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Déclic, les enfants photographient leurs droits

 

Déclic, les enfants photographient leurs droits

© UNICEF/MLIA2009/Dounaba
Un jeune enfant est assis sur les genoux d’une femme au marché à Bamako, la capitale.

Par Ruth Ayisi

Ils se sont levés d’un bond en entendant l’annonce de leur victoire. Chacun s’est précipité sur la scène, en faisant de larges sourires aux nombreux appareils photos braqués sur eux.

Il ne s’agissait pas d’une grande cérémonie de remise de prix. Les gagnants et ceux qui prenaient les photos étaient tous des enfants ayant participé à un atelier photographique en septembre 2009 dans la capitale du Mali, à Bamako. Cet atelier était organisé par l’ONG locale « Association des Enfants et Jeunes Travailleurs » (AEJT) et appuyée par l’UNICEF. Ce sont les enfants eux-mêmes qui ont voté pour les meilleurs photographes et chacun avait l’air de s’amuser en se réjouissant du travail des uns et des autres.

Avant cet atelier de cinq jours, parmi les filles et les garçons âgés de neuf à dix-sept ans originaires de divers milieux sociaux, nombreux sont ceux qui n’avaient jamais utilisé d’appareil photo. A la fin de l’atelier, non seulement la plupart d’entre eux maniaient avec beaucoup d’adresse la photographie numérique, mais ils avaient également appris à utiliser l’image pour transmettre des messages forts sur les droits des enfants au Mali, l’un des pays les plus pauvres au monde. La photo ayant reçu le plus de votes par rapport à la force de son message montrait un jeune garçon mendiant au marché.

« On peut utiliser la photographie pour montrer les difficultés que rencontrent les enfants, afin que les gens leur viennent en aide », explique Kany Sylla, 16 ans, élue meilleure photographe par les autres enfants. Dounamba Traoré, 15 ans, a arrêté l’école parce qu’elle était malade. « Ma photo préférée était celle d’un enfant qui vendait des allumettes. Plus tard je voudrais aider les enfants en situation difficile », affirme-t-elle.

Séga Diallo, 16 ans, explique : « Je veux utiliser les photos pour montrer la souffrance des enfants dans les rues, en particulier celle des mendiants ».

Moustaph, 15 ans, qui va à l’école coranique, explique : « J’ai appris qu’en zoomant sur un petit détail on pouvait dire beaucoup de choses. Par exemple, les pieds nus d’un enfant peuvent évoquer la pauvreté ».

Marcel Rudasingwa, le représentant de l’UNICEF au Mali, a fait ce commentaire : « nous devons continuer à laisser de la place aux enfants pour qu’ils communiquent leurs idées afin que nous comprenions leur vision du monde et les besoins qu’ils ressentent. Cette exposition leur a permis d’exprimer à travers des images les différents aspects des droits des enfants, notamment dans les secteurs de la santé, la nutrition, la protection de l’enfance, l’éducation et le jeu ».

Les meilleures des centaines de photographies prises par les enfants ont été sélectionnées pour être exposées lors des rencontres de Bamako en 2009 – la huitième biennale de la photographie africaine en novembre et décembre, en commémoration du vingtième anniversaire de l’adoption de la CDE.

Les enfants apprennent à identifier les thèmes, les motifs et les détails inhérents au processus la photographie.

Giacomo Pirozzi, le photographe international qui a animé l’atelier, a d’abord projeté les images des enfants qu’il avait pris à travers le monde sur un grand écran pour les montrer aux enfants. « Ils voient comment vivent les autres enfants dans les autres pays et peuvent s’y identifier », explique M. Pirozzi. « Ils commencent à comprendre en quoi consiste la photographie et comment ils peuvent l’utiliser. Puis au moment où ils doivent choisir ce qu’ils prendront en photo, ils comprennent immédiatement que c’est une bonne occasion pour parler de leur monde ».

Pourtant, ça n’a pas été aussi facile que le croyaient les enfants. Au départ, ni la météo ni les sujets ne leur ont facilité la tâche. La première matinée où ils devaient aller faire des photos en extérieur, il tombait des trombes d’eau. Quand le temps s’est amélioré, une foule de gens en colère s’est mise en travers de leur chemin au marché. Même Kany, la plus téméraire du groupe, a été intimidée et a rangé son appareil photo.

Enfin, un jeune adolescent s’est présenté à eux. « Je suis Alasan », a-t-il dit. Alasan, un garçon de 14 ans vivant dans la rue, avait répondu aux questions de l’UNICEF quelques mois auparavant après avoir retrouvé sa mère par le biais d’une ONG. Il se retrouvait à nouveau dans la rue, cette fois à Bamako, à 500 kilomètres de chez lui. En constatant le rapport chaleureux entre Alasan et les animateurs, les autres jeunes du marché se sont détendus et plusieurs ont accepté d’être photographiés. Les enfants ont appris qu’il était important d’établir un bon rapport avec leurs sujets.

Alasan représente plusieurs des défis auxquels est confronté le Mali. Il est vulnérable à toutes sortes d’abus. Dans une étude menée au Mali en 2008 avec l’appui de l’UNICEF sur les connaissances, les attitudes et les pratiques relatives aux droits des enfants et des femmes, seulement 4 enfants sur 10 prétendaient connaître leurs droits, 9 enfants sur 10 déclaraient avoir été victimes d’une forme de violence physique et 8,8 pour cent qu’ils avaient été victimes de la traite d’enfants. De nombreux enfants sont aussi victimes d’autres formes d’exploitation.

Quelques avantages peuvent être soulignés, précise M. Rudasingwa, les décideurs sont plus conscients des droits des enfants. Par exemple, il existe des protocoles entre le Mali et la Guinée, ainsi qu’entre le Mali et la Côte d’Ivoire contre la traite d’enfants, afin de protéger les enfants qui sont emmenés dans des pays voisins pour travailler dans les plantations le plus souvent. « Des résultats ont été constatés et des progrès ont été faits. Mais ça n’est pas assez. Nous devons organiser des interventions rentables qui permettent des résultats à grande échelle. Le gouvernement, la société civile et tout particulièrement les communautés elles-mêmes doivent être pleinement impliqués et se positionner en partenaires actifs plutôt qu’en simples bénéficiaires. Les enfants ont aussi leur rôle à jouer, ils doivent notamment partager leur expérience et leur vision du monde. Il est très important de laisser s’exprimer la voix des enfants de différents milieux sociaux, comme l’a permis cet atelier.

 

 
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