En bref : Niger

Au Niger, un nouveau programme d’assainissement change la vie grâce à une meilleure hygiène

BANDE, Niger, 16 février 2011- Rabe Amman, 24 ans, fait traverser à ses visiteurs la cour toute propre de la concession familiale et passe à côté de sa femme qui bat le mil avec ses voisins en dehors de leurs huttes de chaume à Bande, un village isolé du Niger. Il s'arrête près d’un abri entouré de roseaux, qu’il ouvre avec fierté : de nouvelles latrines couvertes pour sa famille, qu'il a construites de ses propres mains.

VIDÉO (en anglais) : 11 mars 2010 : le correspondant de l’UNICEF Bob Coen présente un programme d’assainissement dans le Niger rural.  Regarder dans RealPlayer

 

« Les choses étaient insupportables dans notre village, avant », dit-il. « C’était même difficile de trouver un endroit propre où s’asseoir parce qu’il y avait des excréments humains partout. Et ça ne dérangeait pas la plupart des gens, ils y étaient habitués. Maintenant nous nous rendons compte que ce n’était vraiment pas hygiénique ».

Passer à l’action

Le Niger est l’un des pays les plus pauvres du monde et la plupart des habitants n’ont pas d’installations d'eau et d'assainissement. Dans les zones rurales, plus de 90 pour cent de la population pratique encore la défécation à l’air libre, ce qui a un impact direct sur la santé des jeunes et contribue grandement au taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans.

Image de l'UNICEF
© UNICEF video
Le village de Bande, dans le Niger rural, est l’une des dix communautés qui travaillent avec l’UNICEF et ses partenaires pour lancer le Programme d’assainissement total sous l’impulsion de la communauté.

Toutefois, un nouveau programme d'hygiène soutenu par l'UNICEF aide maintenant les gens à modifier leur comportement et à transformer les vies. Bande est l'un des dix villages pilotes du Niger, où l’on a introduit le Programme d’assainissement total sous l’impulsion de la communauté (CLTS, acronyme anglais).

Ce programme est une approche révolutionnaire et économique de la question de l'assainissement en milieu rural : les collectivités évaluent leur propre situation et prennent des mesures pour mettre fin à la défécation à l’air libre en construisant leurs propres latrines. Pour ce faire, l'UNICEF aide le Ministère nigérien de l’approvisionnement en eau et de l'assainissement à former plusieurs volontaires issus des communautés ciblées à la question de la promotion de l'hygiène et de l’assainissement de l'environnement.

La construction des latrines est simple. Utilisant des matériaux trouvés sur place et une main d’œuvre locale, le programme a pour objectif de construire des latrines pour chaque famille. Au cours des six premiers mois du programme, plus de 300 latrines ont été construites dans les dix villages pilotes.

Changer les comportements

« L'objectif principal est d'avoir un impact sur les comportements individuels en faisant prendre conscience aux gens que la défécation à l’air libre et le manque d'hygiène entraînent des problèmes de santé », explique Adamou Matti Dan Mallam, un spécialiste de la communication à l’UNICEF. « Ils se rendent compte ensuite qu'ils peuvent eux-mêmes modifier leur environnement. L'objectif est d'amener la communauté elle-même à mettre fin à cette pratique de la défécation à l’air libre et à contribuer à l'amélioration de la santé du village ».

Image de l'UNICEF
© UNICEF video
Le village de Bande, dans le Niger rural, construit des latrines pour améliorer l’assainissement. C’est l’une des dix communautés du pays qui travaillent avec l’UNICEF et ses partenaires pour améliorer l’accès à de l’eau propre et à des moyens d’assainissement.

Les volontaires utilisent un « processus de déclenchement » une approche participative pour parvenir à un changement dans les mentalités et les comportements par le biais d’un exercice simple mais efficace qui mobilise toute la communauté.

Les villageois sont rassemblés sur le lieu de réunion du village et les volontaires demandent à chacun de tracer la carte du village dans le sable. On dessine d’abord les frontières, puis les artères principales, les fermes et enfin les puits. Les villageois sont alors invités à marquer les zones qu'ils utilisent pour déféquer dans le village.

Cet exercice est suivi par ce qu'on appelle «La marche de la honte », où les hommes, femmes et enfants marchent autour du périmètre du village en montrant les différents endroits où  ils défèquent.

« Cela les oblige à regarder leurs propres excréments, sentir les mauvaises odeurs, voir les mouches partout », une des volontaires de la communauté, Isai Loloa.

« Nous sommes fiers »

La communauté est ensuite réunie à nouveau pour la partie la plus importante de l’exercice, au cours de laquelle un brin d'herbe, préalablement posé dans des déjections animales, est plongé dans un verre d’eau. On demande ensuite aux villageois de le boire.

Image de l'UNICEF
© UNICEF video
Le Niger est l’un des pays les plus pauvres de la planète et la plupart des habitants n’y disposent ni d’eau propre, ni de moyens d’assainissement.

« Même les enfants refusent de boire », dit Loloa. « Avant cela ne les dérangeait pas mais ils se rendent compte maintenant de l’importance de l’assainissement ».

« La communauté elle-même est à la pointe de ce programme », explique Isaac Hama, du ministère de la Santé publique du Mali. « Il n'y a pas de mesures incitatives. Personne ne leur donne quoi que ce soit, pas un sou, rien. Tout ce qu'ils font, ils le font eux-mêmes. La seule chose que nous apportions, c’est le soutien technique. C'est tout ».

Les avantages du programme sont immédiats pour les communautés. « Avant d’avoir des latrines, nous avions beaucoup de maladies dans le village, des cas de diarrhée, des vomissements, des infections des yeux et les mouches très nombreuses propageaient les maladies », constate Aisha Asou, 35 ans, une mère de six enfants. « Cela a compromis notre santé et nous devions dépenser de l'argent pour obtenir un traitement médical. Nous n'avons plus ces problèmes. Maintenant, notre village est propre et nous sommes fiers ».


 

 

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