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Résumé
I. Promesses non tenues
C’était en septembre 1990, une époque marquée par un optimisme
inhabituel dans le monde. La guerre froide était terminée et l’on
s’attendait un peu partout à ce que l’argent que l’on dépensait
jusqu’alors en armements puisse être désormais consacré au développement
humain sous la forme d’un « dividende de la paix ». Un nombre
sans précédent de présidents et autres chefs d’Etat s’étaient
réunis à New York à l’occasion du Sommet mondial pour les enfants,
alors que la communauté internationale envisageait la façon de
garantir une vie meilleure à tous les enfants.
Le Sommet mondial symbolisait les espoirs du monde pour les enfants.
Les dirigeants ont promis de ratifier la Convention relative aux
droits de l’enfant, que l’Assemblée générale des Nations Unies
avait approuvée à l’unanimité l’année précédente. Ils se sont
engagés à atteindre avant l’an 2000 des objectifs ambitieux: réduction
de la mortalité infantile, progrès de la vaccination, éducation
de base, pour ne citer que quelquesunes des nombreuses mesures
prévues. La Déclaration, à laquelle les dirigeants de la communauté
internationale ont apposé leur signature, était courageuse et
sans ambiguïté : «Le bien-être des enfants appelle la prise de
mesures politiques au plus haut niveau.» Pour la première fois
peut-être dans l’histoire, la cause des enfants se trouvait placée
au premier rang des préoccupations mondiales.
Onze ans après le Sommet mondial, les dirigeants du monde vont
de nouveau se rencontrer à New York à l’occasion de la Session
extraordinaire des Nations Unies consacrée aux enfants. Ils examineront
ce qui a été accompli au cours des années écoulées depuis la rédaction
de la Déclaration. Les données qui leur seront présentées montreront
que les progrès ont été inégaux et que le bilan est fait tout
à la fois de progrès remarquables et d’échecs décourageants.
Le rapport sur La situation des enfants dans le monde 2002 est
axé sur les initiatives que chacun doit prendre, les initiatives
qui ont permis de transformer les engagements pris au Sommet de
1990 en mesures concrètes qui ont amélioré la vie des enfants
et des familles, et les initiatives qu’il faut encore prendre
pour assurer à chaque enfant le droit de vivre en paix, en bonne
santé et dans la dignité. En présentant des modèles d’initiatives
prises par de simples particuliers, des institutions, des organisations
ou des alliances, ce rapport met en lumière la campagne «Dites
oui pour les enfants» et la Session
extraordinaire des Nations Unies consacrée aux enfants.
Objectifs atteints – ou presque
Le premier objectif du Sommet mondial consistait à réduire d’un
tiers entre 1990 et 2000 les taux de mortalité infantile et de
mortalité des moins de cinq ans. Globalement parlant, la réduction
a été de 14% — ce qui constitue un progrès important: aujourd’hui,
ce sont chaque année 3 millions d’enfants de plus qu’il y a 10
ans qui vivent audelà de leur cinquième anniversaire. Plus de
60 pays ont bel et bien atteint l’objectif d’un tiers, notamment
la plupart des pays de l’Union européenne et d’Afrique du Nord
et beaucoup de pays d’Asie orientale, d’Océanie, des Amériques
et du Moyen-Orient.
Un autre objectif capital, dans le domaine de la nutrition cette
fois, était de réduire de moitié les taux de malnutrition des
enfants de moins de cinq ans. Cet objectif a été atteint et même
dépassé en Amérique du Sud, mais pour l’ensemble du monde, le
taux n’a diminué en moyenne que de 17%. En Asie, où vivent plus
des deux tiers des enfants souffrant de malnutrition dans le monde,
la baisse des taux de malnutrition infantile a été relativement
modeste, puisqu’elle a été ramenée de 36% à 29%, tandis qu’en
Afrique subsaharienne, le nombre absolu d’enfants atteints de
malnutrition a en fait augmenté.
Dans un autre secteur, on ne s’est même pas rapproché des objectifs
fixés au Sommet mondial concernant l’accès universel en 2000 à
l’eau potable et aux moyens hygiéniques de traitement des excréments.
Le pourcentage des bénéficiaires a certes augmenté dans les deux
cas – passant de 79% à 82% pour l’eau et de 55% à 60% pour l’assainissement
mais il reste 1,1 milliard de personnes qui n’ont pas accès à
l’eau salubre et 2,4 milliards qui vivent sans installations d’assainissement
adéquates, l’immense majorité de ce dernier groupe se trouvant
en Asie.
