Côte d'Ivoire

Des partenaires en Côte d’Ivoire s’efforcent d’approvisionner en eau potable des milliers de personnes

Par Alex Duval Smith

BOUAKÉ, Côte d’Ivoire, 20 septembre 2010 – Trois hommes armés en uniforme sont debout, à un poste de contrôle, sur la route qui conduit à Niéméné, en Côte d’Ivoire. Cela fait huit ans que la Côte d’Ivoire est coupée en deux, Bouaké étant le quartier général des rebelles qui tiennent le Nord. Ici, la vie revient doucement à la normale.

VIDÉO : Zenande Mfenyana, correspondante de l’UNICEF, décrit un programme d’approvisionnement en eau potable en Côte d'Ivoire, qui bénéficie du soutien l’Union européenne.  Regarder dans RealPlayer

 

L’ingénieur Eau, Yao Marcellin Loukou, conduit un camion aux couleurs de l’Union européenne dans un convoi de véhicules blancs de l’UNICEF. On lui fait signe de passer le poste de contrôle. Pour M. Loukou, trouver de l’argent pour alimenter en carburant sa voiture officielle est un défi quotidien.

« La plupart du temps, nous sommes bloqués au bureau, » dit-il. L’Office national pour l’eau potable (ONEP) a une équipe de trois personnes dans son agence de Bouaké. M. Loukou est l’un des trois membres de l’équipe.

« Avant la guerre, nous étions 30 à l’ONEP, mais ils ont été un certain nombre à partir et quelques-uns sont morts, malheureusement, » explique-t-il. « Les bureaux ont été détruits et ils n’ont rouvert que récemment, grâce à une subvention de l’Union européenne. Mais la majeure partie des projets relatifs à l’eau sont financés par des donateurs et en général [les donateurs] trouvent que la situation politique est encore trop instable.

« Néanmoins, les besoins sont énormes, » a poursuivi M. Loukou. « Dans ce seul secteur, 600 nouvelles pompes sont nécessaires. »

Le redressement après la guerre

La Côte d’Ivoire faisait l’envie de l’Afrique de l’Ouest. Les revenus tirés de la production de cacao remplissaient les coffres de l’État, qui assurait des services pour la population, notamment un filet de sécurité pour les pauvres. Et avec le soutien de la Banque mondiale, pendant des décennies, on a effectué des forages à grande échelle pour la distribution de l’eau potable.

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2010-1781/Guoegnon
Dans le nord de la Côte d’Ivoire, où on sort du conflit, une femme porte de l’eau.

Mais, en 2002, une guerre civile, qui a fait environ 3000 morts et causé le déplacement de 750 000 personnes, a bouleversé le pays au plus profond de lui-même. Les services de base, y compris les systèmes d’approvisionnement en eau, ont beaucoup souffert. C’est n’est que récemment que la Côte d’Ivoire – aidée par l’UNICEF et l’UE – a pu entreprendre de donner à nouveau à ses citoyens un accès à l’eau potable.

M. Loukou arrive à Niéméné accompagné de fonctionnaires de l’UNICEF, d’hommes politiques de la région, de représentants d’organisations non gouvernementales et d’entreprises contractantes. Ils portent des plans nécessitant deux hommes pour les déplier et des mètres rubans enroulés dans de grands étuis de métal. Aujourd’hui, le village est en train d’acquérir un réseau d’eau amélioré avec des tuyauteries et des robinets reliés à un trou de sonde.

Ce travail s’inscrit dans le cadre d’un programme plus large avec des interventions d’un bout à l’autre du district. Il avance à pas de géant, le but étant d’aider le pays à réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement des Nations Unies au niveau de l’eau et de l’assainissement. Les OMD, un ensemble d’objectifs avalisés par la communauté internationale et visant à réduire la pauvreté dans le monde, prévoient de diviser par deux d’ici 2015 le nombre de ceux qui n’ont pas d’accès durable à l’eau potable et à l’assainissement de base.

Un projet qui « change la vie »

Les habitants de Niéméné se sont rassemblés sur la place du marché couvert. Certains, tels que les membres du comité pour l’eau, Ya Karidioula et N’né Fofana, sont sur leur trente et un pour l’occasion. Une carte du village est distribuée, où figurent l’école primaire, la mosquée, le dispensaire et le marché, ainsi que 45 cercles numérotés, indiquant les robinets.

