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Les enfants touchés par le VIH ont peu de possibilités de s’exprimer

Déclic, les enfants photographient leurs droits

 

Les enfants touchés par le VIH ont peu de possibilités de s’exprimer

© UNICEF/MLIA2009/Kany
Un enfant photographie son reflet dans l’eau, dans une rue de Bamako, la capitale.

Alors que sa mère annonçait avec discrétion sa séropositivité en langage codé lors d’un entretien dans un bureau isolé, Oumou, douze ans, essayait d’entendre la conversation, cachée derrière une épaisse porte en verre.

Une fois repérée, elle a couru à l’autre bout du couloir et a disparu.

Sa mère n’avait pas l’air inquiète. Oumou ne risquait pas d’être rassurée sur la santé de sa mère après avoir épié cette conversation. Pourtant, plus tôt dans le mois, Oumou avait saisi l’occasion de participer à des discussions afin de mieux comprendre les problèmes relatifs à son entourage.

Elle avait hâte de participer à un atelier photographique pour les enfants, mené en septembre 2009. Organisé par l’ONG locale, l’ « Association des Enfants et Jeunes Travailleurs » (AEJT) et appuyée par l’UNICEF, l’atelier a représenté l’opportunité pour un groupe d’enfants maliens de s’exprimer à travers la photographie. Parmi les centaines de photographies prises par les enfants, les meilleures ont été présentées en novembre 2009 dans le cadre d’une exposition à Bamako, la capitale du Mali, lors de la 8ème rencontre biennale de photographie africaine à Bamako pour commémorer le 20ème anniversaire de l’adoption de la Convention relative aux Droits de l’Enfant (CDE).

Les 7 filles et 11 garçons, âgés de 9 à 17 ans, sont venus de différents milieux sociaux. Certains allaient à l’école et d’autres ne suivaient pas d’enseignement scolaire. Certains enfants devaient travailler pour compenser les faibles revenus de leur famille et d’autres, comme Oumou, étaient affectés par le VIH. « La richesse de l’exposition émanera de cette diversité », a commenté Marcel Rudasingwa, représentant de l’UNICEF au Mali.

Oumou a souvent parlé avec les animateurs après les sessions à l’atelier, en les tenant affectueusement par le bras. Elle était fascinée par les photographies prises par Giacomo Pirozzi, le photographe international responsable de l’atelier. Parmi les nombreux enfants qu’il a photographiés dans différents pays à travers le monde, beaucoup avaient souffert de la guerre, de catastrophes naturelles, du VIH/SIDA, et nombreux sont ceux dont les droits de base avaient été niés.

Lors des sessions pratiques, Oumou a pris de nombreuses photographies d’enfants travaillant ou mendiant pour survivre. « J’arrive à montrer ce que je pense avec les photos », a-t-elle expliqué. Sa photo préférée était celle d’un jeune garçon se faufilant au milieu des embouteillages pour essayer de vendre des dates séchées. « Il ne devrait pas être obligé de travailler dans les rues, c’est dangereux », a-t-elle fait remarquer, indignée.

Depuis l’adoption de la CDE, on constate une meilleure connaissance des droits des enfants dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Pourtant, dans la pratique, la plupart des enfants et des femmes n’ont pas souvent la possibilité d’exprimer leur point de vue. Comme l’a montré une étude récente appuyée par l’UNICEF sur les connaissances, les attitudes et les pratiques relatives aux droits des enfants et des femmes, seulement quatre enfants sur dix et une femme sur trois disent connaître leurs droits.

Le sujet du VIH/SIDA est rarement abordé. L’une des raisons est que le taux de prévalence du Mali est relativement peu élevé; environ seulement 1,3 pour cent de la population vit avec le virus. Pourtant, la stigmatisation et la méconnaissance du VIH sont courantes et représentent l’obstacle majeur pour le soutien des enfants vivant et étant affectés par le VIH/SIDA.

Oumou croit que son père est décédé d’un accident du travail, alors qu’il était en fait séropositif et a été emporté par la tuberculose. Elle n’avait que six mois. La mère d’Oumou l’a envoyée en Côte d’ivoire chez sa grand-mère jusqu’à ses sept ans. En rentrant au Mali, Oumou a été choquée d’apprendre que sa mère allait bientôt mourir. Sa mère s’en souvient : « J’étais tellement maigre et faible qu’en me voyant elle s’est mise à pleurer ».

Oumou est devenue l’une des principales auxiliaires de sa mère lorsque sa famille l’a rejetée en apprenant qu’elle était séropositive. « Elle allait à l’école puis rentrait à la maison s’occuper de moi », raconte sa mère. « Elle me demande souvent pourquoi je prends encore des médicaments, que nous récupérons auprès d’ARCAD-SIDA », l’un des principaux organismes du Mali traitant les personnes vivant avec le VIH/SIDA et proposant également un soutien psychologique.

« Elle demande pourquoi nous allons là-bas et si ça n’est pas là que les personnes qui ont le SIDA vont chercher des médicaments ».

Sa mère maintient qu’Oumou est trop jeune pour comprendre son statut VIH. L’opinion du Dr Bintou Dembélé, le directeur général d’ARCAD-SIDA, est différente. Oumou « est dans une situation difficile. Le dialogue entre les parents vivant avec le VIH/SIDA et leurs enfants est pauvre et même avec les médecins cela peut être délicat. Les médecins s’occupent du problème médical, mais peu d’entre eux abordent les problèmes psychologiques ».

Lorsqu’on lui a demandé ce qu’elle faisait à ARCAD-SIDA, Oumou a répondu « quand j’y vais, je joue avec les autres enfants. Je sais que l’organisme protège les enfants et donne des médicaments pour le SIDA. Je sais que le SIDA est une maladie grave ». Elle a eu l’air mal à l’aise. La discussion s’est à nouveau portée sur l’atelier. Oumou ne pouvait contenir son impatience. « J’ai pris tellement de photos ! Plus tard je voudrais être journaliste » a-t-elle affirmé.

 

 
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