L’objectif de l’accès universel à l’éducation de base est lui
aussi encore loin d’être atteint. Les taux nets d’inscription
dans les écoles primaires ont augmenté dans toutes les régions,
mais il y a encore plus de 100 millions d’enfants qui ne sont
pas scolarisés et un nombre encore bien plus important d’enfants
qui reçoivent une instruction de mauvaise qualité. La discrimination
à l’encontre des filles – l’écart entre les taux de scolarisation
et d’achèvement des études des garçons et ceux des filles – reste
beaucoup trop marquée, même si elle a très légèrement diminué
pour l’ensemble du monde et nettement reculé dans la plupart des
pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord.
Ce qu ’il reste à faire
L’UNICEF est déterminé à attirer l’attention de la communauté
internationale sur tout ce qui reste à faire, sur tous ces enfants
qui n’ont pas encore été secourus. Chaque enfant a un nom et une
histoire; chacun a droit à la santé, à l’instruction et à la protection,
le droit de réaliser tout son potentiel et celui d’aider à déterminer
le destin du monde où il vit. Ces droits ont été violés bien trop
souvent.
Prendre l’initiative
Les gouvernements et les institutions internationales doivent
assumer leurs responsabilités en ce qui concerne les initiatives
qu’ils prennent pour placer la question des droits et du bien-être
des enfants au premier rang des préoccupations. Et ceux qui ne
le font pas devront rendre des comptes.
Le développement durable d’un pays et la paix et la sécurité
dans le monde ne sont possibles que si les droits et le bien-être
des enfants sont garantis. Le rôle des dirigeants consiste intrinsèquement
à s’acquitter pleinement, systématiquement et à n’importe quel
prix de cette responsabilité. Celle-ci incombe essentiellement
aux chefs d’Etat ou de gouvernement, mais l’engagement et l’action
sont nécessaires à tous les niveaux: responsables et entrepreneurs
locaux, artistes et scientifiques, chefs religieux et journalistes,
sans oublier les enfants et les adolescents eux-mêmes. l’enfant.
C’est un mouvement qui monte en puissance et acquiert une force
morale que les hommes politiques ne pourront ignorer qu’à leurs
risques et périls. Dans tous ses aspects – y compris le fait que
les enfants sont des partenaires nécessaires et à part entière
– le Mouvement mondial consiste à prendre l’initiative pour les
enfants. Pendant les mois qui auront précédé la Session extraordinaire
des Nations Unies consacrée aux enfants, ce Mouvement aura mobilisé,
grâce à une campagne massive dirigée vers les simples citoyens
des villages et des villes du monde entier, l’appui de la communauté
internationale en faveur d’un programme en 10 points qui vise
à « changer le monde avec les enfants ». Jeunes et vieux sont
invités à « Dire oui pour les enfants », tout comme tous ceux
qui consultent le site www.gmfc.org sur Internet et offrent leur
participation. Le site du Mouvement mondial sur Internet a été
créé et géré par Netaid.org – qui est elle-même une co-entreprise
publique et privée associant le Programme des Nations Unies pour
le développement et la société Cisco Systems, le type même d’association
dont le Mouvement mondial encourage la création – et un autre
partenaire fondateur du Mouvement mondial en faveur des enfants,
World Vision, consent un effort particulier à sa promotion. Les
lancements nationaux de la campagne « Dire oui pour les enfants
», effectués dès mars 2001 partout dans le monde, ont été spectaculaires
tant par leur diversité que par la renommée de leurs protagonistes
: présidents et premiers ministres, célébrités musicales et sportives,
chefs religieux et écrivains ont coopéré avec des milliers d’enfants
pour « changer le monde avec les enfants ». III.Les actions qui
peuvent changer le monde Investir en faveur des enfants, c’est
tout simplement le meilleur investissement qu’un gouvernement
puisse faire. Aucun pays n’a pu se hisser au niveau
Affronter le VIH/SIDA: un défi à tous les niveaux
Le VIH/SIDA est en train d’anéantir les efforts déployés par
tous les pays du monde pour donner la priorité au développement
humain et aux droits des femmes et des enfants. Dans la région
de l’Amérique latine et des Caraïbes, par exemple, on a calculé
que 210 000 adultes et enfants ont contracté le virus en 2000,
ce qui a porté à 1,8 million le nombre total de personnes infectées
par le VIH. Haïti est le pays de la région le plus touché : on
estime que 74 000 enfants sont devenus orphelins à cause du SIDA.
Mais c’est en Afrique australe et orientale que l’épidémie fait
les ravages les plus catastrophiques. Après des décennies d’amélioration
régulière, les chiffres de l’espérance de vie s’y effondrent.
