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Encadré 9 Un nouveau départ: l'éducation dans les urgencesIl est 7 h 30 en ce lundi brumeux, et le brouillard matinal se mêle à la fumée des feux de camp qui s'effiloche à travers les rangs serrés de tentes en plastique bleu. Vêtue de ses plus beaux habits - un chandail à rayures qui lui tombe aux genoux, don de la communauté internationale - Véridiane rejoint la file de petites silhouettes qui balancent leurs sacs en plastique vides. La colonne d'enfants serpente jusqu'à une petite clairière sous un vaste acacia: c'est «l'école». Des bancs faits de pierres ou de troncs d'arbres ont été alignés avec amour par les parents. L'enseignant souhaite la bienvenue à Véridiane et aux autres élèves. C'est leur premier jour d'école.
De telles scènes se répétaient dans les camps de Tanzanie, après l'afflux massif d'un demi-million de réfugiés du Rwanda, en 1994. Depuis les premiers jours des «écoles sous les arbres», l'éducation dans les situations d'urgence est arrivée à toucher 65% des enfants du camp, leur apportant outre des connaissances une certaine stabilité dans leur vie d'enfant. Véridiane et les autres réfugiés du camp ont été rapatriés de force au Rwanda en décembre 1996. A cette époque, une nouvelle vague de réfugiés fuyant la guerre civile au Burundi et en République démocratique du Congo était arrivée en Tanzanie. Nombre des leçons tirées de l'expérience des réfugiés rwandais ont été alors appliquées à ces nouveaux arrivants. Sans tarder, «les écoles sous les arbres» ont commencé à fonctionner avec du matériel distribué par l'UNICEF, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et d'autres organismes. Pour les 58 000 enfants burundais, des livres identiques aux manuels en usage dans les écoles de leur pays ont été imprimés et distribués. Les 20 500 enfants congolais qui vivent dans les camps recevront aussi bientôt du matériel pédagogique dans leur langue. Le programme d'études, le même que celui du pays d'origine des enfants, est reconnu dans bien des cas par les autorités de celui-ci. C'est ainsi qu'en 1997 et avec l'accord des deux Gouvernements concernés, six enfants congolais ont pu présenter en Tanzanie des examens nationaux de la République démocratique du Congo. Les négociations se poursuivent avec le Gouvernement burundais sur la reconnaissance des qualifications obtenues dans les camps afin que les enfants ne soient pas obligés de redoubler une année quand ils retourneront enfin chez eux.
Certains éléments de la scolarité des réfugiés demeurent néanmoins particuliers à la situation. Par exemple, dans les camps en Tanzanie, les enfants apprennent l'anglais et le kiswahili, afin de pouvoir communiquer avec les communautés d'accueil. Ils reçoivent un enseignement relatif à leurs droits, grâce à des livrets illustrés préparés par Kuleana, une ONG basée à Mwanza (nord de la Tanzanie). L'apprentissage du règlement pacifique des conflits est également un volet essentiel du programme scolaire et fait aussi partie des initiatives d'éducation des adultes dans les camps. Dans les approches graduelles de l'éducation employées dans les situations d'urgence partout dans le monde, il convient de répondre en priorité aux besoins des enfants qui souffrent de tensions psychosociales. Avant de pouvoir organiser un programme scolaire et des interventions pédagogiques plus formelles, des programmes récréatifs - sport, théâtre et art - peuvent donner aux enfants l'occasion de s'exprimer et d'extérioriser leurs sentiments. Dans des situations de crise aiguë, les mallettes de formation comme le coffret pédagogique mis au point par l'UNESCO, l'UNICEF et le HCR pour le Rwanda, permettent d'apporter une réponse rapide aux besoins d'éducation. Il faut cependant se garder de considérer ces mesures comme de simples expédients. Pour dramatiques qu'elles soient, les situations d'urgence peuvent donner un nouveau départ, en jetant les bases de systèmes éducatifs plus soucieux des droits de l'enfant et qui incluent une formation à la démocratie, aux droits de la personne et à la paix - thèmes encore trop rarement abordés dans les classes ordinaires. Ce faisant, l'éducation peut aider à résoudre certaines des causes fondamentales de la situation d'urgence elle-même. En voici deux exemples.
Dans un monde où près de 50 millions de personnes - soit un habitant de la planète sur 120 - ont été déracinées, forcées d'abandonner leur foyer pour traverser les frontières comme réfugiés, ou personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays, il est urgent de comprendre comment dispenser un enseignement qui tienne compte de leurs besoins particuliers dans ces circonstances dramatiques. |