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Enfants domestiques

© UNICEF HAITI / 2007 / Fernandez
© UNICEF Haïti/2007/Fernandez
Violence, exploitation et mauvais traitements affectent la vie des enfants domestiques. Ce jeune garçon haitien de 15 ans est employé comme domestique depuis l’âge de 11 ans.

PORT-AU-PRINCE, HAITI,
11 Avril 2007 -
André ne connaît pas son vrai nom, ni son  âge. Il nous a raconté que sa mère est morte lorsqu’il il était tout jeune, et que son père incapable de s'occuper de lui, l’a placé dans une famille comme enfant domestique avec l'espoir qu'il aura un toit, des repas réguliers, une éducation, et ainsi bénéficiera d'une vie meilleure.  

Par Viviana Fernandez et Linda Tom

En réalité, il se retrouve dans une situation pire que celle qu'il connaissait dans sa famille biologique. Il est le premier à se lever et le dernier à se coucher. Il passe ses journées exténuantes à  faire le ménage, au lieu d'aller à l'école et de jouer comme devrait le faire un enfant. Les "restavek" ne sont pas payés. Pour autant, André nous a raconté qu'on ne lui a fourni aucun trousseau, comme des vêtements ou des chaussures, et qu'il a été forcé de dormir sur le plancher au pied du lit comme un chien.

Vulnérable à l’exploitation et aux mauvais traitements

André s'est rappelé de sa "mère d'accueil" crachant sur le sol et lui disant d’avoir finit sa tâche avant que ça sèche. Il a été battu sévèrement et régulièrement, particulièrement après qu'il ait essayé de s’enfuir. On lui interdisait de regarder les gens dans les yeux. Isolé et ridiculisé, son seul ami était un autre "restavek" dont il a découvert l'existence après avoir entendu les cris de douleur du garçon battu dans la maison voisine.
En 1994, Haïti a ratifié la Convention des droits de l’enfant. Cependant, sans une protection adéquate, ces enfants sont vulnérables à la violence, l'exploitation et aux mauvais traitements. Les "restavek" sont privés de leurs droits les plus élémentaires. Le droit à l'affection de leurs parents (l'article 9), le droit de jouer (article 31), le droit de s'exprimer (article 13) et le droit d'être protégés contre tout abus physique ou sexuel (article 19), " nous a déclaré Njanja Fassu, chargé du programme  Protection de l'enfant pour l'UNICEF en Haïti.

Fournir Éducation et appui psychosocial

Le soutien psychosocial et l'assistance des enfants domestiques constituent une des priorités de l'UNICEF en Haïti. La plupart des “restavek” sont incapables de faire valoir leurs droits Ou même d'exprimer leurs besoins. Jean-David (nom d’emprunt), un autre "restavek", était âgé de 11 ans quand il dut quitter sa famille et sa maison située dans la ville côtière de Petit-Goâve. Quand nous lui avons demandé à quoi il aimait jouer, Jean-David n'a pas pu nous regarder dans les yeux, et il a répondu, « j'aime faire le ménage ».

Wenés Jeanty, directeur du Foyer Maurice Sixto, un centre pour enfants domestiques soutenu par l’UNICEF nous a déclaré qu’ « il fallait déprogrammer les enfants domestiques. Ceux-ci, par exemple, sont habitués à quitter la  pièce quand entre un membre de la famille d’accueil. Leur avis ne compte pas et c'est pourquoi ils parlent rarement. […] Ici nous essayons de changer ce comportement; nous tachons de leur apprendre comment avoir un contact social normal avec les autres et récupérer leur estime de soi. »
Ils se sentent d’autant plus isolés qu’ils sont marqués du stigmate social d'être un "restavek". André, qui s'est finalement enfui de sa famille d’accueil  abusive avec l'aide de son frère, est depuis retourné à l'école. « Je ne peux pas parler de mes expériences à mes camarades de classe ni même à personne. Je ne veux pas que l’on sache », s'est-il confié. 
Quatre ans plus tard, Jean-David a pu lui aussi retrouver le chemin de l'école. Habitué du Foyer Maurice Sixto, il suit les classes d'alphabétisation deux  heures par jour, cinq jours par semaine.

Une priorité, la réunification avec les parents

Jeanty souligne l'importance de réunir à nouveau ces enfants avec leurs familles biologiques. Dans les cas les plus difficiles, le Foyer Maurice Sixto trouve des familles d’accueil alternatives. Jean-David a récemment rendu visite à sa mère grâce à une initiative soutenue par l’UNICEF. « Cela faisait quatre ans que je n’avais pas revu ma mère, j’étais donc très excité. J’ai été très surpris en revoyant la maison. Elle était plus petite que dans mon souvenir ». Séparés de leurs parents, parfois depuis une dizaine d’années, certains "restavek" retrouvent leur foyer pour découvrir finalement que  leurs parents sont décédés.

L’UNICEF apporte également son soutien à des programmes qui travaillent avec les familles d’accueil en vue d’améliorer la qualité de vie des enfants domestiques comme André et Jean-David. Jean-David nous a déclaré avoir une bonne relation avec sa famille d’accueil parce qu’elle l’autorise à se rendre au centre chaque jour. Il dit que de pouvoir apprendre à lire et à écrire a changé sa vie et qu’il se sent bien au centre parce qu’il y est un enfant comme les autres.

 

 

 

 

Les "Restaveks"

L’emploi des enfants domestiques, souvent appelés "restavek" en Créole, est une pratique commune en Haïti. En 2002, On estimait que leur nombre était d’environ 173 000, soit plus de 8% des enfants haïtiens (5 - 17 ans). 80% sont des filles. Environ 70% des enfants domestiques sont issus des zones rurales. Ils sont  placés dans d’autres familles avec l'espoir qu'ils auront un toit, des repas réguliers, une éducation, et ainsi bénéficieront d'une vie meilleure.

L'exploitation des enfants domestiques est liée aux difficultés économiques en Haïti, alors que beaucoup des familles d'accueil vivent elles-mêmes dans la pauvreté. Selon les tous derniers chiffres disponibles, plus de 50% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté avec moins d’un dollar par jour et 76% avec deux dollars par jour.


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