Dans un rapport présenté en février 2001 à la Session extraordinaire
de l’Assemblée générale des Nations Unies consacrée au VIH/SIDA,
le Secrétaire général de l’ONU Kofi A. Annan a dit de l’épidémie
qu’elle était « une crise de gouvernance et une insuffisance de
direction ». Et il a ajouté que « l’esprit d’initiative – tant
à l’échelle mondiale qu’au niveau local – est la meilleure arme
contre l’épidémie ». Le Secrétaire général a lancé en avril 2001
une intense campagne aux niveaux les plus élevés de la coopération
internationale, et proposé de créer un Fonds mondial pour la santé
et la lutte contre le SIDA, doté de plusieurs milliards de dollars
qui seraient versés par les gouvernements des pays donateurs et
des pays en développement, ainsi que par le secteur privé.
L ’esprit d ’initiative des gouvernements
Certains pays ont fait preuve d’un grand sens politique en reconnaissant
l’importance cruciale que revêtait l’adoption d’une politique
spécifique et en considérant qu’il fallait remuer ciel et terre
pour la faire aboutir. On en a un exemple avec la décision prise
par le Malawi en 1994 de rendre l’instruction primaire gratuite
et universelle. Cette initiative s’est avérée extraordinairement
populaire et a fait monter en flèche les statistiques de la fréquentation
scolaire, qui sont passées de 1,9 million d’enfants à 2,9 millions.
Le système scolaire a encore du mal à accueillir tous les écoliers
en puissance – mais le principe de la gratuité reste en vigueur.
Le Cambodge, la Chine et la République démocratique populaire
lao ont joué un rôle particulièrement exemplaire en matière de
vaccination. Grâce à de multiples Journées nationales de la vaccination
et en s’appuyant sur les engagements pris par les pouvoirs publics,
la Chine et la RDP lao ont toutes deux atteint l’objectif de l’éradication
de la poliomyélite à la fin de 2000. Le Cambodge a lui aussi éradiqué
cette maladie, et en trois ans seulement en dépit de redoutables
obstacles. En 2000, le pays a signalé qu’il était fermement résolu
à étendre les bienfaits de la vaccination aux populations vivant
dans des régions reculées et mal desservies, en en faisant profiter
un plus grand nombre de personnes – 65% – que jamais auparavant.
En Thaïlande, la vaccination est pratiquement universelle : le
Gouvernement finance directement le programme de vaccination
et a déclaré qu’il est en mesure de garantir qu’aucun enfant de
moins de cinq ans ne mourra d’une maladie que la vaccination permet
d’éviter. L’objectif de l’éradication de la poliomyélite a également
été atteint par les Nations insulaires du Pacifique, qui sont
en bonne position pour éliminer la rougeole et le tétanos néonatal
– sept pays de la région sont parvenus à une couverture vaccinale
de 90% et réussissent à la maintenir.
Les initiatives du secteur privé Le secteur public n’est pas
le seul, tant s’en faut, à faire preuve d’esprit d’initiative.
Il est crucial que les entreprises privées, et celles de l’industrie
pharmaceutique en particulier, montrent l’exemple dans la lutte
mondiale contre le VIH/SIDA, et nombreuses sont celles qui se
sont mobilisées suite à d’intenses pressions internationales.
La société Coca-Cola vient d’annoncer qu’elle allait utiliser
son immense réseau de distribution – qui lui permet de livrer
ses boissons non alcoolisées dans pratiquement tous les recoins
du continent africain – pour aider à approvisionner les dispensaires,
même les plus difficiles d’accès, en préservatifs, trousses de
dépistage et documentation. Coca-Cola est l’une des nombreuses
sociétés affiliées au Conseil mondial des entreprises sur le VIH/SIDA,
qui s’emploie à mobiliser le secteur privé. Ce Conseil, présidé
par William Roedy, président de MTV Networks International, compte
notamment pour membres, AOL Time Warner, DaimlerChrysler, MAC
Cosmetics et Unilever.
Certaines sociétés privées ont montré une aptitude à prendre
des initiatives d’un type différent en trouvant le moyen de permettre
au commerce de pointe de répondre aux besoins des plus pauvres.
Le géant finlandais du téléphone mobile Nokia, a pris des initiatives
sociales axées sur les enfants dans de nombreux pays. La vente
de téléphones mobiles a également profité aux enfants palestiniens:
la société égyptienne MobiNil a fait don de 140 000 dollars de
ses recettes aux programmes que l’UNICEF gère en Cisjordanie
et à Gaza. Au Bangladesh, GrameenPhone fait don à l’UNICEF de
2 dollars par téléphone mobile vendu.
