrition dont l’impact économique est estimé à plusieurs point du PIB national constitue désormais l’une des premières préoccupations du gouvernement. Nous profitons de cette occasion pour appeler à la redynamisation de la commission interministérielle chargée de la « Nutrition » et gelée depuis plusieurs années.
Dans le domaine de l’Education, nous sommes fiers de relever que la coopération entre le Royaume du Maroc et l’Unicef a donné ses fruits. Le programme de coopération pour la période 2007-2011 capitalise fortement sur les réalisations du cycle précédent (2002-2006) qui a couvert les régions de Tanger – Tétouan, Al Hoceima, Marrakech - Tensift – Al Haouz et Souss - Massa - Draa. En effet, des performances remarquables ont été enregistrées durant cette période. Citons a titre d’exemple la chute du taux d’abandon à la délégation de Chichaoua, qui est passé de 8,08% pour les filles et 6,45% pour les garçons en 2005 à respectivement 1,60% et 0,85% en 2006. Un autre succès a été réalisé au niveau de l’Académie régionale de Marrakech. Sur les 158 écoles engagées dans le processus qualité, 84 ont connu une diminution du taux d’abandon. D’autres délégations ont aussi connu des baisses importantes de ce taux. C’est le cas de Tanger – Assila et de Chafchaouen où il est passé respectivement de 5,1% pour les filles en 2002-2003 à 0,9% en 2006 et de 6,06% à 4,4%.
En matière de protection de l’enfance, il m’est agréable de citer plusieurs initiatives entreprises durant cette année comme l’élaboration d’une étude sur les enfants en institutions au Maroc dont les résultats et les recommandations ont été discutés avec nos partenaires gouvernementaux et non gouvernementaux, l’atelier national organisé au mois de Février 2007 en collaboration avec l’Entraide Nationale dont le but est d’identifier les domaines d’amélioration pour une meilleure protection des enfants dans les programmes de l’Entraide Nationale, y compris l’adoption des normes et standards de prise en charge des enfants en institutions. Je cite aussi la transmission au Secrétariat général du Gouvernement du projet de loi sur le travail domestique des enfants dont nous souhaitons l’adoption dans les meilleurs délais, la formation de 100 personnes ressources sur la prévention de la violence et de l’exploitation des enfants dans les quatre communes rurales du Programme Rural et des wilayas de Fès et de Marrakech et la mise en œuvre d’un plan d’action local à Marrakech (ESE, travail de l’enfant dans l’artisanat) en plus du lancement du programme INQAD (incluant une stratégie de communication). Par ailleurs l’UNICEF en partenariat avec le SEFEPH a appuyé la conception d’une proposition de mise en place d’un système national de protection des enfants victimes d’abus, d’exploitation et de violence dans quatre villes pilotes en l’occurrence Casablanca, Marrakech Fès et Tanger. Les Unités de Protection de l’Enfant prévues dans ce cadre sont entrain d’être mise en place et un plan de formation complet du personnel des UPE a été développé et entièrement mis en œuvre à l’UPE de Casablanca qui va bientôt être opérationnelle. Un projet de loi sur le statut des UPE a été élaboré et transmis au Secrétariat Général du Gouvernement, il prévoit la création du poste de Délégué à la protection de l’enfant pour une meilleure institutionnalisation de ce système de protection.
Ce sont là donc de grandes avancées relevées. Néanmoins, les réalisations auraient été encore plus importantes si certains mécanismes ont été mis en place.
En effet, force est de constater que si le PANE constitue une véritable feuille de route, il pâtit d’une faiblesse majeure qui risque d’en limiter l’impact. Il s’agit de l’absence d’une budgétisation qui empêche sa mise en œuvre effective. Quel est aujourd’hui le budget exact réservé par la Loi de Finances à la promotion des droits des enfants ? Personne ne pourra vous répondre car il s’agit là d’un exercice auquel personne ne s’était jamais attaqué. Nous estimons qu’il urgent de procéder à une évaluation des besoins de la mise en œuvre du PANE afin de lui trouver les ressources nécessaires et de canaliser et optimiser leurs utilisations.
Ce programme d’action souffre aussi de l’absence d’un dispositif effectif de coordination et de suivi et surtout d’une stratégie de plaidoyer pour le faire connaître auprès des différentes parties prenantes, partis politiques, associations et parlementaires compris.
De notre côté, nous réaffirmons l’engagement de l’Unicef pour appuyer le gouvernement marocain dans la mise en œuvre des actions inscrites dans le PANE. En tant que partenaire de ce programme, j’appelle à la constitution d’un groupe de travail qui veillera à la mise en place d’indicateurs de suivi et d’évaluation qui nous permettront de préparer sur des bases sereines la rencontre de l’année prochaine.
Finalement, notre rencontre aujourd’hui nous permettra de faire le point sur les réalisations du Maroc en ce qui concerne ses engagements pour « Un monde Digne des enfants » afin de préparer la participation du Royaume à la session commémorative de l’Assemblée Générale des Nations Unies un Monde digne des enfants + 5 prévue au mois de décembre prochain.