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20 000 enfants maintenus à l’école pendant le conflit à Gao

Par Ismail Maiga et Cindy Cao

GAO, 9 August 2013 - Sur les décombres de la guerre, l’école a survécu. Le 31 mars 2012, Gao, la plus grande ville du Nord du Mali tombait entre les mains de groupes armés. Depuis, hommes, femmes, enfants, jeunes et vieux, beaucoup l’ont quittée et fui l’occupation. Mais Madame Touré Ouleymatou Maïga, elle, a décidé de rester. Son engagement : assurer l’éducation des enfants de Gao.

On l’appelle familièrement « Woura », ce qui signifie « or » en langue Songhaï. Madame Touré est résolument une femme en or. « Plutôt mourir que de quitter ma communauté » dit-elle. Professeur d’enseignement secondaire général, elle est aussi Directrice du Centre d’animation Pédagogique (CAP). On la connait pour avoir travaillé d’arrache-pied à la réouverture des écoles avec le Comité de crise et les enseignants restés sur place. Résultat : plus de 20 000 enfants de Gao ont pu suivre leur scolarité pendant la durée de l’occupation.  « Si l’on ne maintient pas les enfants à l’école, ils tomberont dans l’effort de guerre, comme chair à canon » explique-t-elle. 

Au lendemain de l’attaque de Gao, une structure a été créée pour servir d’interface entre la population et les forces occupantes. Au sein de ce groupe de concertation qui rassemblait, du côté civil, des chefs traditionnels et coutumiers, des leaders religieux, et d’autres représentants, Madame Touré était la seule femme. Au cours des négociations, des concessions ont été faites : le port obligatoire du voile, l'interdiction de faire du sport pour les filles et la séparation filles / garçons dans les salles de classes. L'essentiel était de ne pas interrompre l'éducation des enfants.

Madame Touré se souvient avec émotion de la réouverture du CAP : « Les cours avaient démarré avec les moyens du bord. Des craies, des cahiers et des stylos avaient été rassemblés par la bonne volonté des communautés. Les familles ravitaillaient l’école en thé, en eau fraiche et autres boissons. Les parents d’élèves voulaient soustraire leurs enfants à la merci des groupes armés qui pouvaient enrôler les garçons ou marier les filles  de force. » C’est une victoire : le CAP de Gao compte aujourd’hui 31 681 élèves fins prêts pour les examens scolaires spéciaux.

Nouveaux défis

Aujourd’hui, les écoles de Gao en état de fonctionnement sont ouvertes mais le manque d’enseignants se fait cruellement sentir. Les équipements aussi viennent à manquer. Les enseignants racontent que durant l’occupation, les tables–bancs ont servi de bois de chauffe pour les groupes armés. En conséquence, les enfants se trouvent aujourd’hui, assis à même le sol, dans des classes en surnombre, allant jusqu’à 120 élèves.

Le gouvernement, avec l’appui de l’UNICEF, vient soutenir l’initiative de Madame Touré dans le cadre de « Retour à l’école», une réponse urgente à la situation de milliers d’enfants, affectés directement par le conflit. Plus de 46 000 kits pour élèves ont été acheminés à Gao début mai 2013 et d’autres sont prévus pour l’ensemble des élèves qui ont repris le chemin de l’école. De plus, une évaluation des besoins est en cours, notamment sur les écoles ayant des besoins en réhabilitation et en mobilier scolaire. Renforcer le système éducatif, c’est construire la paix et l’avenir du pays. 

 

 
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