L ’esprit d ’initiative des particuliers
Les particuliers qui mettent leur nom et la célébrité dont ils
jouissent auprès du public au service du bien collectif peuvent
exercer une immense influence. Un exemple classique en a été donné
en octobre 1999 lorsque 23 des intellectuels de premier plan que
comptent l’Amérique latine et les Caraïbes, parmi lesquels les
écrivains Carlos Fuentes, Gabriel García Márquez, Elena Poniatowska
and Ernesto Sábato, ont publié un manifeste émouvant et d’une
grande franchise dans lequel ils mettaient en demeure les gouvernements
et les particuliers de toute la région d’oublier leurs divergences
pour élaborer un « pacte social » en faveur de ses 192 millions
d’enfants et d’adolescents.
Sur le plan international, Nelson Mandela, l’ancien Président
de l’Afrique du Sud et Graça Machel, ancienne Ministre de l’éducation
du Mozambique et spécialiste de la question des enfants victimes
des conflits armés, se sont voués à la cause des enfants. De concert
avec l’UNICEF et d’autres organismes spécialisés dans ces questions,
ils s’emploient à obtenir des dirigeants du monde qu’ils s’engagent
à faire tout ce qu’il faudra pour offrir aux enfants un monde
digne d’eux. « L’avenir de nos enfants dépend de la capacité d’initiative
et des choix que les dirigeants font, ont-ils déclaré. Nous invitons
tous ceux que nous avons déjà invités à se joindre à nous dans
un nouveau partenariat mondial qui appelle ce changement de ses
voeux. Nous invitons ceux que nous n’avons jamais rencontrés à
s’associer à nous au sein du mouvement mondial en faveur des
enfants. »
II.«Changer le monde avec les enfants»
Depuis ses tout premiers jours, l’UNICEF invite le monde à s’intéresser
à la situation des enfants – aux nombreux laissés-pour-compte
du fonctionnement des sociétés nationales et de l’économie mondiale,
aux souffrances qu’ils endurent du fait de la pauvreté de leurs
parents, aux effets délétères de l’absence de nourriture ou de
vaccination et aux conséquences sur leur développement de leur
mauvaise santé, des mauvais traitements, de l’abandon et de l’absence
d’instruction – et prend des dispositions pour réparer ces préjudices.
Pendant les années 80, l’UNICEF a axé ses efforts sur la révolution
de la santé de l’enfant, convaincu qu’il était que des opérations
faciles à comprendre telles que la vaccination, l’allaitement
au sein et la thérapeutique de réhydratation orale sauveraient
la vie de millions d’enfants. Les résultats ont été remarquables,
ce qui montre bien que lorsqu’il y a convergence d’une volonté
politique, de connaissances et de ressources, des problèmes apparemment
insolubles peuvent être réglés.
Et puis, la Convention relative aux droits de l’enfant, adoptée
par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1989 et entrée en
vigueur un an plus tard, a profondément modifié l’engagement de
la communauté internationale envers les enfants. A l’instar de
la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, la Convention
exposait des idées essentielles sur la représentation que l’humanité
se faisait d’elle-même et constituait pour toutes les générations
futures un tournant et un point d’ancrage comme il n’y en avait
jamais eu auparavant. La Convention exprimait une vision cohérente
des droits des enfants et de la façon dont la société doit les
respecter, en se présentant comme un document juridique qui invitait
les gouvernements à accepter ses clauses, puis à rendre des comptes
à leur sujet.
Dans l’optique de la Convention, l’enfant devient un membre actif
de la famille, de la communauté et de la société. La participation
des enfants change la façon de raisonner et modifie la conception
des projets et des programmes. Pourtant, on a rarement cherché
jusqu’à présent à solliciter systématiquement l’opinion des enfants
et des adolescents. Aussi, soucieux de connaître leurs vues d’une
manière plus systématique, l’UNICEF s’est lancé dans l’organisation
d’une série de sondages d’opinion régionaux auprès des jeunes,
l’objectif à long terme étant de créer une base de données qui
aidera l’Organisation à évaluer dans quelle mesure les droits
des enfants sont respectés.
Les gouvernements doivent aussi trouver le moyen de prendre plus
sérieusement en considération les vues des enfants – et en particulier
des adolescents. La multiplication des parlements des jeunes,
par exemple, est un fait nouveau important. Certaines des démocraties
en formation d’Europe orientale et de la Communauté d’Etats indépendants
– en particulier l’Albanie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la République
de Moldova – font oeuvre de pionnières à cet égard. En Afrique
également, les parlements des enfants font leur chemin: on a
en créé sous une forme ou sous une autre dans presque tous les
pays du continent.
