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Article 2 Les filles à l'école: changer la vie pour des générationsPourquoi instruire particulièrement les filles? Parce que c'est leur droit fondamental. Et parce que des femmes instruites sont mieux armées contre l'oppression et l'exploitation et elles ont davantage de chances de participer à la vie politique. En outre, elles auront probablement des familles moins nombreuses et des enfants en meilleure santé et plus instruits. Dans de nombreux villages du Bihar, en Inde, aucune femme ne sait lire ou écrire. Ici, comme dans six autres Etats du pays, le programme Mahila Samakhya mobilise les femmes dans des collectifs, leur transmet les compétences requises pour participer à la prise de décisions touchant la vie de leur famille. Cinq mille villages ont été desservis depuis 1992. Inévitablement, les femmes, formées par ce programme, exigent une éducation pour leurs enfants, en particulier pour leurs filles. De même, des régions rurales de Haute-Egypte, où plus d'un demi-million de filles âgées de 6 à 10 ans n'étaient pas scolarisées au début de la présente décennie, ont brisé les traditions concernant les filles et les femmes. Avec l'appui du Gouvernement, les communautés locales ont revendiqué la responsabilité de leurs écoles. Elles ont formé de jeunes femmes de la région comme enseignantes, recruté des effectifs scolaires qui comptent 80% de filles et créé un programme d'études pertinent et souple qui sert désormais de modèle aux écoles formelles. Au Burkina Faso, 9% seulement des femmes de plus de 15 ans sont alphabètes et à peine 24% des fillettes en âge de fréquenter l'école primaire sont scolarisées. Mais les mères refusent d'accepter l'analphabétisme comme un fait inéluctable dans la vie de leurs filles. Elles ont formé 23 associations de mères d'élèves afin de surveiller les inscriptions des filles et, grâce aux efforts qu'elles déploient depuis 1992, la fréquentation et les résultats scolaires des jeunes filles ont progressé sensiblement. Ce sont de telles initiatives, soutenues par l'UNICEF grâce à son Programme mondial d'éducation des filles, qui aident à transformer la situation. Cinquante ans après la proclamation du droit à l'éducation dans la Déclaration universelle des droits de l'homme, une décennie après la réaffirmation de ce droit, pour tous les enfants sans discrimination, dans la Convention relative aux droits de l'enfant, et près de dix ans après que l'éducation des filles a été identifiée comme la «priorité absolue» lors de la Conférence mondiale sur l'éducation pour tous, tenue à Jomtien (Thaïlande), il y a encore partout dans le monde des filles qui ne peuvent pas exercer leur droit à l'éducation aussi aisément que les garçons. Des plus de 130 millions d'enfants de 6 à 11 ans qui ne vont pas à l'école dans les pays en développement, 73 millions sont des filles. Illettrées, les filles et les femmes ont devant elle un avenir bien sombre de dépendance ; et sans femmes alphabètes, les pays se heurtent à des écueils entravant leur développement économique. De nombreuses études ont montré une corrélation directe entre le statut éducatif des femmes et tous les indicateurs sociaux. Pendant un discours en 1992, Lawrence H. Summers, alors vice-président et économiste principal de la Banque mondiale, a avancé qu'«investir dans l'éducation des filles pourrait bien être l'investissement le plus fructueux pour le monde en développement». Cette situation concerne particulièrement les filles et les femmes, et les pays eux-mêmes, en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Dans chacune de ces régions, moins de la moitié de la population féminine sait lire et écrire. La stratégie de l'UNICEF est de parvenir à amener davantage de filles à l'école et de les y garder plus longtemps en introduisant dans la classe une approche respectueuse des différences entre les sexes. Avec une telle approche, la matière enseignée se rapporte à la vie des élèves, l'interaction entre l'enseignant et les élèves est empreinte d'estime mutuelle, les écoliers sont encouragés à participer au lieu de se contenter d'écouter passivement, et leurs contributions sont récompensées. Puisque cette méthode est bénéfique pour tous les enfants, garçons et filles, améliorer l'éducation des filles est à la fois une fin en soi et un moyen de s'assurer que l'objectif défini à Jomtien - l'éducation pour tous - sera atteint. Avec le Canada et la Norvège comme principaux donateurs, des initiatives sont en cours dans 52 pays, notamment en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Les approches varient en fonction des besoins propres aux pays. En Asie, le programme de l'UNICEF soutient le projet indien d'éducation au Bihar, qui met fortement l'accent sur la formation des femmes. En Afrique, l'UNICEF parraine l'Initiative pour l'éducation des filles africaines (AGEI), qui insiste tout particulièrement sur l'accès des filles à l'école primaire. Et en Egypte, l'un des neuf pays choisis par l'UNICEF et d'autres institutions pour appliquer l'éducation pour tous, non seulement les filles vont dans les écoles communautaires, mais elles encouragent leur mère à fréquenter des classes d'alphabétisation. Ces actions ont un profond retentissement. Après avoir appris à lire et à écrire, une jeune mère égyptienne a dit à une équipe d'évaluation qui lui rendait visite qu'elle «ne pouvait plus être comparée au buffle de la ferme». Pour elle, apprendre à lire et à écrire signifiait qu'elle était devenue un «être humainà part entière».
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