Haïti

Comment Haïti lutte contre le choléra

Au cours de l’année dernière, le département du Sud, en Haïti, a connu une réduction spectaculaire du nombre de cas de choléra. À quoi et à qui ce succès peut-il être attribué ?  

Image de l'UNICEF
© UNICEF Haiti/2013/Fanfan
Debout devant la maison d’un patient suspecté d’être atteint du choléra, dans le département du Sud, en Haïti, Exile Sylveus Junior s’exprime devant la foule qui s’assemble en rappelant qu’il est important d’utiliser de l’eau traitée.

Par Jean Panel Fanfan

PORT-AU-PRINCE, Haïti, 27 décembre 2013 – Le centre de traitement du choléra de Camp Perrin dispose d’un jeune patient qui est suspecté d’avoir le choléra. Exile Sylveus Junior et son équipe se précipitent sur place, aux Cayes, au sud de Port-au-Prince.

Exile est responsable d’une équipe d’intervention d’urgence de l’Agence d’aide à la coopération et au développement (ACTED). Il mène depuis trois ans la lutte contre le choléra dans différentes parties d’Haïti. Il est l’une des personnes chargées de répondre aux alertes de choléra dans le département du Sud.

Un effort coordonné

ACTED est l’un des partenaires principaux de l’UNICEF au sein de sa stratégie de soutien au plan national du Gouvernement haïtien pour éliminer le choléra. L’organisation fait partie d’un réseau d’ONG qu’a créé l’UNICEF pour lutter contre la maladie. La présence de ce réseau apporte une meilleure coordination parmi les toutes les parties prenantes qui, en retour, assure une intervention plus rapide et des opérations de prévention plus importantes.

Selon la coordonnatrice en charge du choléra auprès de l’UNICEF, Claudia Evers, « les intervenants majeurs qui participent actuellement à la lutte contre le choléra – et pas seulement ceux qui sont appuyés par l’UNICEF – coordonnent, parlent et partagent les responsabilités. » 

« La population mérite toute notre énergie, » ajoute-t-elle. « Nous sommes sur la bonne voie. »

Une stratégie reposant sur trois éléments

Samuel Beaulieu est responsable du programme ACTED pour la partie sud d’Haïti.

« La lutte contre le choléra s’appuie sur trois éléments fondamentaux : la surveillance l’épidémiologique, l’investigation et une intervention rapide, » dit-il. 

Avec un dispositif de surveillance en place, les interventions peuvent se concentrer sur les secteurs où le choléra persiste. Lorsqu’une alerte est lancée, trois équipes mobiles peuvent être envoyées n’importe quand. ACTED entretient des activités de sensibilisation dans les écoles, sur les marchés et dans les églises ainsi qu’au sein des associations locales. ACTED et la Direction nationale de l’eau potable et de l’assainissement (DINEPA) ont mené 135 campagnes qui ont touché 68 000 personnes dans le département du Sud. 

Image de l'UNICEF
© UNICEF Haiti/2013/Fanfan
Exile et son équipe parcourent le domicile du patient et le décontaminent. Une intervention rapide et coordonnée fait parti des efforts menés par Haïti pour éliminer, une bonne fois pour toutes, la maladie.

Samuel attribue à ces opérations menées par les partenaires qui participent sur le terrain à cette lutte la baisse spectaculaire des cas de choléra dans le département du Sud : 71,5% au cours de l’an dernier. « Mais n’oublions pas la météo, » dit-il. « La saison des pluies est arrivée avec beaucoup plus de retard. »

L’intervention d’Exile

À Camp Perrin, Exile parvient à persuader la tante du patient, âgé de 16 ans, de ne pas emmener le garçon à Port-au-Prince, un voyage d’environ quatre heures. « Il ne survivra pas au voyage, » dit Exile.

Exile et son équipe vont alors effectuer une visite dans la maison du patient, à la Roche aux Ponts. La maison est située dans un secteur isolé, au bas d’une vallée verdoyante accessible seulement par des véhicules tout-terrain. Il a plu la nuit précédente et la route est mauvaise.

L’équipe d’Exile comprend des agents communautaires et des techniciens de l’eau potable et de l’assainissement. Ils travaillent pour la DINEPA. 

Un garde champêtre alerte les familles du secteur en faisant savoir qu’une information importante va être donnée. La population commence à se réunir autour de la maison du patient. La foule s’élève à une quarantaine de personne et continue de grandir.

Exile commence à parler, sa voix étant seulement interrompue par les cris stridents des oiseaux qui nichent dans les arbres. La foule réunit entend dire qu’il est important d’utiliser de l’eau traitée et d’apprendre à préparer du sérum oral. 

Puis Exile et son équipe s’en vont.

Pas le temps de dormir

Le réseau de partenaires d’ONG comme ACTED est essentiel dans la lutte contre le choléra en tant que soutien à l’action du Gouvernement haïtien. Une des difficultés pour les mois à venir sera de profiter de la saison sèche, quand les cas de choléra seront moins nombreux et que se présentera la possibilité de mettre en place des mesures préventives.

En attendant, Exile et sont équipe sont prêts et occupés. « Au-delà de l’aspect professionnel, » dit-il, la partie la plus importante de mon travail est l’aspect humain. Il me permet d’être plus proche de la population. »

« Quand des vies sont sauvées, on a l’impression d’être utile à la communauté, » poursuit-il. « Nous n’avons pas le temps de dormir. Nous devrons être prêts à intervenir à n’importe quel moment. Quand il y a une alerte, on doit se rendre sur les lieux aussitôt que possible et veiller à ce que les autres ne soient pas contaminés. »


 

 

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