Le Mouvement mondial en faveur des enfants
La Convention relative aux droits de l’enfant a exercé une profonde
influence au cours de la dernière décennie du XXe siècle – et
cette influence continue de croître, lentement mais sûrement,
au fil des mois. Chaque jour voit s’élargir le public familiarisé
avec l’idée des droits de l’enfant; chaque jour, d’autres responsables
de l’administration nationale et locale s’accommodent des conséquences
de leur obligation juridique de respecter les droits des enfants;
chaque jour, les enfants et les adolescents sont plus nombreux
à réussir à faire respecter leur droit d’être écouté et de façonner
le monde dans lequel ils vivent en faisant évoluer le point de
vue des adultes. Cette vague d’opinion et de mobilisation en faveur
d’un objectif commun donne naissance à un mouvement mondial composé
d’enfants et de leur famille et de tous ceux que les droits de
l’enfant ne laissent pas indifférents.
Soucieuses de donner à ce mouvement en plein essor la possibilité
de se faire entendre, six organisations de premier plan qui travaillent
avec les enfants – Comité du Bangladesh pour le progrès rural,
Netaid.org Foundation, PLAN International, Save the Children,
UNICEF et World Vision – se sont engagées ensemble à lancer un
Mouvement mondial en faveur des enfants. Ce mouvement universel
vise à réunir tous ceux qui sont convaincus que les droits des
enfants doivent être notre priorité absolue, que nous soyons parents,
ministres, chefs d’entreprise dotés du sens des responsabilités,
enseignants ou encore spécialistes de la protection l’enfant.
C’est un mouvement qui monte en puissance et acquiert une force
morale que les hommes politiques ne pourront ignorer qu’à leurs
risques et périls. Dans tous ses aspects – y compris le fait que
les enfants sont des partenaires nécessaires et à part entière
– le Mouvement mondial consiste à prendre l’initiative pour les
enfants.
Pendant les mois qui auront précédé la Session extraordinaire
des Nations Unies consacrée aux enfants, ce Mouvement aura mobilisé,
grâce à une campagne massive dirigée vers les simples citoyens
des villages et des villes du monde entier, l’appui de la communauté
internationale en faveur d’un programme en 10 points qui vise
à « changer le monde avec les enfants ». Jeunes et vieux sont
invités à « Dire oui pour les enfants », tout comme tous ceux
qui consultent le site www.gmfc.org sur Internet et offrent leur
participation. Le site du Mouvement mondial sur Internet a été
créé et géré par Netaid.org – qui est elle-même une co-entreprise
publique et privée associant le Programme des Nations Unies pour
le développement et la société Cisco Systems, le type même d’association
dont le Mouvement mondial encourage la création – et un autre
partenaire fondateur du Mouvement mondial en faveur des enfants,
World Vision, consent un effort particulier à sa promotion.
Les lancements nationaux de la campagne « Dire oui pour les enfants
», effectués dès mars 2001 partout dans le monde, ont été spectaculaires
tant par leur diversité que par la renommée de leurs pro-tagonistes
: présidents et premiers ministres, célébrités musicales et sportives,
chefs religieux et écrivains ont coopéré avec des milliers d’enfants
pour « changer le monde avec les enfants ».
III. Les actions qui peuvent changer le monde
Investir en faveur des enfants, c’est tout simplement le meilleur
investissement qu’un gouvernement puisse faire. Aucun pays n’a
pu se hisser au niveau d’un développement appréciable et soutenu
sans investir de façon substantielle au profit de ses enfants.
Selon la Banque mondiale, l’un des facteurs importants qui, parallèlement
à une bonne gestion macro-économique, expliquent pourquoi les
pays d’Asie orientale ont nettement mieux réussi leur développement
économique, dans les années 70 et 80, que ceux d’Afrique subsaharienne
est le fait qu’ils avaient investi des sommes considérables en
faveur des enfants au cours des décennies anté-rieures. En d’autres
termes, ils récoltaient ce qu’ils avaient semé au cours des années
50 et 60 dans le terrain fertile de la santé, de la nutrition
et de l’éducation des enfants.
Impulsions stratégiques
Les décisions des dirigeants politiques ont des répercussions
importantes sur la vie privée des familles, des premières années
d’un enfant jusqu’à l’âge scolaire; sur les années d’apprentissage,
correspondant environ à l’âge de la scolarité primaire; et sur
l’adolescence, période où l’enfant s’efforce d’appréhender toute
la complexité du monde.
Le développement du jeune enfant
L’importance primordiale du développement du jeune enfant est
beaucoup plus communément acceptée qu’elle ne l’était au moment
du Sommet mondial pour les enfants, en 1990. Il ne saurait y avoir
de développement humain si la petite enfan-ce ne fait pas l’objet
de soins de qualité. Ces soins sont également un droit fondamental.
