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Encadré 10 En Inde: aider les pauvres à choisir l'écoleDans l'Andhra Pradesh, cinquième Etat de l'Inde par sa superficie, 75 villages n'emploient plus de main-d'oeuvre enfantine et leurs enfants sont tous scolarisés, en grande partie grâce à l'action menée ces dernières années par la Fondation M. Venkatarangaiya (MVF). Depuis son lancement il y a sept ans, le programme a été guidé par deux objectifs: aucun enfant ne doit occuper un emploi salarié; tous doivent aller à l'école.
Le programme MVF a débuté en 1991 dans cinq villages par la scolarisation de 16 enfants, uniquement des filles. En 1998, plus de 80 000 filles et garçons, de 5 à 14 ans, dans 500 villages, étaient scolarisés par la MVF dans les écoles publiques des zones rurales du district de Ranga Reddy. «Tout d'abord, il faut persuader la communauté qu'aucun enfant ne doit travailler», explique Shanta Sinha, porte-parole de la Fondation et professeur de sciences politiques à l'université d'Hyderabad. «C'est en soi une tâche rendue extrêmement difficile par un formidable conflit d'intérêts: les parents perdent un revenu d'appoint et l'employeur une main-d'oeuvre bon marché. Cette mesure se traduit pour l'enseignant par une forte augmentation du nombre d'enfants dont il doit s'occuper et pour l'ensemble de la communauté par des responsabilités supplémentaires.»
Il est encore plus difficile de transformer les valeurs sociales et les normes culturelles qui justifient le travail des enfants que de résoudre ce dilemme. La MVF préconise un modèle d'organisation communautaire et la recherche d'un consensus parmi les parents et les enfants eux-mêmes, avec des enseignants, dont beaucoup se sont réunis dans un «Forum pour la libération de la main-d'oeuvre enfantine», des jeunes bénévoles connus sous le nom de «militants de l'éducation», des fonctionnaires locaux et des employeurs. Dans un premier temps, la MVF, aidée par des bénévoles, a pris contact directement avec chaque famille pour déterminer la situation de chaque enfant dans le district. Ceux de 5 à 8 ans ont été envoyés dans des écoles ordinaires, et les enfants de 9 à 14 ans inscrits à des cours du soir spéciaux ou des camps d'été de trois mois, qui leur ont servi de «passerelle» avant de rejoindre les écoles ordinaires. Des comités de parents surveillaient les expériences et les progrès des deux groupes d'élèves. En même temps, la MVF organisait des réunions publiques, une campagne d'affichage et des rassemblements. Des associations parents- Avec l'augmentation du nombre d'écoliers, le personnel enseignant a dû faire face à de nouveaux défis. On a engagé des maîtres locaux supplémentaires, en partie rémunérés par la communauté et dont beaucoup sont des alphabètes de la première génération, pour aider les élèves en faisant le lien entre le monde du travail et l'école. La MVF a soutenu des instituteurs de l'Etat grâce à des séminaires mettant l'accent sur l'attitude des enseignants à l'égard des petits travailleurs qui viennent à l'école pour la première fois, et d'autres sur les problèmes spécifiques des enfants au travail. A mesure que le programme a pris de l'ampleur, le rôle de la MVF a évolué. En 1997, la Fondation formait plus de 2000 jeunes bénévoles, maîtres de l'école publique, élus locaux et personnel des ONG. Contrairement à la plupart des initiatives dans ce domaine, la MVF ne verse pas d'argent aux enfants ni à leurs familles. Pourtant, son approche a si bien fonctionné que les autorités de l'Etat n'ont pas hésité à la mettre en oeuvre dans d'autres villages. Comment explique-t-on cette réussite? «L'idée de la Fondation», remarque le professeur Sinha, «est que dans de nombreux cas, les enfants ont été mis au travail parce qu'ils n'allaient pas à l'école, et non pas le contraire.» Les expériences de la MVF réfutent clairement la théorie dominante selon laquelle c'est la nécessité économique qui force les parents pauvres à choisir pour leurs enfants le travail et non l'école. Les familles pauvres de l'Andhra Pradesh, quand elles en ont la possibilité, et si on les y encourage, retirent volontiers leurs enfants du travail pour les inscrire à l'école. «Nous appliquons un programme qui est proche de ce que les parents souhaitent pour leurs enfants», affirme le professeur Sinha. «Le programme touche de toute évidence un point sensible.» |