En bref : Viet Nam

Au Vietnam, un programme d'« assainissement total » progresse dans les zones rurales

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© UNICEF Viet Nam/2010/Bisin
Une réunion de sensibilisation à Vinh Thanh, un village du sud du Vietnam; elle a pour objectif d'aider les habitants de la communauté à comprendre les risques pour la santé de la défécation en plein air.

Par Sandra Bisin

VINH THANH, Vietnam, 5 mai 2011 – Le village de Vinh Thanh est niché dans la région productrice de riz du delta du Mékong, dans le sud du Vietnam. Ses habitants se sont récemment réunis par une matinée ensoleillée pour participer à une prestation très spéciale organisée par le personnel médical local.

« Aujourd'hui, nous allons vous inviter à voir de vos yeux d'où viennent des maladies comme la diarrhée - qui représente un gros problème pour notre communauté – et comment s'en débarrasser », a alors expliqué M. Binh, un agent sanitaire à son auditoire, nombreux et de bonne humeur. Mais tout d'abord, il s'est assuré de l'aide de tous pour dessiner une carte du village. 

« Promenade de la honte »
Utilisant des bouts de ficelle pour représenter la rue principale, du tissu bleu pour la rivière et des feuilles pour symboliser les rizières, un bénévole a dressé progressivement sur le sol une carte du village devant tout le monde.

M. Binh est enjoué et les autres habitants du village se sont joints rapidement à lui avec enthousiasme quand il leur a demandé de placer les sites locaux importants avec des bouts de papier et du grès : les habitations, le temple bouddhiste, l'école...

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Vo Thi Mit a fait construire des W.C. modernes à l'extérieur de chez elle à la suite d'une session sur « l'assainissement total » il y a six mois dans le village de Vinh Binh, au sud du Vietnam.

On est ensuite arrivé à la véritable raison de l'établissement d'une carte du village. « Actuellement, les gens doivent manger tous les jours et doivent faire leurs besoins. Où cela se passe-t-il ? » a demandé M. Binh. Embarrassés, les visages des spectateurs ont affiché des sourires nerveux. Mais cela n'a pas duré longtemps. Des petits rires ont aussitôt fusé parmi l'auditoire. « Allons donc ! Que chacun d'entre vous prenne de la poudre jaune et me montre où cela se produit », a continué M. Binh. 

Des bénévolesont  signalé les différents lieux de défécation autour du village. On leur a demandé ensuite d'aller visiter ces endroits tout autour des rizières où ils ont été mis au fait des risques élevés de contamination, quand les microbes se trouvant dans les excréments d'origine humaine se mélangent à la nourriture qu'ils mangent et à l'eau qu'ils boivent.

Cette « promenade de la honte » a aidé la communauté à comprendre les conséquences dangereuses que leurs habitudes de défécation avaient sur leur santé et leur bien-être. Le calcul des dépenses pour la santé  engagées à cause des maladies liées à des pratiques peu hygiéniques entrait également dans le cadre du processus. 

« La "promenade de la honte" que nous avons faite dans le village, en examinant tous les risques que nous prenions quand nous faisions nos besoins dans les champs, a été pour moi un véritable choc », raconte aujourd'hui Vo Van Ngan, un riziculteur. « Cela m'a permis de comprendre que tout cela avait pour but de m'assurer que mes enfants grandissent en bonne santé ».

Il y a deux mois, il a dépensé 600 dollars É.-U. pour construire ses propres toilettes. « Ma femme vend à manger dans les rues et nous ne gagnons pas beaucoup d'argent », dit-il. « Bien sûr, je me suis rendu compte que construire des latrines coûtait cher mais nous savions que cela en valait la peine. »

Une démarche pilotée par la communauté
L'atelier qui s'est déroulé dans le village de Vinh Thanh faisait partie d'un programme d' « Assainissement total piloté par la communauté » (ATPC) menée par l'UNICEF et ses partenaires dans trois provinces du Vietnam. Il s'est déjà avéré être une réussite dans d'autres pays.

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Les toilettes récemment achevées de Vo Thi Mit montrent le succès du programme d'« Assainissement total » piloté par l'UNICEF et ses partenaires dans trois provinces du Vietnam.

Seules deux familles sur cinq du village de Vinh Thanh ont des toilettes. Malgré des résultats substantiels dans l'apport d'eau potable, les progrès au Vietnam en matière d'assainissement et d'hygiène se font toujours au ralenti, particulièrement dans les zones rurales où vivent 70 pour cent  des 88 millions d'habitants du pays.

Aujourd'hui dans sa seconde année, l'« Assainissement total piloté par la communauté » a permis à des centaines de communautés locales d'analyser leur situation en matière d'assainissement et de pratiques. Ces communautés se voient ensuite donner les moyens d'engager une action collective pour devenir une communauté « sans défécation à l'air libre ».

« Les communautés font preuve d'un degré élevé d'appropriation du programme ATPC et font preuve de beaucoup d'enthousiasme envers cette démarche qui non seulement améliore leurs conditions sanitaires mais élève aussi leur dignité » explique Rajen Kumar Sharma, responsable à l'UNICEF Vietnam du programme provincial "ami des enfants" qui facilite la prestation de services intégrés pour les enfants dans six provinces du Vietnam.  

« Une révélation »
Vo Thi Mit vit à Vinh Binh, le village voisin de Vinh Thanh. Elle possède des toilettes modernes bâties à l'extérieur de chez elle à la suite d'une réunion de sensibilisation il y a six mois. « Pour moi, cela a été une révélation. Je ne pourai plus retourner dans la nature. J'éprouve du dégoût vis à vis de ces vieilles habitudes » dit-elle. 

Grâce au programme d'« Assainissement total piloté par la communauté », les progrès vers un « assainissement total » dans les communautés rurales sont impressionnants. Depuis 2009, 33 villages de cinq provinces ont été déclarés « Villages sans défécation à l'air libre ». Pour tirer parti de cela, la démarche est à présent en train d'être reproduite dans davantage de secteurs par le gouvernement vietnamien. 


 

 

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