Les dirigeants de tous les pays du monde doivent s’assurer que
la naissance de chaque enfant, sans exception, est enregistrée;
que tous les enfants peuvent vivre les premières années de leur
vie à l’abri de la vio-lence et des mauvais traitements; et qu’ils
ont accès à une nutrition suffisante, à l’eau salubre, à des ins-tallations
d’assainissement adéquates et à des soins de santé de qualité.
Et, chose tout aussi importante, les collectivités doivent s’assurer
que les besoins des enfants en matière de développement intellectuel
et affectif sont satisfaits; que des activités d’éveil et d’apprentissage
leur sont proposées de bonne heure et que leurs parents et autres
dis-pensateurs de soins primaires reçoivent des informations et
un appui suffisants pour pouvoir offrir un cadre protecteur et
enrichissant. Si les gouvernements centraux et les administrations
locales se croisent les bras, ils feront une erreur qui leur coûtera
cher – et ils manqueront en même temps aux obligations morales
et juridiques qu’énonce la Convention relative aux droits de l’enfant.
S’ils sont de bonne qualité, les programmes de développement
de la petite enfance englobent tous les objectifs de la survie
de l’enfant auxquels l’UNICEF est traditionnellement associé :
santé maternelle, accouchement sans risques, examens médicaux
postnatals réguliers, vaccination, encou-ragement de la croissance
par allaitement au sein, alimentation complémentaire et apport
de micro-nutriments, et éducation des parents en matière de nutrition
et de santé. Mais ils s’étendent également au développement mental,
social, affectif et spiri-tuel des enfants pendant les premières
années de la vie, c’est-à-dire tant aux soins physiques et psy-chosociaux
qu’ils reçoivent qu’aux activités d’éveil auxquelles ils prennent
plaisir.
L ’éducation de base
La nécessité d’investir dans une éducation de base de qualité
– en particulier dans celle des filles – a été démontrée de façon
convaincante. L’éducation enrichit la vie et ouvre de nouvelles
perspectives à tous.
Par ailleurs, les filles qui ont la possibilité d’aller à l’école
améliorent généralement non seulement leurs chances, mais aussi
celles de leurs enfants et de leur famille à venir – et de l’ensemble
de la société. On a démontré que l’instruction des filles réduit
la mortalité infantile, améliore la santé et la nutrition des
enfants, améliore la santé des femmes et freine l’accroissement
démographique, car en général les femmes instruites se marient
plus tard et ont moins d’enfants. Les pays qui investissent dans
une instruction dispensée dans des conditions d’égalité aux filles
et aux garçons récol-tent d’énormes dividendes pour le développement.
Adolescence
Les enfants plus âgés sont les plus exposés à cer-taines des
graves menaces pour les droits des enfants – le VIH/SIDA, l’exploitation
sexuelle, l’ex-ploitation que constitue le travail des enfants,
le fait d’être pris dans un conflit ou enrôlé comme soldat. Les
adolescents sont exposés à ces risques alors qu’ils manquent souvent
des informations, aptitudes et services d’appui dont ils auraient
besoin. Mais là encore, les gouvernements qui ont rati-fié la
Convention relative aux droits de l’enfant doivent accepter que
les adolescents ont des droits inaliénables qui sont manifestement
méconnus aujourd’hui. Les adolescents ont le droit de rece-voir
des informations pertinentes et fiables de multiples sources,
parmi lesquelles les parents, les enseignants, les médias et les
éducateurs de leur âge. Ils ont le droit, alors qu’ils sont à
la recherche de leur identité et de leur indépendance propres,
de se voir inculquer les aptitudes à la vie quoti-dienne – aptitude
à la négociation, à la résolution des conflits, à la pensée critique,
à la prise de décision, à la communication et aux moyens d’assurer
sa subsistance. Le fait de garantir ces droits peut aider non
seulement les jeunes, mais l’ensemble de la société.
Responsabilités sans frontières
Les incitations économiques à investir en faveur des enfants
ne font défaut dans aucun pays. Chaque Etat ayant ratifié la Convention
relative aux droits de l’enfant est tenu de réaliser tous les
droits des enfants reconnus par la Convention «dans toute la mesure
de ses ressources disponibles» et a accepté l’obligation juridique
et morale de partir du princi-pe de l’intérêt supérieur de l’enfant
lorsque des décisions économiques difficiles doivent être prises.
