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Encadré 11 Egypte: un modèle pour l'éducation des fillesParadoxalement, il est plus facile de trouver des innovations pédagogiques dans les communautés rurales démunies du sud de l'Egypte que dans les quartiers aisés du Caire. Là où le désert rejoint les terres fertiles le long du Nil et où les montagnes se dressent au-dessus de la vallée, des traditions ancestrales cèdent la place à des écoles centrées sur l'enfant qui attirent les élèves les plus oubliés jusqu'ici - les filles.
Environ un quart de la population rurale du sud de l'Egypte habite dans de petits hameaux isolés, souvent situés à trois kilomètres au moins de l'école la plus proche. Dans la plupart des zones rurales du Sud, les taux nets de scolarisation des filles oscillent entre 50% et 70% contre 72% à l'échelon national. Dans les situations les plus extrêmes de certaines régions isolées, on compte seulement 12 filles scolarisées pour 100 garçons. A Assiout, Sohaq et Keneh - qui figurent parmi les gouvernorats les plus pauvres du Sud - près de 200 écoles communautaires ont été ouvertes. Elles ont si bien su encourager la scolarisation des filles et la participation active de tous les élèves, filles et garçons, que leurs principes d'enseignement et d'apprentissage ont été intégrés dans le système d'éducation officiel. Nadia, qui a fréquenté l'école du hameau d'Al Gamayla, est maintenant une adolescente sûre d'elle et dotée de solides compétences. Fréquentant actuellement une école moyenne préparatoire dans le village d'Om Al Qossur (gouvernorat d'Assiout), elle souhaite poursuivre ses études jusqu'à l'université, une ambition que sa famille appuie sans réserve. «Quand qu'elle n'était qu'en troisième année, elle savait déjà mieux lire et écrire que son frère aîné qui avait été à l'école du village le plus proche. Nous avons alors commencé à lui demander conseil. C'est elle maintenant qui écrit nos lettres privées à son oncle qui travaille à l'étranger», dit son père.
Les enseignants de l'école de Nadia, ayant rapidement remarqué ses excellents résultats scolaires et sa participation en classe, ont demandé au projet d'écoles communautaires des directives sur les nouvelles méthodes d'apprentissage actif, y compris les activités autogérées, l'apprentissage par la pratique, le travail en groupes et la participation des enfants à la gestion de la classe. Le succès d'élèves comme Nadia et 4000 autres devenus des étudiants actifs a incité le ministère de l'Education et le Gouvernement égyptien à élargir le projet d'écoles communautaires. Certains éléments vont ainsi être appliqués à grande échelle, comme la formation des enseignants et des directeurs d'établissement aux pédagogies d'apprentissage actif, la mise au point de matériels d'auto-apprentissage et l'essai de systèmes promotionnels souples qui font avancer les enfants d'un niveau quand ils atteignent certains paliers plutôt que quand ils réussissent un examen trimestriel ou de fin d'année. Les écoles communautaires ont démarré en 1992 grâce à des partenariats entre le ministère de l'Education, les collectivités, les ONG et l'UNICEF. Combinant plusieurs niveaux en une seule classe, elles représentent un modèle d'apprentissage actif particulièrement attirant pour les filles, dans lequel les parents et les communautés participent pleinement. Respectueuses des principes contenus dans la C onvention relative aux droits de l'enfant, ces écoles favorisent la créativité, la réflexion critique et renforcent les compétences en matière de résolution des problèmes. Avec l'appui de l'Agence canadienne de développement international (ACDI), le gouvernement s'emploie depuis 1993 à développer et multiplier les «écoles à classe unique». Comme les écoles communautaires, les écoles à classe unique s'adressent aux filles vivant dans les hameaux ruraux. Elles sont présentes aujourd'hui dans plus de 2000 villages à travers le pays. L'intégration des deux projets a commencé vraiment en 1995. Par décret ministériel, un Comité d'innovation en éducation (CIE) a été mis en place pour rapprocher les deux initiatives et pour inclure les meilleures pratiques des projets dans l'ensemble du système officiel de l'éducation de base, de manière à encourager l'innovation permanente en matière d'éducation. L'apprentissage actif et la gestion de la classe centrée sur l'enfant sont deux pratiques introduites dans les écoles de type classique. Le CIE est au coeur du dispositif du ministère de l'Education, ses membres provenant des universités, de l'organisme national d'alphabétisation, des médias et du ministère des Affaires sociales. Récemment, le ministère de l'Education a proposé d'y faire siéger aussi des représentants des ONG, des communautés, des hommes et des femmes d'affaires, ainsi que des fonctionnaires de la santé et de l'environnement. Grâce à la pression des communautés, des parents et des décideurs en faveur d'une éducation de qualité, le mouvement a fait boule de neige, les écoles communautaires étant considérées comme un catalyseur du changement social et de l'évolution personnelle. La quête d'un enseignement de qualité, alors que les communautés assument la responsabilité et la propriété de leurs écoles, donne une base solide au développement durable et à la formation continue. Certains qualifient ce phénomène de révolution tranquille: il s'agit en tout cas d'une collaboration précieuse en faveur de l'apprentissage au sein d'une communauté qui s'est donné les moyens d'agir. |