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Congo Brazzaville: Stratégie nationale de protection des droits des peuples autochtones (Leçons apprises)

Year: 2007
Major Area: Child Protection
Language: French

Résume

En République du Congo, les populations autochtones, communément appelées pygmées, environ 10% de la population totale, sont concentrées dans 4 départements sur les 12 qui constituent le territoire congolais. Les populations autochtones souffrent de marginalisation, d’accès difficile aux services sociaux de base, à la terre et aux ressources sylvestres, de discrimination et de non reconnaissance de droits fondamentaux, d’analphabétisme, d’exploitation économique, de pauvreté et d’impuissance, de manque d’habilitation  à revendiquer leurs droits. Des enquêtes nationales, y compris l’Enquête démographique et de santé (EDS, 2005), appuyées par l’UNICEF ont mis en lumière leur profonde vulnérabilité. En effet, plus de 50% d’enfants autochtones n’ont pas d’actes de naissance, alors que la proportion dans la population totale est de 19%. 65% des adolescents autochtones de 12 à 15 ans ne sont pas scolarisés, comparés à 39% dans la population générale.

L’UNICEF a appuyé un processus stratégique de plaidoyer, de mobilisation sociale et de renforcement des capacités pour aboutir à la formulation d’une stratégie nationale sur la question autochtone. Ce processus a impliqué les populations autochtones du Congo elles-mêmes, les organisations de la société civile, le gouvernement, les organismes internationaux et agences de coopération ainsi que les médias, mais aussi les parties prenantes de la sous région concernée par la question autochtone.

Leçons apprises

Cette expérience nouvelle inspire quelques leçons apprises. La première, à l’évidence, la question autochtone est politiquement et socialement très sensible ; néanmoins, un diagnostic fait de façon consensuelle constitue un gage de compréhension commune et d’obtention de l’engagement des parties prenantes (gouvernement, acteurs privés nationaux et internationaux, bénéficiaires) dans le processus de changement. La seconde, les peuples autochtones sont enlisés dans le cercle vicieux de la marginalisation et de l’impuissance ; alors, il n’y a pas de projet réussi sans leur appropriation ; ils doivent être des partenaires à part entière et participer à toutes les décisions qui les concernent. La troisième, la protection des plus vulnérables est souvent un sujet marginal ; des projets réussis servent d’outil essentiel de plaidoyer pour le fundraising, l’indispensable engagement financier dans la durée et le passage à l’échelle. La quatrième, en Afrique centrale, du Gabon à l’Ouganda en passant par le Cameroun, le Congo, la Centrafrique, la République Démocratique du Congo, les peuples autochtones vivent les mêmes problèmes, le même déni de droits, les mêmes discriminations ; d’où la nécessité de renforcer la concertation sous régionale pour une réponse coordonnée et efficiente.

Problème

En République du Congo, les populations autochtones, communément appelées pygmées, représentent environ 300.000 personnes, soit près de 10% de la population totale, et qui sont concentrées dans 4 départements sur les 12 qui constituent le territoire congolais. Plus pauvres parmi les pauvres et les plus démunies de droits à la survie, au développement, à la protection et à la participation, les populations autochtones souffrent de marginalisation, d’accès difficile aux services sociaux de base, à la terre et aux ressources sylvestres, de discrimination et de non reconnaissance de droits fondamentaux, d’analphabétisme, d’exploitation économique, de pauvreté et d’impuissance, de manque d’habilitation à revendiquer leurs droits.

Des enquêtes nationales, y compris l’Enquête démographique et de santé (EDS, 2005), appuyées par l’UNICEF ont mis en lumière leur profonde vulnérabilité (cf. «l’analyse de la situation des enfants et des femmes autochtones au Congo, 2006 », « l’évaluation des connaissances, attitudes et pratiques des peuples autochtones en prévention du VIH/SIDA et l’accès aux services sociaux de base, 2006 », « l’enquête démographique et de santé (EDS, 2005) »). En effet, plus de 50% d’enfants autochtones n’ont pas d’actes de naissance, alors que la proportion dans la population totale est de 19%. 65% des adolescents autochtones de 12 à 15 ans ne sont pas scolarisés, comparés à 39% dans la population générale.

Alors que le taux de mortalité infanto juvénile est de 117 pour mille au Congo, il est probable qu’il soit supérieur à 250 pour mille pour les enfants autochtones. 26% des enfants congolais de moins de 5 ans souffrent de malnutrition chronique, mais le taux est supérieur à 40% chez les enfants autochtones selon des données partielles. 50% de jeunes autochtones ont eu leur première expérience sexuelle à 13 ans, comparées à 31 % de femmes dans la population générale, outre la fréquence élevée des violences sexuelles dont les filles et femmes autochtones sont les victimes.

Les causes de cette situation sont profondes et multiples. Singulièrement, la dispersion géographique dans des zones de forêt souvent inondées et difficiles d’accès ne facilite pas l’accès aux services sociaux de base et en décuple le coût. Cette déficience dans l’offre se combine avec un manque d’adaptation à leurs spécificités culturelles, souvent associées à la discrimination et à la marginalisation.

Stratégies

En réponse aux dénis de droits répertoriés, l’UNICEF en partenariat avec le gouvernement, a privilégié une vision holistique et multisectorielle. Le fondement en est l’approche droits/genre, en vertu du principe d’universalité et d’indivisibilité des droits. D’abord, il a été déterminant de documenter la question autochtone (film de plaidoyer «Nous les pygmées» et rapport de situation), en vue de partager l’information fiable et d’en faciliter la compréhension. De même, nous nous sommes familiarisés avec le contexte et avons entretenu une présence de proximité par l’organisation d’ateliers de planification décentralisée et participative, la mise en œuvre du paquet d’interventions essentielles d’accès des plus vulnérables aux services sociaux de base et les visites de suivi dans les zones de convergence, afin de mieux apprendre et démontrer les solutions possibles. En outre, nous avons développé un plaidoyer positif, notamment en appuyant l’organisation du Forum international des peuples autochtones d’Afrique centrale (FIPAAC) et de l’atelier de consultation nationale sur la question autochtone. L’UNICEF a enfin contribué au renforcement des capacités des associations et leaders autochtones en vue d’accroître leur participation citoyenne.

Résultants

Le résultat majeur est d’avoir dessiné un processus, une stratégie nationale sur la question autochtone. En ce sens, on note un début d’engagement et de reconnaissance du problème par les décideurs politiques et la société, l’intégration des préoccupations dans le volet protection sociale à travers les processus de programmation nationale (DSRP, CCA/UNDAF, CPD), l’existence du Réseau National des Peuples Autochtones du Congo (RENAPAC). L’atelier de consultation nationale a eu le mérite de réunir, autour d’une même table, plus d’une centaine de représentants des peuples autochtones, des organisations de la société civile, du gouvernement, des experts internationaux et des agences de coopération et des médias.

Prochaines étapes

Les débats très constructifs ont permis d’adopter un draft de plan d’action national sur l’amélioration de la qualité de vie des peuples autochtones et articulé autour de quatre principaux axes stratégiques : i) développement des services sociaux de base adaptés aux besoins et spécificités culturelles ; ii) augmentation des ressources et renforcement des capacités des organisations communautaires autochtones ; iii) élaboration d’un cadre législatif protégeant les droits des peuples autochtones en tant que citoyens à part entière ; iv) mobilisation sociale, plaidoyer et communication pour le changement social.


 

 

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