A tous les niveaux, les ministres des finances et les institutions
financières doivent assumer leurs res-ponsabilités en ce qui concerne
les modalités d’utilisation des deniers publics pour investir
en faveur des enfants.
La Convention ajoute toutefois son propre avenant en stipulant
que « le cas échéant », les ressources doivent être recherchées
« dans le cadre de la coopération internationale ». Les pays en
développement doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir mais
il n’est que trop clair que la plupart d’entre eux n’atteindront
les objectifs fixés pour 2015 et réaffirmés par la communauté
internationale au Sommet du Millénaire que moyennant une augmentation
importante de l’aide extérieure – et une utilisation massive des
ressources procurées par l’allégement de la dette.
L’Initiative en faveur des pays lourdement endettés, qui était
au départ très circonscrite et qui a été mise en place avec une
lenteur désespérante, commence enfin à produire des effets. Au
début de 2000 encore, l’Initiative n’avait permis d’alléger la
dette que de quatre pays: la Bolivie, le Guyana, le Mozambique
et l’Ouganda. Aujourd’hui, sa version «renforcée» a enfin commencé
à changer les choses: quelque 22 pays pauvres bénéficient d’allégements
divers qui devraient finir par représenter quelque 34 milliards
de dollars et aider à ramener le montant de leur dette à un tiers
de ce qu’il était au début du processus.
Autre fait nouveau très bien accueilli, les pays du G7 ont annoncé
la remise de 100% de la dette bilatérale qu’avaient contractée
à leur égard les pays pouvant prétendre au bénéfice de l’Initiative
susmentionnée. Les pays qui revendiquent un rôle prépondérant
dans l’économie mondiale doivent aller au-delà des promesses non
tenues du siècle dernier. Ils doivent répondre à l’appel du Directeur
général du FMI, Horst Köhler, qui voudrait voir lancer «une campagne
de mobilisation du public pour faire adopter par tous les gouvernements
et parlements des pays membres de l’OCDE des mesures permet-tant
d’atteindre l’objectif de 0,7% avant la fin de cette décennie».
Cet appui du public ne devrait pas être difficile à obtenir :
un sondage réalisé récemment aux Etats-Unis a permis de constater
que les personnes interrogées pensaient que leur gouvernement
consacrait nettement plus de 20% du budget fédéral à l’aide extérieure.
Quand on leur a demandé ce qu’elles considéraient être un taux
approprié d’aide extérieure, la moyenne de leurs réponses était
de 14% du budget.
Un événement des plus encourageants s’est produit à Londres en
février 2001. Le Ministre des finances du Royaume-Uni, Gordon
Brown, et la Secrétaire chargée du développement international,
Clare Short, avaient organisé une conférence d’une journée sur
le thème de l’action internatio-nale contre la pauvreté des enfants.
Cela marquait un infléchissement notable de l’axe des préoccupations.
Les ministres des finances de presque toutes les régions du monde
avaient été invités à cette conférence, de même que les directeurs
de la Banque mondiale et du FMI et des délégations des principales
organisations de l’ONU et d’ONG. C’était admettre que les objectifs
de développement que la communauté internationale s’est engagée
à atteindre d’ici à 2015 n’ont une chance de l’être que si toutes
les parties collaborent en s’engageant nettement plus à fond qu’elles
ne l’ont fait jusqu’à présent – et, tout particulièrement, que
si l’on peut compter sur les ministres des finances et les institutions
financières internationales, qui contrôlent les ressources.
S’exprimant lors de la même conférence à la faveur d’une liaison
par satellite, Nelson Mandela a placé les participants devant
leurs responsabilités : « Les enfants doivent être au centre des
préoccupa-tions mondiales. Nous devons revoir les stratégies de
lutte contre la pauvreté de façon à donner la priorité aux investissements
à réaliser pour les enfants ».
Parmi les initiatives qui ont vu le jour lors de cette conférence,
citons la proposition du Gouvernement italien, qui se prévalait
de la position dominante qu’il occupait en assumant la présidence
des pays du G7, tendant à créer un Fonds d’affectation spéciale
pour la santé auquel les 1 000 plus grosses sociétés du monde
verseraient un don d’au moins 500 000 dollars chacune. Les gouvernements
des pays indus-trialisés feraient alors une contribution d’un
montant identique, l’objectif consistant à ce qu’il soit versé
au fonds au moins 1 milliard de dollars. Cette somme pourrait
aider les pays à atteindre les objectifs de santé fixés pour 2015.
