Bangladesh

L’UNICEF se mobilise pour réduire l’empoisonnement par arsenic au Bangladesh

Image de l'UNICEF
© UNICEF/2006/Siddique
Sama Begum et son enfant à Munshiganj, Bangladesh. Elle a subi l’ostracisme des siens après avoir développé les symptômes d’empoisonnement par arsenic. Dans certaines parties du Bangladesh, la concentration d’arsenic a atteint des niveaux toxiques.

Par Louise Russell

Dans le cadre du  lancement de « Progrès pour les enfants No. 5 : un bilan de l'eau et de l'assainissement », l'UNICEF présente une série d'articles sur la réalisation de l'Objectif no. 7 des Objectifs du Millénaire pour le développement, réduire de moitié le pourcentage de la population qui n'a pas accès de façon durable à un approvisionnement en eau potable ou à des moyens d'assainissement de base.

MUNSHIGANJ, Bangladesh, 11 septembre 2006 –  Pendant des mois, Salma Begum a été incapable de dormir, et minée par l’angoisse de savoir qui s’occuperait de ses enfants si elle venait à mourir du cancer. Car, bien qu’elle n’ait pas reçu de diagnostic de cancer, quoi d’autre pouvait expliquer les décolorations sur ses bras, la douleur et les lésions, l’impression que sa peau était en train de brûler ?

« Je ne pouvais pas dormir, se souvient-elle, non seulement parce que je me disais que j’avais le cancer, que j’allais mourir, mais aussi parce que j’ai trois enfants et que je me demandais ce qui allait leur arriver lorsque je mourrai ?’ »

Mais aujourd’hui, Salma Begum est moins anxieuse. Elle sait que ses symptômes ont pour origine l’eau d’un puits qu’elle avait l’habitude de boire et qui était contaminée par de l’arsenic. A présent, elle boit une eau qui est plus salubre, celle des eaux de pluies récupérées par sa famille dans une citerne obtenue grâce à l’aide de l’UNICEF.  

Exposition sur une longue période

L’arsenic est naturellement présent dans les nappes souterraines, habituellement en faibles quantités. Mais dans certaines régions du Bangladesh, sa concentration dans l’eau est suffisamment élevée pour que celle-ci devienne toxique pour les personnes qui la boivent pendant une longue période.

Les symptômes de l’empoisonnement par arsenic, ou arsenicose, peuvent être l’apparition de lésions cutanées, des membres enflés et la perte de sensation dans les mains et les jambes. L’exposition à l’arsenic pendant une longue période peut aussi aboutir à un cancer  pouvant toucher les poumons, la vessie et les reins.

On estime à 40 000 le nombre de cas d’arsenicose au Bangladesh et les experts de la santé publique pensent qu’il y en aura plus de 2,5 millions au cours des cinquante prochaines années. Boire de l’eau sans arsenic est le seul moyen de prévenir la maladie.

Une « sale maladie»

Alors que la vie du village est tout autour d’elle bouillonnante d’activité, la récolte du jute battant son plein, Salma Begum s’asseoit à côté de la nouvelle citerne de récupération d’eau de pluie et se confie sur sa maladie. 

Ses mains lui donnent l’impression qu’elle a accompli un travail difficile chaque jour de sa vie. Elle a des taches noires sur les pieds et des crevasses profondes qui heureusement ne se sont pas infectées. Elle espère qu’elle a arrêté de boire de l’eau empoisonnée par l’arsenic avant que l’arsenicose ait pu atteindre le stade cancéreux.

Les personnes atteintes d’arsenicose au Bangladesh doivent subir bien plus que les seuls symptômes physiques de leur maladie. Elles doivent aussi faire face à la stigmatisation et à la peur qui s’empare de leur entourage.

«Quand j’ai été diagnostiquée pour la première fois avec la maladie, des membres de ma famille m’ont dit que c’était une « sale maladie », raconte Salma Begum. Ils m’avaient prise en grippe. Ils avaient peur que ce soit contagieux. Aujourd’hui le personnel sanitaire vient leur dire que ce n’est pas un problème, que c’est à cause de notre eau, que ce n’est pas une maladie contagieuse. »

Changements d’attitude

L’UNICEF Bangladesh et ses partenaires ont tenté de développer la sensibilisation à l’empoisonnement par arsenic grâce à des campagnes dans les grands médias et en confiant aux personnels sanitaires des brochures et différents documents destinés à la communication.

Dans les régions dotées de programmes soutenus par l’UNICEF, les personnes qui croient que l’empoisonnement par arsenic est contagieux est passé, pour 2002,  de 70 % à moins de 25 % en moins d’un an  Et bien que la stigmatisation pesant sur les candidats ou candidates au mariage ait subsisté, une étude de comportement menée en 2004 a révélé que plus d’une famille sur quatre autoriserait ses enfants à épouser une personne atteinte d’arsenicose, contre une sur vingt en 2001.

L’UNICEF assiste les personnes atteintes d’arsenicose en les aidant à bénéficier d’autres options pour s’approvisionner en eau potable – comme la citerne de récupération des eaux de pluie de Salma Begum – et en améliorant le diagnostic et la prise en charge des patients.


 

 

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