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2010-1772/Guoegnon
À Oureguekaha, aux environs de Bouaké en Côte d’Ivoire, des villageois versent de l’eau potable.

C’est aujourd’hui que démarre le premier travail visible du projet Eau de Niéméné – le creusement de tranchées pour la pose des tuyauteries et la désignation de l’emplacement des robinets – depuis que les ingénieurs ont trouvé en octobre 2009 une source d’eau fiable et ont effectué à cet endroit un forage de 102 mètres. Il a fallu 18 mois pour capter cette source, après trois tentatives, chacune d’elle coûtant environ 6 000 dollars É.-U.

« Nous avons attendu l’eau si longtemps que nous sommes vraiment décidés à faire marcher le système, » s’exclame Mme Karidioula, une aide-soignante qui a fui Bouaké en 2004 pour se réfugier à Niéméné, son village natal. « Les combats étaient si terribles qu’un bon nombre d’entre nous avons quitté notre travail et sommes retournés dans notre village, » a-t-elle dit, en ajoutant que les habitants du village allaient apporter une contribution financière de façon régulière au comité pour l’eau.

Mme Fofana, qui a toujours vécu à Niéméné, dit que sa vie de tous les jours va définitivement changer lorsqu’elle va disposer d’un robinet chez elle. « La vie sera moins fatigante, » a-t-elle dit. « Nous avons un puits à nous, qui date d’il y a environ 20 ans, mais il a été endommagé durant le conflit. Aussi les hommes ont-ils enlevé la tête de la pompe et nous avons alors eu recours à des cordes et à un seau. »

De l’eau pour des milliers de personnes

Niéméné est l’un des cinq villages du département de Dabakala en Côte d’Ivoire à bénéficier d’un programme de sortie de conflit de 4,5 millions de dollars É.-U., financé par l’UE, où interviennent l’UNICEF, grâce à des ONG partenaires, des fonctionnaires tels que M. Loukou et l’administration locale. Ce projet fait revivre des comités pour l’eau de village et construit 465 latrines de démonstration, dont un bon nombre dans les écoles, pour inciter des milliers de familles à en faire autant.

De l’ordre de 300 000 personnes – dont au moins 50 000 enfants de moins de cinq ans – devraient profiter de ce programme.

M. Loukou donne des instructions aux gens du village pour qu’ils aillent de l’avant. Mais il admet plus tard que le programme est confronté à des défis. « En Côte d’Ivoire, la population est habituée à ce que l’État répare les pompes en panne, » explique-t-il.

La responsable Eau, assainissement et hygiène de l’UNICEF, Fiorella Polo, en a convenu. « Il y a des défis... par exemple, tout simplement, le fait de convaincre les gens qu’il est prioritaire de payer son eau. » Mais elle a ajouté qu’en Côte d’Ivoire d’autres projets pilotes étaient des réussites et obtenaient d’excellents résultats. « Pour nous, la priorité sera toujours le bien-être des femmes et des enfants, » a-t-elle déclaré.

L’appui local

« Nous organisons déjà, avec l’appui de l’UNICEF, une procédure d’appel d’offre permettant aux villages de sélectionner des contractants pour la maintenance des pompes, » a dit le vice-président du conseil régional, Onhué Ouattara. « Nous, en tant que conseil régional, nous voulons jouer un rôle central. C’est ce à quoi servent les hommes politiques locaux. »

Le responsable de l’infrastructure pour l’UE en Côte d’Ivoire, Fabio Di Stefano, explique que le montant des programmes eau et assainissement entre 2003 et 2009 a avoisiné les 100 millions de dollars É.-U. Ces programmes ont permis d’approvisionner en eau fiable une population urbaine et rurale d’environ 8,5 millions de personnes en Côte d’Ivoire.

« Il est logique de travailler avec l’UNICEF car, grâce à son statut international, l’organisation accède à des zones où d’autres ne vont pas » a-t-il ajouté. « Nous avons déjà réalisé de grands progrès et nous approchons à présent, dans les zones rurales, des niveaux d’accès à l’eau d’avant la crise. »


 

 

Partenariat UNICEF-Union européenne

Recherche