La situation des enfants dans le monde 1999: Education
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Article 4 Education pour la paix: rien ne vaut la pratique

Ces dix dernières années, les conflits armés ont fait chez les enfants 2 millions de morts, 6 millions de blessés graves ou d'invalides, 12 millions de sans-abri, plus d'un million d'orphelins ou d'enfants séparés de leur famille, et 10 millions de victimes de traumatismes psychologiques.

En Colombie, où la guérilla a entraîné depuis 1980 le déplacement d'environ un million de personnes, dont une majorité de femmes et d'enfants, et où les enfants sont fréquemment forcés de prendre part au conflit armé, le Mouvement des enfants pour la paix a mobilisé quelque 13 millions d'individus - enfants et adultes - qui se sont engagés à mettre fin à la violence dans leur pays en oeuvrant activement pour la paix et la justice sociale.

Le Mouvement des enfants a passé presque toute l'année 1996 à faire campagne pour la paix dans un effort national de mobilisation coordonné par l'UNICEF et Redepaz, un réseau de 400 organisations non gouvernementales (ONG). En octobre de cette année-là, près de 3 millions d'enfants de 8 à 18 ans ont participé à un référendum spécial. Ils ont ainsi exercé leur droit fondamental, tel qu'il est défini dans la Convention relative aux droits de l'enfant de 1989, d'exprimer leur opinion sur des questions les concernant.

Déjà reconnu comme une approche originale de l'éducation, l'effort de mobilisation a appris au pays bien davantage que toute autre leçon n'aurait pu le faire.

Si l'on croyait jadis que l'éducation pour la paix consistait à enseigner une matière bien définie dans le cadre d'un programme scolaire formel, l'expérience de l'UNICEF incite de plus en plus à penser que la meilleure manière d'apprendre la paix est d'agir - de pratiquer les comportements qui favorisent la paix. En Colombie, les enfants n'ont pas passé d'examen sur la paix, mais ils ont convaincu les autorités de placer cette question au premier rang des priorités et ils ont obtenu que la population considère la paix, et non la violence, comme allant de soi.

Une approche similaire de l'éducation pour la paix, appliquée dans plusieurs environnements différents, produit des résultats positifs de par le monde. Dans les camps de la solidarité au Rwanda, des enfants apprennent la coopération et le règlement des conflits par des activités récréatives et culturelles. A Sri Lanka, en proie depuis 15 ans à la guerre civile, des stratégies de règlement des conflits sont introduites dans tout le programme scolaire. La paix est le thème d'oeuvres artistiques et musicales, de spectacles itinérants de danse et de théâtre, de contes et de poèmes, de manifestations sportives et de projets scientifiques au Libéria, au Mozambique, au Rwanda et au sud du Soudan. Le programme d'études primaires a été remanié au Burundi, et les enseignants ont été formés à des méthodes interactives dans ce pays de même qu'en Croatie et en Yougoslavie. L'Egypte est quant à elle sur le point de se lancer dans un programme intitulé «Des valeurs pour la vie» avec des groupes et des clubs de jeunes, qui met l'accent sur les droits de l'enfant et les moyens de résoudre les différends.


En octobre 1996, 3 millions d'enfants ont participé à un référendum spécial. Ils ont ainsi exercé leur droit fondamental. Un an après le vote des enfants pour la paix, 10 millions d'adultes ont suivi leur exemple.

En Colombie, en octobre 1997, un an après le vote des enfants pour la paix, 10 millions d'adultes ont suivi cet exemple. Dans un scrutin spécial organisé à l'occasion des élections locales, municipales et provinciales, ils ont voté «pour édifier la paix et la justice sociale, pour protéger la vie, pour rejeter toutes les formes de violence et pour respecter le mandat de paix des enfants». Et, par leur bulletin de vote, les Colombiens ont demandé la fin des atrocités et le respect du droit humanitaire international. A peine trois jours plus tard, le Président de l'époque, Ernesto Samper, a répondu à la volonté des enfants et des adultes de son pays et a annoncé la fin du recrutement dans l'armée des enfants de moins de 18 ans.

Néanmoins, la Colombie permet encore aux enfants de s'engager avec l'autorisation de leurs parents et, si l'on en croit un rapport récent de Human Rights Watch, les troupes de la guérilla, les groupes paramilitaires et les forces de sécurité continuent d'employer des enfants, dont certains ont à peine huit ans, dans les zones de combat. Selon un rapport publié en 1996 par les autorités colombiennes, les enfants représentaient jusqu'à 30% des soldats dans certaines unités de guérilla.

L'UNICEF estime que dans le monde quelque 300 000 enfants se battent dans des guerres d'adultes. De toute évidence, il incombe à l'Etat de protéger sans délai les droits des enfants touchés par les conflits armés. Mais, en même temps, l'éducation pour la paix change les choses - puisque la prochaine génération nous donne parfois des leçons en même temps qu'elle en reçoit - sur les manières les plus sensées de résoudre les conflits.

  • «L'éducation doit favoriser ... le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix.» - Déclaration universelle des droits de l'homme, article 26.2

  • «Les Etats parties conviennent que l'éducation de l'enfant doit viser à: préparer l'enfant à assumer les responsabilités de la vie dans une société libre, dans un esprit de compréhension, de paix, de tolérance, d'égalité entre les sexes et d'amitié entre tous les peuples et groupes ethniques, nationaux et religieux, et avec les personnes d'origine autochtone...» --Convention relative aux droits de l'enfant, article 29.1.d

 

 
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