République centrafricaine

L’inquiétante flambée de choléra en République centrafricaine commence à être maîtrisée

Image de l'UNICEF
© UNICEF RCA/2011/Chu-Montell
Véronique Yassambatendji a perdu son mari dans la récente flambée de choléra. La voici avec ses enfants devant chez eux dans le village de Ndimba.

Par Jacqueline Chu-Montell

BANGUI et NDIMBA, République centrafricaine, 3 février 2012 – Tard dans la nuit, au mois d’octobre, Véronique Yassambatendji a été réveillée par son mari qui souffrait de diarrhée aigue et de vomissements. Cette femme de 30 ans, mère de quatre enfants, l’a immédiatement emmené au centre de santé local de Ndimba, où il a été traité à l’aide de sels de réhydratation orale.

Hélas, ce traitement n’a pas suffi.

 « Il est mort à 16h00 le lendemain », se souvient Véronique Yassambatendji. « Mes enfants et moi sommes restés à l’hôpital pour nous laver, puis nous avons retiré nos vêtements et les avons jetés dans la rivière. Ensuite, des agents sanitaires ont vaporisé du désinfectant partout dans la maison ».

Le mari de Véronique Yassambatendji fait partie des 19 personnes décédées dans l’épidémie de choléra survenue dans le pays l’an dernier. Plus de 300 cas ont été signalés, et l’épidémie a été déclarée le 30 septembre 2011.

Son évolution a été alarmante. Alors que les pays voisins ;le Cameroun, le Tchad et la République démocratique du Congo avaient connu des flambées de choléra au cours de la dernière décennie, cela faisait environ 12 ans que la République centrafricaine n’avait pas été touchée par cette maladie.

Intervention d’urgence

Le choléra est une infection intestinale aiguë, liée à la consommation d’eau ou d’aliments contaminés, qui provoque des diarrhées sévères ainsi que des vomissements. Les jeunes enfants sont particulièrement vulnérables à la mort par déshydratation. Mais avec un traitement adapté, le taux de décès peut être réduit à un pour cent.

Un comité de coordination de la crise de choléra est intervenu. Le comité était dirigé par le Ministère de la santé publique en République centrafricaine, les ONG internationales Médecins sans frontières (MSF) et Action contre la faim (ACF), ainsi que d’autres partenaires.

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© UNICEF RCA/2011/Laurent
Des membres du personnel de l’ONG Action contre la faim (ACF) s’apprêtent à traiter l’eau dans le village de Ndimba, touché par le choléra, en République centrafricaine.

L’UNICEF a fourni des kits contre le choléra contenant des sels de réhydratation orale, des fluides intraveineux et des antibiotiques aux centres de santé et aux centres de traitement du choléra dans les régions affectées. Des équipes spécialisées en Eau, assainissement et hygiène (WASH), ainsi que des équipes de santé et de communication ont été déployées. Des équipes de mobilisation sociale appuyées par l’UNICEF ont fait du porte-à-porte afin de sensibiliser à l’hygiène et à l’assainissement les communautés affectées. La plupart des gens ne savaient rien concernant la transmission ou le traitement du choléra.

On craignait également que le choléra ne se propageât à Bangui, la région la plus densément peuplée du pays. La sensibilisation a constitué une priorité dans cette région, où l’UNICEF a déployé des agents de mobilisation sociale dans le cadre de l’information sur le traitement et la prévention du choléra.

« Au début, les modes de transmission du choléra étaient méconnus. Les personnes atteintes de symptômes classiques (diarrhée et vomissements) étaient transportées à l’hôpital dans des taxis publics », explique Patrick Laurent, coordinateur d’urgence WASH pour l’UNICEF en République centrafricaine. « Malgré les pratiques à haut risque comme celle-ci, seulement un décès a eu lieu parmi les 15 cas de Bangui. Je pense que le déclin actuel peut être attribué à la rapidité de la coordination d’intervention d’urgence et à une certaine part de chance ».

Aujourd’hui, le choléra bat enfin en retraite.

La prévention des épidémies futures

En novembre, lors d’une visite au village de Sékiamoté, l’une des régions les plus touchées par l’épidémie, le Premier ministre Faustin-Archange Touadéra ainsi que des représentants du Ministère de la santé publique, de la population et de la lutte contre le VIH se sont adressés à la foule en soulignant l’importance de se laver les mains et d’autres mesures sanitaires. Ils ont également loué les efforts de la communauté pour contenir l’infection.

Mais les communautés doivent quand même rester vigilantes vis-à-vis de la maladie.

L’UNICEF continue d’appuyer activement les activités relatives au choléra, en mettant l’accent sur les mesures préventives qui supposent l’implication des communautés. Sa section WASH est en charge du programme d’Assainissement total piloté par la communauté (ATPC) dans 85 villages des régions affectées. L’approche ATPC repose sur l’analyse par les communautés de leur situation quant à l’assainissement et aux déchets et, sur l’abandon des mauvaises pratiques d’hygiène et de la défécation à l’air libre, grâce à l’action collective.

Des projets sont également en cours pour fournir des installations d’eau aux régions mal desservies, et l’UNICEF stocke des fournitures et du matériel médical pour garantir une intervention d’urgence rapide en cas de retour du choléra dans le pays.

À ce jour, les habitants de Ndimba sont confiants quant à leur capacité à prévenir et réagir aux épidémies de choléra futures .

« Même la communauté plus large qui entoure Ndimba pratique désormais une meilleure hygiène », affirme le directeur du Centre de santé de Ndimba, Josian Badakara. « Avant, les gens ne saisissaient pas l’importance de se laver les mains. Maintenant ils se lavent les mains au savon, ils utilisent les latrines et ont recours à de l’eau traitée pour cuisiner et boire ».


 

 

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