La Session extraordinaire consacrée aux enfants
La Session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations
Unies consacrée aux enfants, en septembre 2001, est l’aboutissement
d’années de travail de milliers d’organisations. Elle aura été
précédée, comme le sont toutes les grandes conférences des Nations
Unies, par une série de réunions préparatoires au cours desquelles
les principales questions ont été analysées et débattues et des
principes directeurs et des objectifs auxquels les gouvernements
nationaux seront invités à souscri-re, ont été élaborés et révisés
après des débats acharnés.
Un éventail très large d’organisations de la société civile travaillant
avec les enfants et pour eux ont d’entrée de jeu activement participé
au débat. Les représentants des ONG ont eu accès aux préparatifs
et ont fourni une contribution importante aux projets de documents.
Ces organisations ont constitué une alliance destinée à amener
le monde à prendre au sérieux l’idée selon laquelle les enfants
ont des droits fondamentaux et qu’ils doivent pouvoir compter
en priorité sur notre énergie, notre dévouement et nos ressources.
Au demeurant, il s’agit d’une alliance qui ne vise pas simplement
à se faire l’écho des besoins et des préoccupations des enfants,
mais entend reposer sur leur participation. Le droit de participation
des enfants ne saurait être plus approprié que dans le cadre de
la Session extraordinaire et des principales réunions qui l’auront
précédée. C’est ainsi qu’à Jomtien (Thaïlande) a eu lieu en avril
une rencontre sans précédent entre des enfants âgés de 11 à 18
ans venus de tous les pays d’Asie orientale. Ils se sont rencontrés
pour débattre des problèmes des enfants de la région, exprimer
la façon dont ils pensent que les choses devraient évoluer et
formu-ler leurs propres recommandations à l’intention des gouvernements
et des ONG qui participeront à la Session extraordinaire. Au cours
du même mois, des enfants de 27 pays d’Europe et d’Asie centrale
se sont rencontrés à Budapest pour travailler à l’élaboration
d’un Programme des jeunes pour l’Europe et l’Asie centrale. Dans
la même veine, un Forum régional des jeunes s’est tenu à Amman
en novembre 2000, auquel ont participé des enfants du Moyen-Orient
et d’Afrique du Nord : ils ont souligné que les enfants doivent
être associés à tous les efforts visant à mettre fin à l’inégalité,
à la violence et à l’injustice, lesquelles mettent à mal les droits
des enfants et le développement humain. Et en avril 2001, à Katmandou,
un groupe appelé The Change Makers, qui représente les enfants
des huit pays d’Asie du Sud, a présenté sa conception de l’avenir
à des chefs d’entreprise de la région.
Un monde digne des enfants
La Session extraordinaire constituera pour les pays du monde
l’occasion de rompre avec une tradition qui fait que l’on laisse
des centaines de millions d’enfants se débattre dans la pauvreté.
Exploités dans le travail, condamnés à avoir faim tous les jours,
ils ne bénéficient d’aucune instruction. Les délégués à la Session
extraordinaire auront la possibilité de participer à la création
d’un monde digne des enfants en l’espace d’une génération.
Nous avons beaucoup appris au cours de plusieurs décennies de
développement sur la façon dont les promesses peuvent être abandonnées
ou esquivées – ce qui aboutit toujours à faire des enfants les
principales victimes de la trahison. Nous avons appris que les
objectifs doivent être spécifiques, circonscrits dans le temps
et mesurables – et que les progrès accomplis dans leur réalisation
doivent être suivis et examinés de près. Il sera donc demandé
aux représentants à la Ses-sion extraordinaire de s’engager en
faveur d’objectifs concrets concernant:
- la santé de l’enfant
- l’éducation
- la lutte contre
- le VIH/SIDA et
- la protection des
enfants contre les mauvais traitements, l’exploitation ou la
violence.
Mais on leur demandera d’aller au-delà et d’ac-cepter de rendre
compte de leurs progrès ou de leurs échecs.
A la Session extraordinaire, les gouvernements doivent montrer
qu’ils ont fini par comprendre que, dans l’intérêt de tous, il
faut donner la priorité aux droits des enfants. Comme l’a dit
Nelson Mandela, « tout pays, toute société qui ne se soucie pas
de ses enfants n’est en aucune façon une nation ».
C’est maintenant au tour de ceux qui détien-nent le pouvoir politique
et sont investis de la confiance de leurs administrés de favoriser
le chan-gement. Cette responsabilité capitale leur incombe et
ils doivent saisir les possibilités qui se présenteront. Les millions
de personnes qui, dans tous les pays du monde, se sont engagées
à soutenir la cause des droits des enfants vont observer avec
une attention inégalée la façon dont ils s’y prendront. Ceux qui
aiment à s’appeler dirigeants doivent donner tout ce qui sera
nécessaire – et rien de moins – pour créer un monde digne des
enfants.
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